Le 14 décembre dernier, l’Hôtel des ventes de Montpellier remontait aux origines de la photographie en couleurs à travers la dispersion de plus de deux cents autochromes exceptionnels, provenant de la collection de Jean Paris, un ingénieur chimiste lyonnais de l’entourage des frères Lumière. Décryptage…
Les autochromes, un procédé inventé en 1903 par les frères Lumière
Remplacée dans les années 1930 par le Filmcolor et le Lumicolor, la plaque autochrome resta longtemps le premier et seul procédé permettant d’obtenir des photographies en couleurs. Inventés en 1903 par les frères Lumière et commercialisés quatre ans plus tard, les autochromes connurent un succès immédiat auprès d’un large public avide de saisir le souvenir d’un après-midi ensoleillé à la campagne ou de la carnation rosée d’une jeune fille en fleurs.

Ainsi, dans les années 1910, l’ingénieur chimiste lyonnais Jean Paris se plait-il à organiser avec son épouse des séances de projection de vues prises au sein de son foyer ou au gré de ses pérégrinations sur la côte méditerranéenne, laissant derrière lui une collection impressionnante de plus de deux cents autochromes – une collection, restée jusqu’alors dans la même famille, et dispersée aux enchères le 14 décembre dernier à l’Hôtel des ventes de Montpellier.
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Jean Paris, un ingénieur chimiste de l’entourage des Lumière
« Peu d’éléments biographiques nous sont parvenus au sujet de Jean Paris, si ce n’est qu’il pratiquait la photographie en amateur », détaille l’expert Paul Benarroche. « Il habitait le quartier de Monplaisir à Lyon, proche des usines des frères Auguste et Louis Lumière et se rendait l’été dans leur propriété à la Ciotat. Aussi peut-on imaginer qu’il participa, à leurs côtés, au développement technique des autochromes. Plusieurs vues trichromes sur plaques Lumière des années 1908, des essais et des agrandissements de trames de procédés à réseaux trichromes, suggèrent que Jean Paris fit partie du petit cercle d’ingénieurs proche des inventeurs du cinématographe. »

De nombreuses expérimentations furent nécessaires pour mettre au point le procédé complexe de l’autochrome. Celui-ci consistait à filtrer la lumière à l’aide d’un écran trichrome unique, composé de millions de grains de fécule de pomme de terre teintés en trois couleurs. Une fois étalé sur une plaque de verre enduite de vernis, le mélange était recouvert d’une émulsion noir et blanc. Il suffisait ensuite de développer la plaque dans une chambre photographique en l’inversant, de telle manière que les rayons lumineux traversent la fécule colorée avant d’impressionner l’émulsion.

Des autochromes adjugés jusqu’à 11 000 euros
« Le fait de pouvoir relier ces autochromes aux premières années d’expérimentations et à l’entourage des frères Lumière rendait cette collection particulièrement attrayante, poursuit le commissaire-priseur Jean-Christophe Giuseppi. Aussi, la plupart des lots ont pulvérisé leurs estimations. » S’il était possible de s’offrir des photographies de paysages lyonnais ou des natures mortes à moins de 400 euros, des vues de la Ciotat se sont envolées à près de 2 000 euros, tandis qu’un Portrait de Jean Paris entouré d’instruments de laboratoire de chimie [photo en Une], adjugé à 11 408 euros, a enregistré la plus belle enchère. « Cet autochrome était particulièrement intéressant car il donnait à voir le chimiste, dans son laboratoire, menant à bien la fabrication des solutions servant à la coloration des fécules violettes, vertes et orangées entrant dans la composition du mélange trichrome. »

Figurait également à la vente une étude de fœtus étonnante, adjugée à 4 340 euros. « Nous ignorons comment Jean Paris est parvenu à obtenir ce cliché exceptionnel. Il avait accès au corps médical, aussi, le fœtus est très probablement réel. En revanche, l’enveloppe embryonnaire a peut-être été obtenue grâce à un montage. »

Attirant nombre de collectionneurs et marchands français, ces autochromes étaient également remarquables par leur qualité de conservation. « Les autochromes ne sont pas rares sur le marché. Mais ils sont souvent abîmés et ternes, au contraire de ceux de la collection de Jean Paris qui présentaient des couleurs d’une intensité et d’une fraîcheur exceptionnelles. Autant d’ingrédients qui laissaient présager ces belles adjudications. »
