Les 9 et 10 mars à Morlaix (Saint-Martin-des-Champs), en Bretagne, Sandrine Dupont présentera aux enchères plusieurs pièces d’orfèvrerie exceptionnelles estimées jusqu’à 18 000 euros. L’occasion de revenir sur la cote de ce marché exigeant qui attire les plus fins connaisseurs.
« Le marché de l’orfèvrerie est un domaine passionnant, d’une richesse incroyable, qui réunit un petit nombre de collectionneurs de plus en plus exigeants. » Ce marché, Sandrine Dupont le connaît bien. La commissaire-priseur, installée à Morlaix, présente chaque année des pièces d’orfèvrerie exceptionnelles à l’occasion de ses ventes de prestige. Ainsi se souvient-on des paires de flambeaux du maître orfèvre Alexis III Loir adjugées à 89 280 euros en 2016, ou celles signées de Charles César Haudry adjugées à 54 000 euros en 2013. « Cette spécialité me conduit à traverser le pays pour expertiser des pièces d’orfèvrerie et des collections enthousiasmantes. Certaines pièces atteignent des prix conséquents. Mais pour cela, elles doivent réunir de nombreux critères sur lesquels les collectionneurs sont particulièrement intransigeants. La pièce ne doit pas avoir été présentée récemment sur le marché et doit être référencée dans des ouvrages de référence. Elle doit également être en bon état et n’avoir subi aucune restauration. Ensuite, l’ancienneté, la signature et la provenance font la différence.» Estimée entre 3 500 et 4 000 euros, l’écuelle couverte en argent, que Sandrine Dupont présentera à la vente le 9 mars prochain à Morlaix (Saint-Martin-des-Champs), rassemble l’ensemble de ces critères. « Elle a tout pour plaire : elle est en bon état, elle est signée du maître orfèvre Philippe Daller, elle n’a pas été présentée sur le marché depuis 1977 et elle est mentionnée dans un ouvrage de référence sur l’orfèvrerie. Et en prime, elle est datée autour de 1706-1708. »

Les pièces antérieures à 1750 sont les plus recherchées tandis que le XIXe attire un nombre croissant de collectionneurs
Plus rares, les pièces antérieures à 1750 sont sans surprise les plus recherchées des collectionneurs. Toutefois, certains, les moins « puristes », élargissent leurs recherches aux pièces exécutées entre 1750 et 1798, tandis qu’ils sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l’orfèvrerie du XIXe siècle. En témoigne la paire de candélabre rocaille de la maison Aucoc, fondée en 1821, qui, avec un prix compris entre 15 000 et 18 000 euros, affiche la plus haute estimation de la vente.

« Après la révolution, plusieurs maîtres orfèvres se sont illustrés par leurs pièces de grande qualité, à l’image de Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763-1850), dont les somptueux travaux, réalisés notamment pour les plus grandes cours européennes, s’adjugent aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliers d’euros, poursuit Sandrine Dupont. Nous présentons à la vente un bel exemple du savoir-faire des artistes de cette époque. Il s’agit d’un bougeoir à main signé du maître orfèvre Pierre-Marie Devilleclair, actif au début du XIXe siècle. Estimé entre 1 000 et 1 300 euros, il est remarquable de par la qualité de sa ciselure et l’originalité de son iconographie. On y découvre en effet un décor atypique de chouette enlacée de deux serpents finement gravés. »
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Un marché qui attire des collectionneurs de plus en plus pointus
Le marché de l’orfèvrerie est un marché particulièrement spécialisé et local. En témoigne le cas de Karl Fabergé (1846-1920), qui, en dépit de sa notoriété mondiale, séduit davantage sur ses terres. « La coupe de Fabergé, estimée à la vente entre 12 000 et 18 000 euros, devrait intéresser principalement des collectionneurs russes, attirés par ces pièces extraordinaires qui leur rappellent leur histoire, avec la chute tragique des Romanov. » De la même manière, les orfèvreries anglaises de l’époque victorienne prisées des collectionneurs britanniques peinent à attirer l’attention des Français. « Ces derniers ont tendance à se focaliser sur l’orfèvrerie française et certains d’entre eux s’intéressent même uniquement à une juridiction, qu’elle soit parisienne ou provinciale (Montpellier, Toulouse, etc.). » Particulièrement pointus, certains encore ne retiennent qu’un type de pièce en particulier, choisissant ainsi de se spécialiser dans les timbales à appliques ou les pièces armoriées. « Le marché de l’orfèvrerie attire des collectionneurs particulièrement pointus qui ne vont pas hésiter à se séparer d’une de leurs pièces pour ré-axer leur collection. C’est une spécialité exigeante, qui demande de la précision et qui convoque particulièrement l’intellect. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle attire souvent les médecins ou les scientifiques qui se livrent à un véritable travail de recherche pour notamment parvenir à identifier les différents poinçons. Toutefois, dans la mesure où les prix restent pour la majorité des pièces relativement accessibles, autour de 1 000 euros, c’est un marché passionnant qui devrait attirer de nouveaux amateurs. »
