Le 1 décembre 2023 | Mis à jour le 12 janvier 2024

Les fleurs dans l’art : du Musée des impressionnismes Giverny aux ventes aux enchères

par Alexandra Flory

Jusqu’au 7 janvier 2024, le Musée des impressionnismes Giverny présente, en partenariat avec la Kunsthalle de Munich, Flower Power, une exposition sur la symbolique des fleurs au fil des siècles. De l’Antiquité à l’art contemporain, à travers un large spectre de mediums, Flower Power invite le spectateur à une exploration du pouvoir des fleurs à travers un parcours thématique qui ne saurait se passer des œuvres impressionnistes que conserve le musée. 

 

La peinture de fleurs connaît un regain d’intérêt au XVIIe siècle, âge d’or de la peinture néerlandaise. Alors que la peinture d’Histoire peine à trouver des acheteurs, la scène de genre et la nature morte connaissent une intérêt grandissant. Les fleurs, par ailleurs très convoitées, ainsi qu’en témoigne la tulipomanie, deviennent un thème phare dans lequel s’exprimèrent certains des plus grands peintres. Et pourtant, force est de constater que les fleurs avaient déjà fait leur preuves auprès des artistes au cours des siècles précédents, tant dans les arts décoratifs que plastiques et ce au sein de nombreuses cultures.

Ainsi, Flower Power, organisée par la Kunsthalle de Munich et le Musée des impressionnismes Giverny, donne à voir, parmi 120 œuvres, une exposition dans laquelle s’épanouissent fleurs et bouquets, et n’hésite pas à transcender les médiums autant que les époques pour dévoiler au spectateur un univers floral plus vaste que d’imaginaire.

 

Littérature, mythologie ou science, les fleurs dans tous les domaines

La grande diversité des fleurs – il existerait entre 295 000 et 369 000 espèces dont beaucoup restent à découvrir – leur confère la capacité d’évoquer un large panel de sujets : des personnages littéraires et mythologiques aux évènements historiques. Le XIXe siècle et ses courants artistiques particulièrement friands de références tant antiques que modernes, n’hésitent pas à représenter ces scènes dans des formats grandioses aux allures de peinture historique dont Les Roses d’Héliogabale sont un parfait exemple. La toile dont le cadre est mouluré de colonnes antiques, offre au spectateur tout le génie de Lawrence Alma-Tadema, peintre anglais collectionneur d’antiquités. Car cette œuvre, au début du parcours de l’exposition, annonce déjà l’ambiguïté des significations que peuvent prendre les fleurs. Aussi poétique et esthétique que puisse paraitre ce déferlement de milliers de pétales de roses, ils sont, dans cet épisode de la vie de l’empereur romain, symboles de tragédie et de mort et permettent à son auteur une critique à peine voilée de la société victorienne à travers une vision de la dépravation romaine. 

La mythologique est elle aussi un terreau fertile aux représentations florales qui contribuent à identifier certains des métamorphosés d’Ovide. L’on reconnait aisément Hyacinthe, Clytie ou encore Narcisse, tous trois personnifiés par la fleur dont ils ont pris l’apparence à leur mort. Ophélie, figure de la littérature shakespearienne est, quant à elle, reconnaissable, chez Ernest Hébert, à sa couronne de fleurs, métaphore de sa tragique noyade mortelle. Dans un registre plus moderne, Georges Rouault nous livre une technique mixte illustrant Les fleurs du mal, recueil de Charles Baudelaire aux nombreuses illustrations d’artistes.

Encore une fois, la grande variété des fleurs et leur complexité fascinent les artistes et scientifiques qui, dès la Renaissance, prennent le parti d’en faire l’étude. Dès lors, les représentations certes très esthétiques, se teintent de l’aspect méthodique et scientifique des recueils de botanique. Les huiles de Girolamo Pini, empruntées au musée de la vie romantique, se parent ainsi de bulbes, fleurs et insectes dont les dénominations italiennes sont apposées en trompe-l’œil.

 

Lawrence Alma-Tadema, Les Roses d’Héliogabale, 1888, Huile sur toile, 132,7 x 214,4 cm, Mexico, collection Pérez Simón, 10304 © Studio Sébert Photographes

 

Des fleurs au pouvoir symbolique

La nature même des fleurs qui les pousse à renaître tous les ans au printemps est le parfait exemple de cette résilience qui inspire les artistes engagés. Engagement, notamment politique, qui donne à cette exposition son titre « Flower Power » en référence au courant des années 1960 prônant la non violence. Le motif floral devient alors le symbole d’un art de vivre que l’on retrouve dans les sérigraphies d’Andy Warhol ou encore sur les robes d’Yves Saint Laurent. Des artistes contemporains tels qu’Ai Weiwei, Taryn Simon ou encore Walid Raad, se servent de leur symbolique pour exprimer leurs opinions et contestations, notamment envers les gouvernements oppresseurs.

