Les Trois Mendiants, rare bronze de Mahmoud Mokhtar aux enchères à Senlis
Une rare édition d’un bronze du sculpteur égyptien Mahmoud Mokhtar est au catalogue de la vente du 12 octobre prochain chez Actéon Senlis.
« Vêtus de galabias et de turbans, trois hommes progressent péniblement sur un chemin incertain, ils semblent figés dans le temps. Le premier, le plus âgé, regard tendu vers l’horizon, s’appuie sur un bâton et amène sa main à son oreille gauche dans un geste d’écoute attentive. Il semble guider ses compagnons, plus jeunes. L’un d’eux, vulnérable, s’agrippe fermement au bras du second qui, lui-même, se tient à l’épaule de leur guide » : c’est ainsi que l’expert Alexandre Lacroix décrit la sculpture Les Trois Mendiants, par Mahmoud Mokhtar (1891-1934), que la maison Actéon Senlis présente aux enchères le 12 octobre (40 000 à 60 000 euros).
Mahmoud Mokhtar, pionnier de la sculpture égyptienne moderne
Mahmoud Mokhtar commence sa formation à l’école des Beaux-Arts du Caire, sous la direction de Guillaume Laplagne (1870-1927). Il obtient en 1911 une bourse qui lui permet de poursuivre sa formation à Paris, et devient ainsi le premier artiste égyptien à être admis à l’École des Beaux-Arts. A Paris, il fréquente les ateliers parisiens, notamment celui d’Antoine Bourdelle. Dans les années 1920, attaché au glorieux héritage de l’antiquité égyptienne, le sculpteur engage son œuvre dans un courant nationaliste moderne. En réaction à la révolution qui éclate en 1919 contre l’occupant britannique dans son pays natal, Mokhtar sculpte un groupe monumental en granit rose intitulé Nahdat Misr, traduit par « La Renaissance » ou « Réveil de l’Egypte ». Marquée par l’influence des canons Art déco, cette œuvre s’impose comme un manifeste et comme le chef-d’œuvre de l’artiste. Une édition monumentale de cette sculpture sera érigée devant la gare du Caire en 1928, puis déplacée en 1952 aux abords de l’Université. 
Un art entre tradition et modernité
Considéré comme le père de la sculpture moderne égyptienne, Mokhtar ouvre la voie à une génération d’artistes désireux de conjuguer tradition et modernité. Le groupe des « Trois mendiants » témoigne de l’influence manifeste de l’œuvre d’Auguste Rodin. Créé à son retour à Paris vers 1930, ce groupe fait clairement écho au monument des « Bourgeois de Calais » : « l’attitude de chacun des personnages traduit un mélange de sentiment de confiance, de protection et de vulnérabilité. Les lourds drapés de leurs capes traditionnelles modelés avec vigueur renforcent le caractère expressionniste de l’œuvre », décrit Alexandre Lacroix.
Mokhtar confie la fonte des « Trois mendiants » à la Fonderie Coopérative des artistes. Active entre 1920 et 1946, cette fonderie est créée par un groupe d’artistes désireux de mettre en commun des moyens afin de réaliser les meilleures fontes possibles, dans un esprit solidaire. Une gestion hasardeuse et le déclenchement de la guerre auront raison de cette belle utopie. Cette épreuve reste l’un des rares témoignages de la très haute qualité des bronzes sortis de cette fonderie.