Utilisé depuis la haute antiquité pour l’art de la statuaire, le marbre est couramment employé depuis Louis XIV pour coiffer certains meubles et contribuer à leur parure. Se déclinant sous une infinité de coloris et fait d’une roche non homogène, il donne du fil à retordre aux experts. Découvrez quelques astuces pour identifier cette pierre si convoitée que les grecs ont longtemps considérée comme une matière vivante.
Minéralogiquement, les marbres font partie de la catégorie des calcaires ou carbonates de chaux (CA CO3) ; c’est une roche sédimentaire métamorphique.
Pour qu’un marbre se forme, trois conditions devaient être réunies :
- un dépôt de coquilles marines au fond d’une mer,
- une pression de 2 à 5 tonnes au centimètre carré,
- une chaleur d’environ 400 degrés.
Ces conditions pouvaient être réunies au moment des déplacements des plaques tectoniques, par exemple lors de la formation des Pyrénées.
La structure visible de la roche est décrite de la façon suivante :
- Les brèches sont des roches formées d’éléments anguleux, de couleurs souvent variées et cimentées par de la calcite. Exemple : la brèche d’Alep ou la brèche de Baixas.

- Les griottes sont des brèches assez particulières provenant de l’éclatement de bans calcaires qui leur donne une structure noduleuse. Exemple : la Griotte rouge et le Campan vert.

- Les concrétionnés sont des marbres comportant de larges taches blanches sur fond rouge. Exemple : l’Incarnat Turquin.

- Les marbres veinés comportent des veines variées sur un fond uniforme mais dont le dessin présente une certaine irrégularité. Exemple : le Portor.

- Les brocatelles sont des agglomérés de coquilles en fragments à peine reconnaissables. Exemple : la Brocatelle violette.

- Les lumachelles ou coquillés, dans lesquels les coquilles identifiables sont présentes en abondance. Exemple : le Lumachelle de Lourdes et le Coquillé de Bilbao.

- Les marbres unicolores compacts sont à peu près limités au noir et au blanc. Exemple : le noir de Mazy, très utilisé pour les pendules au XIXe siècle, et le blanc de Carrare.
- Les marbres cristallins saccharoïdes sont des marbres blancs, tels que le Paros en Grèce, le Carrare en Italie ou le Saint Béat dans les Pyrénées.
L’identification d’un marbre est difficile, car ce n’est pas une roche parfaitement homogène. Il existe des milliers de carrières sur la planète et, dans chaque carrière, on peut trouver des couleurs totalement différentes. Par exemple, le Campan vert et le Campan Rubané sont issus de la même carrière de Campan en Hautes-Pyrénées. Il est donc important d’identifier les fossiles quand il en comporte et d’examiner sa structure.

L’utilisation des marbres au fil des siècles
- Sous Louis XIV, la Régence et Louis XV, les brèches prédominent dans des tonalités de rouge ocre, puis les marbres veinés et les griottes variées. Exemple : Griottes de Campan ou de Féline Minervois, Campan Vert, Campan grand mélange, Campan Rubané, Sarrancolin, Rouge du Languedoc, Incarnat Turquin de Caunes Minervois, Portor d’Italie.

- Sous Louis XV, on trouve beaucoup de brèche d’Alep.

- Sous Louis XVI, on utilise toujours la Brèche d’Alep, mais apparaît le Gris Sainte-Anne belge ainsi que le Blanc de Carrare et le Bleu Turquin, qui seront utilisés surtout sur les meubles en acajou.

- Sous le Directoire, le Blanc de Carrare et le Bleu Turquin sont utilisés sur le mobilier en acajou.

- Sous le Consulat et l’Empire, les marbres utilisés sont presque noirs, tel que le Petit Granité belge (marbre à encrine), mais les marbres blancs perdurent.

- Sous la Restauration et Louis-Philippe, on note la prédominance des Gris Veinés et Blancs. Cependant, le Gris Sainte-Anne belge est de retour, surtout sous Louis-Philippe.

L’épaisseur des marbres selon les époques
Les plateaux de marbre s’amincissent progressivement.
Ceux de l’époque Louis XIV atteignaient 4 à 5 centimètres.
L’épaisseur courante au XVIIIe siècle est de 3 centimètres et au XIXe siècle de 2 centimètres, sauf sur certains meubles exceptionnels d’apparat.
Un marbre dont les caractéristiques d’épaisseur ne correspondraient pas à ces données devrait éveiller votre attention et générer un doute sur son authenticité.
De même, le remplacement d’un marbre sur un meuble devra respecter ces caractéristiques.
Crédit photos © Photos des marbres extraites du livre Identification des marbres de Jacques Dubarry de Lassale, Editions H. Vial.
Pour en savoir plus sur l’expertise des marbres, consultez l’ouvrage de Jacques Dubarry de Lassale, Identification des marbres, éditions H. Vial.

