Peintre voyageur avec une prédilection pour le Finistère, Lucien Simon a su imposer de son vivant un style unique et particulier. Sa cote, en progression depuis une dizaine d’années, reflète encore aujourd’hui son pouvoir d’attraction.
Il n’a pas un profil très habituel pour son époque : Lucien Simon (1861-1945), né à Paris, vient d’une famille aisée, il étudie à Louis-le-Grand et prépare Polytechnique avant de décider de se consacrer à la peinture. Il suit les cours de l’Académie Julian, et expose pour la première fois en 1881 au Salon des artistes français. Sa notoriété progresse vite, il vend ses premières toiles à des collectionneurs étrangers et à l’Etat dès 1895. « Grâce à son épouse Jeanne Dauchez, sœur du peintre breton André Dauchez, il découvre la Bretagne qui va devenir son havre de paix et l’une de ses principales sources d’inspiration », détaille Philippe Lannon.
Lucien Simon (1861-1945) Scène orientaliste, les femmes au marché. Gouache, signée en bas à gauche 31 x 45 cm. En vente chez Thierry-Lannon et Associés, le 26 avril 2025 à Brest, estimée 2 000 à 3 000 euros.
Lucien Simon et la Bande noire
Très amateur du travail de Lucien Simon, le commissaire-priseur Philippe Lannon tient à souligner que « cet artiste aurait pu aller vers les nouveaux mouvements de son temps, mais il a su conserver son indépendance artistique, son style particulier, et séduire des collectionneurs qui achetaient également des œuvres de l’avant-garde de l’époque ». Parmi les proches du peintre figurent notamment Georges Desvallières, qui appartient avec Lucien Simon, André Dauchez ou Charles Cottet, à la « Bande noire » appelée ainsi par les critiques d’art car ils rejettent les couleurs claires des impressionnistes.
Lucien Simon (1861-1945), Bigoudène et ses deux enfants. Aquarelle gouachée signée en haut à gauche. 73 x 63 cm. En vente chez Thierry-Lannon et Associés, le 26 avril 2025 à Brest, estimée 15 000 à 20 000 euros.
Un champion de la composition
« Lucien Simon est un champion de la composition, ses œuvres sont toujours très structurées, abouties et complexes, on voit qu’elles ont demandé beaucoup de réflexion », admire Philippe Lannon. Pour exemple, l’aquarelle gouachée Les batteuses de blé présentée en vente le 26 avril (50 000 à 80 000 euros) : chaque personnage ou animal, chaque mouvement est précisément chorégraphié. Sur l’une des autres aquarelles de la vente, une Bigoudène et ses deux enfants (15 000 à 20 000 euros), il faut s’attarder sur les visages particulièrement expressifs des personnages, une prouesse pour un travail à l’aquarelle. Et le troisième tableau de la vente, une scène orientaliste à la gouache (2 000 à 3 000 euros) rappelle que Lucien Simon n’a pas seulement été un peintre de la Bretagne. Cet artiste voyageur a également représenté des scènes de la vie parisienne, des intérieurs, ou exécuté des portraits.
Lucien Simon (1861-1945), Les batteuses de blé près de la tour carrée à St Guénolé Penmarch. Aquarelle gouachée signée en bas à gauche. 110 x 148 cm. En vente chez Thierry-Lannon et Associés, le 26 avril 2025 à Brest, estimée 50 000 à 80 000 euros.
Un marché dynamique depuis 15 ans
« La cote des œuvres de Lucien Simon progresse, l’année dernière nous avons obtenu 80 000 euros au marteau pour un Bain en Bretagne, et notre record est de 125 000 euros pour des Baigneuses bretonnes dans les rochers en 2021″, se souvient Philippe Lannon. Il remarque que le marché est très dynamique depuis 10 ou 15 ans, même si ses œuvres n’ont jamais vraiment connu de désaffection, et que ce sont ses tableaux bretons qui obtiennent les plus fortes enchères. En ce qui concerne le profil des acheteurs, le commissaire-priseur rappelle que « de son vivant, Lucien Simon a vendu à des musées, des institutions, des collectionneurs un peu partout dans le monde, jusqu’aux collections Morozov ou Chtchoukine ! Le marché est toujours aussi ouvert, même si les amateurs sont français et européens pour la majorité ».
Par la maison THIERRY – LANNON et Associés, le 27 avril 2024 à Brest : Lucien SIMON (1861-1945) « Bain en Bretagne » ou « Partie de Bain en Pays Bigouden » circa 1909, Aquarelle et gouache sur papier marouflé sur toile signée en bas à droite, 147 x 104 cm
Bibliographie :
Léonce Bénédite, « Lucien Simon aquarelliste », Art et Décoration, septembre 1909.
André Cariou, Lucien Simon, Plomelin, Editions Palantines, 2002, reproduction page 123.
Expositions :
Paries, Galerie Georges Petit, Exposition de la Société nouvelle de peintres et sculpteurs.
Quimper, Musée des beaux-arts, Lucien Simon, 2006, n° 67.
Saint-Briac, Couvent et chapelle de la Sagesse, Lucien Simon, les plaisirs et les jours, 2011, illustré p.32 du catalogue.
Provenance : Collection Particulière.
Vente Mes Thierry, Martin et Lannon, Douarnenez, 23 juillet 1988, lot 50 bis.
« Ce thème improbable, – des Bigoudènes se baignant nues sur les bords d’une crique de l’Odet -, a probablement une origine antérieure à l’œuvre de 1909. En 1893, Lucien Simon, en villégiature à Bénodet depuis son mariage avec Jeanne Dauchez en 1890, y reçoit la visite de son ami Émile-René Ménard. Celui-ci, séduit par les rivages boisés de l’Odet, imagine deux femmes se baignant nues dans l’anse de Kergos à proximité de la villa de la famille Dauchez. Ce paysage apaisé devient pour lui une sorte d’Arcadie où il tente d’exalter l’harmonie entre ces deux femmes et la nature (L’Anse de Kergos, ancienne collection d’Edward Aleksander Raczynski, château de Rogalin). Sans doute peu après, Lucien Simon peint une Nymphe des bois (ancienne collection de Francesco Llobet, Buenos Aires), où l’on voit une jeune femme en partie dénudée au bord d‘une rivière qui pourrait être l’Odet.
Par la maison THIERRY – LANNON et Associés, le 17 juillet 2021 à Brest : Lucien SIMON (1861-1945) « Baigneuses bretonnes dans les Rochers 1913 » hst sbd. Exposé en 1914 au Salon de la Société Nationale des Beaux Arts. Probablement acquis par la galerie Berheim Jeune en 1914. 144×198
Par la maison THIERRY – LANNON et Associés, le 8 mai 2021 à Brest : Lucien SIMON (1861-1945) « La foule sur le quai » aquarelle gouachée sbd. Etude pour le Beaupré 1901. 103×63
Commentaire : « La peinture intitulée le Beaupré (reproduite dans Valmy-Baisse) représente l’un des jeux favoris des ports cornouaillais : on installe un mât savonné, un beaupré, entre le quai et un support placé dans le port, sur lequel flotte un drapeau. Les jeunes doivent parcourir la longueur du mât sans tomber à l’eau. La foule entoure les jeunes en maillot de bain, qui attendent leur tour. L’œuvre reproduite, qui montre un détail de la foule, est caractéristique de la technique du peintre qui construit son étude à partir d’un fonds coloré. Il s’agit de la fête organisée à l’occasion du pardon à Bénodet ». Réf. André Cariou « Lucien Simon » Editions Palantines, page 90