Quatre bustes inédits de Jean Carriès découverts dans un grenier aux enchères à Angers

16/02/2026

Le 25 février à Angers, la maison Deloys dispersera une collection exceptionnelle de quatre bustes inédits de Jean Carriès, issus de la collection de la famille d’Auguste Hurtaud, chef d’atelier et proche collaborateur du sculpteur. Une redécouverte majeure pour l’histoire de la céramique et de la sculpture symboliste de la fin du XIXe siècle.

 

La maison Deloys s’apprête à dévoiler aux enchères des bustes inédits d’une figure singulière de la sculpture française de la fin du XIXe siècle, Jean Carriès (1855-1894). Les quatre sculptures ont été découvertes au début des années 1950 dans la Sarthe. Elles sommeillaient à Bonnétable, dans le grenier de la maison d’Auguste Hurtaud. Ce dernier a joué un rôle de premier plan dans la mise en œuvre des ambitieux projets céramiques de Jean Carriès au sein de son atelier de céramique établi au château de Montriveau, à Saint-Amand-en-Puisaye, une région de grande tradition potière. Les bustes sont restés dans la collection de la famille Hurtaud, puis dans celle de la descendance des acquéreurs de sa maison. « Ils n’ont jamais été exposés ni présentés en vente publique, détaillent les commissaires-priseurs. Ils sont totalement inconnus du marché. » Les bustes sont estimés entre 2 000 et 5 000 euros. 

 

Jean Joseph Marie Carriès (1855-1894). « L’homme à la casquette », (modèle créé entre 1888 et 1894) grès non émaillé, signée. H. 48 – L. 27 – P. 28 cm. Estimé entre 4 000 et 5 000 euros.

 

Jean Carriès, pionnier du grès émaillé 

A l’origine du renouveau de l’art céramique à la fin du XIXe siècle, Jean Carriès est l’un des premiers artistes français à avoir élevé le grès émaillé au rang de médium artistique majeur, et non plus seulement utilitaire. « Il a créé des glaçures dans de subtiles variations de tons brun, beige et crème, et inspirera de nombreux artistes qui décident, après sa mort à l’âge de 39 ans, de perpétuer son travail et ses découvertes », poursuivent les commissaires-priseurs.

 

 

Trois des bustes présents au catalogue sont réalisés en grès émaillé et illustrent cette volonté de faire dialoguer la sculpture et la céramique. Les surfaces jouent sur des nuances sourdes, entre bruns profonds, beiges et crèmes, que Carriès met au point dans son atelier de Puisaye. La matière, dense et vibrante, participe pleinement à l’expression des visages. L’artiste développe dès 1875 une série de figures connues sous le nom des Désolés. Il y représente des marginaux, des humbles, des visages marqués par la fatigue ou la détresse. Naturalisme et étrangeté s’y entremêlent. Certaines physionomies frôlent le grotesque, d’autres évoquent des créatures inquiétantes ou des enfants aux traits troublants, thèmes récurrents dans son œuvre. Un important ensemble de ses sculptures et céramiques est aujourd’hui conservé au Petit Palais, à Paris.

Parmi les bustes mis en vente figure un modèle de l’Épave au bonnet, également visible dans le célèbre Portrait de Jean Carriès dans son atelier peint entre 1886 et 1887 par Louis Catherine Breslau. Conservé au Petit Palais, ce tableau montre l’artiste entouré de ses œuvres, affirmant déjà la place centrale de la céramique dans sa pratique.

 

Louise Catherine Breslau (1856-1927), « Portrait de Jean Carriès dans son atelier ». Paris, Musée du petit Palais ( Inv. PPP2060). 

 

Une carrière interrompue prématurément 

En avril 1888, une exposition majeure consacrée à Carriès se tient dans le salon d’Aline et Paul-François Ménard-Dorian. Ce cercle républicain réunit alors Émile Zola, Alphonse Daudet, les frères Goncourt, Auguste Rodin ou encore des responsables politiques. L’exposition rencontre un vif succès et l’État procède à plusieurs acquisitions. Elle marque l’aboutissement d’un travail mené depuis plus d’une décennie autour du buste, genre que Carriès renouvelle à l’envi. 

À la recherche d’un lieu adapté à ses recherches, l’artiste s’installe au château de Montriveau, à Saint-Amand-en-Puisaye. Il y fonde un atelier de céramique et s’entoure d’artisans locaux. Auguste Hurtaud, plâtrier de la région, devient son chef d’atelier. La correspondance entre les deux hommes témoigne des difficultés techniques rencontrées, notamment lorsqu’il s’attelle, à partir de l’hiver 1889, à la commande d’une porte monumentale pour Winnaretta Singer, future princesse de Polignac. Ce projet ambitieux l’amène à repenser entièrement son organisation de travail et à recruter manœuvres et tourneurs. L’entreprise, éprouvante, restera inachevée et contribuera à l’épuisement de l’artiste, disparu prématurément en 1894, à l’âge de 39 ans.

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