Cette nature des fleurs, éveille une autre idée dans les religions, celle de la Renaissance. En effet, chaque fleur évoque une symbolique différente selon la religion qui l’interprète et peut y tenir une place majeur. Quand le christianisme voit en la rose sans épine la passion du christ, le bouddhisme voit en la fleur de lotus la capacité des hommes à s’élever spirituellement au sein de la religion.

 

A gauche : Andy Warhol, Flowers, feuille appartenant à une série de dix sérigraphies, 1970, Sérigraphie sur papier, 91,5 x 91,5 cm, Munich, collection Klüser, G-6206 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. A droite : Ru Xiao Fan, Ode à la méditation, Jingdezhen (province du Jiangxi), 2012, Porcelaine émaillée céladon, 35 x 38 x 38 cm, Paris, collection Ru Xiao Fan © Ru Xiao Fan – ADAGP, Paris, 2023

 

« Dans un grain de sable voir le monde 

Et dans chaque fleur des champs le Paradis »

William Blake, Présages d’innocence, 1789

 

Des fleurs impressionnistes

Organisée en partenariat avec la Kunsthalle de Munich, Flower Power prend son indépendance du commissariat commun avec une thématique additionnelle qui s’appuie sur les collections du musée. Le spectateur se retrouve alors confronté aux plus remarquables des bouquets impressionnistes. Inspirés par Eugène Boudin et Eugène Delacroix, représenté par un Bouquet champêtre, les impressionnistes se passionnent pour le sujet et transcendent la pratique qui, plus qu’une nature morte, prend des allures de portraits de fleurs. Henri Fantin-Latour, lui, en réalise des centaines et se livre ainsi à de nombreuses expériences picturales. De même, bien que toutes impressionnistes, les toiles se succèdent dans un florilège de compositions, couleurs et touches uniques. Se côtoient ainsi sur les murs de la salle impressionniste, Odilon Redon, Frédéric Bazille, Pierre-Auguste Renoir, Edouard Manet et Paul Cézanne ou encore un Parterre de marguerites de Gustave Caillebotte dont la restauration de 2020 permet au spectateur une immersion au cœur d’une œuvre réalisée à la manière d’un papier peint japonais. 

 

En haut : Eugène Delacroix, Bouquet champêtre, vers 1850, Huile sur papier marouflé sur toile, 62 x 87 cm, Lille, Palais des Beaux-Arts, P533 © RMN-Grand Palais (PBA, Lille) / René-Gabriel Ojeda. En bas : Paul Cézanne, Le Vase bleu , entre 1889 et 1890, Huile sur toile, 61 x 50 cm, Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911, RF 1973 © RMN – Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski. A droite : Frédéric Bazille, Fleurs, 1868, Huile sur toile, 130 x 97cm, Grenoble, musée de Grenoble, legs de François Teulon-Valio, 1938, MG 2911 © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble – J. L. Lacroix

 

Une multiplicité de mediums et époques

Fragiles, délicates, précieuses, les fleurs inspirent tous les métiers d’art et, entre leurs mains, prennent de nombreuses formes et fonctions. Dans une scénographie aux airs de cabinet de curiosité, Flower Power réussit le pari « d’une exploration inédite du pouvoir des fleurs, de l’Antiquité à nos jours », juxtaposant photographie, céramique, dessin, verre moulé et vidéo dans un florilège de styles et époques. Le tout rendu possible par des partenariats à l’origine de nombreux prêts. Ainsi, le spectateur, dans une ambiance tamisée, se retrouve tant intrigué par une théière biface de James Hadley pour la Worcester Royal Porcelain que fasciné par la méticulosité d’une porcelaine de Sèvres du XVIIIe siècle ou encore séduit par le travail de composition de bouquets fait à partir de couverts en acier de l’artiste contemporaine Ann Carrington. De quoi transmettre le goût des fleurs à tout un chacun.

 

A gauche : Manufacture de Sèvres, Jardinière et bouquet, XVIIIe siècle, Porcelaine, 55 x 42 cm, Écouen, musée national de la Renaissance, legs Salomon de Rothschild, ECL20833, en dépôt au musée du Louvre, département des Objets d’art © RMN-Grand Palais (musée de la Renaissance, château d’Ecouen) / René-Gabriel Ojeda. A droite : Ann Carrington, Delft Snowball, s.d, Couverts en acier, argent et nickel, 78 x 61 x 61 cm, Collection Ann Carrington © Ann Carrington – ADAGP, Paris, 2023

 


INFORMATIONS PRATIQUES

« Flower Power »

Exposition à voir jusqu’au 7 janvier 2024

au Musée des impressionnismes Giverny

99 rue Claude Monet, 27620 Giverny


 

Les bouquets ont la cote aux enchères

 

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