Mobilier appartement cannois signé Jules Leleu (1883-1961)

Le 24 décembre 2025 | Mis à jour le 24 décembre 2025

Mobilier inédit de Jules Leleu : une vente exceptionnelle à Cannes

par Lucien Chancel

Le 30 décembre, la maison de ventes Besch Cannes Auction présentera, lors de sa vente « Arts Passion », une collection de meubles du créateur et décorateur français Jules Leleu. Commandé dans les années 1950 par une famille parisienne pour sa demeure azuréenne, cet ensemble est resté dans son état d’origine.

 

Alors que l’Art déco fête son centenaire au musée des Arts décoratifs avec une importante exposition intitulée 1925-2025. « Cent ans d’Art déco«  (à découvrir jusqu’au 26 avril prochain), un ensemble de meubles réalisés dans le cadre d’une commande par l’une des figures emblématiques de ce mouvement, Jules Leleu (1883-1961), sera proposé à la vente le 30 décembre prochain à Cannes. 

 

Des meubles restés dans le même salon pendant 70 ans

 

« Le château de la Belle au bois dormant » : ce furent les premiers mots qui vinrent à la bouche de Jean-Pierre Besch, commissaire-priseur de Besch Cannes Auction, lorsque nous lui demandâmes d’évoquer ses premières impressions de l’appartement cannois dont il devait faire l’inventaire. Entendez par là un lieu « resté dans son jus », non pas celui des contes de Charles Perrault, mais bien celui des Trente Glorieuses, marquées par une bourgeoisie en quête de distinction, dont Jules Leleu fut l’un des artisans favoris.

 

L’ascension de Jules Leleu : de la bourgeoisie boulonnaise aux fortunes parisiennes

 

Boulonnais d’origine (Pas-de-Calais), Jules Leleu naît en 1883 dans une famille de commerçants, étudie à l’école de dessin de sa ville, puis reprend avec son frère l’entreprise de peinture de son père. Ensemble, ils étendent leur activité à la décoration et à l’ébénisterie, survivent à la Grande Guerre, puis font prospérer leurs affaires dans leur ville natale.

Afin de faire connaître leurs créations au reste de la France, ils participent à de nombreux événements dans les années 1920 : le Salon de la Société des artistes français, le Salon d’automne, puis l’Exposition internationale des arts décoratifs, au cours de laquelle l’un de leurs buffets remporte le Grand Prix. Installé à Paris un an plus tôt, Jules Leleu prône alors un style s’inscrivant pleinement dans l’Art déco.

 

Un style Art déco dans la veine de Jacques-Émile Ruhlmann

 

 Néanmoins, au sein de ce mouvement artistique majeur du XXᵉ siècle, « Leleu va plutôt partager la vision de Jacques-Émile Ruhlmann, c’est-à-dire celle d’un classicisme mis au goût de la modernité. C’est une approche plus modérée que celle d’un Pierre Chareau, par exemple » nous informe l’expert Thierry Roche.

 

Jules Leleu (1883-1961), commode en noyer incrustée de pastilles carrées en nacre ouvrant à deux portes garnies de poignées torsadées en métal doré et reposant sur des pieds sabres, Hauteur : 96 cm Longueur : 184 cm Profondeur : 52 cm. Estimation : 7000 euros - 8000 euros.

Jules Leleu (1883-1961), commode en noyer incrustée de pastilles carrées en nacre ouvrant à deux portes garnies de poignées torsadées en métal doré et reposant sur des pieds sabres, (c. 1955). Estimation : 7 000 euros – 8 000 euros.

 

Ses meubles séduisent la haute bourgeoisie et institutions, qui ne cessent dès lors de lui passer d’importantes commandes : du mobilier pour l’ambassade de France à Washington, les salons du siège de la Société des Nations à Genève, la décoration d’un paquebot comme Le Normandie… Si bien qu’il devient également ensemblier (Ndlr. un ensemblier est un architecte d’intérieur spécialisé dans la création d’ensembles décoratifs). 

 

Le mobilier d’une ambiance parisienne chic

 

En 1955, du fait de toutes ces commandes prestigieuses, Jules Leleu est au faîte de sa renommée. C’est dans ce contexte qu’il est chargé de l’aménagement de notre appartement cannois, et notamment du salon. Il adosse à l’un des murs une commode en noyer incrustée de nacre, réalisée sur mesure (estimée entre 7 000 et 8 000 euros), flanquée d’une paire de fauteuils en noyer (estimée entre 800 et 1 000 euros). De l’autre côté, il installe un ensemble constitué d’un canapé en tissu beige et de deux fauteuils assortis (estimé entre 1 500 et 2 000 euros). Entre les deux, toujours près d’un mur, il accroche un miroir à glace dans un encadrement en bois doré (estimé entre 1 500 et 2 000 euros) surplombant un bar d’appartement, également en noyer incrusté de nacre, agrémenté d’un abattant et d’étagères garnies de miroirs (estimé entre 7 000 et 8 000 euros).

 

Mobilier appartement cannois signé Jules Leleu (1883-1961)

Mobilier appartement cannois signé Jules Leleu (1883-1961), dont commode en noyer incrustée de nacre, réalisée sur mesure. Estimation : 7 000 – 8 000 euros. Et une paire de fauteuils en noyer. Estimation : 800 et 1 000 euros. 

 

Çà et là, Jules Leleu dispose d’autres meubles,  une table dite « porte-journaux » (estimée entre 800 et 1 000 euros), un lampadaire composé de deux ou trois tubes en cristal (estimé entre 1 500 et 2 000 euros), une table ronde à système élévateur (estimée entre 2 000 et 3 000 euros), et même deux tapis à motifs, l’un circulaire, l’autre rectangulaire (tous deux estimés entre 500 et 800 euros), insufflant une « ambiance parisienne chic » à l’appartement. « Son sens du détail l’a également conduit à imaginer les formes de la rambarde du balcon de la demeure », précise Jean-Pierre Besch.

 

Mobilier appartement cannois signé Jules Leleu (1883-1961)

Mobilier appartement cannois signé Jules Leleu (1883-1961), dont paire de fauteuils en noyer à dossier ajouré à décor néo-classique et pieds avant galbés. Estimation : 800 euros – 1 000 euros. Et tapis circulaire à motifs. Estimation : 500 et 800 euros. 

 

Des meubles en excellent état de conservation 

 

Outre l’unité stylistique et la quantité des pièces présentées, la singularité de cette vente réside dans le très bon état de conservation de l’ensemble des meubles. Thierry Roche ajoute : « le fait qu’elles n’aient pas bougé et qu’elles aient été protégées des rayons du soleil de la Méditerranée fait qu’elles n’ont pas besoin d’être restaurées. Par ailleurs, 90% des factures des meubles ont été conservées, ce qui permet d’avoir de la transparence sur la provenance des meubles. »

Autant d’arguments qui font dire à Jean-Pierre Besch que cet ensemble intéressera « des professionnels, des particuliers et des collectionneurs ». Des potentiels enchérisseurs qui seront peut-être aussi séduits par des « estimations raisonnables ». En effet, une commode galbée datant de 1938 a trouvé preneur pour 18 200 euros (avec frais) chez Aguttes le 18 novembre dernier, tandis qu’un ensemble « bureau et fauteuil » s’est vendu 13 640 euros (avec frais) chez Rouillac deux jours avant. Les deux lots ont nettement dépassé leurs estimations.

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