Le 2 octobre 2025 | Mis à jour le 15 octobre 2025

Rare collection d’art indonésien aux enchères à Blois

par Clémentine Pomeau-Peyre

Il faut être un peu aventurier pour s’intéresser à l’art indonésien… Cela a heureusement été le cas de Jacques Cortecero, qui a parcouru ces îles pendant des dizaines d’années. Il en a rapporté des trésors, à découvrir chez Valoir Pousse-Cornet le 11 octobre. 

 

« Je connais la collection de Jacques Cortecero depuis des années, et je suis touché qu’il m’en confie la dispersion aujourd’hui » avoue l’expert Christian-Hervé Njiensi. Cette proximité avec le collectionneur lui permet de raconter son histoire : « Il était ébéniste et a commencé à voyager en Indonésie pour travailler sur des meubles. Il a été subjugué par la culture indonésienne, et a passé toute sa vie à faire des aller et retour, à apprendre les dialectes locaux… cela lui a permis d’acquérir des objets vraiment rares sur le marché ! » Parmi les 189 lots de la vente du 11 octobre chez Valoir Pousse-Cornet figurent par exemple une douzaine de charmes ou amulettes. Utilisées comme médicaments ou en protection contre les mauvais esprits, ces petites statuettes (300 à 400 euros pour une ou deux) viennent principalement du Sarawak, sur l’île de Bornéo. 

D’autres objets n’auraient simplement pas pu être rapportés par quelqu’un d’autre : « Le panneau autel Daro ndra ama était sur une cloison de la maison du roi de Bawomataluo, au sud de l’île de Nias, il a été offert par le roi à Jacques Cortecero, et j’ai ce moment en vidéo » se félicite l’expert. En bois dur, ce panneau rectangulaire est sculpté d’un personnage ancestral représenté assis (4 000 à 6 000 euros). 

 

 

Un art encore peu connu

« L’art indonésien reste relativement peu connu, il fait partie des grandes collections d’arts primitifs mais toujours un peu à la marge, peut être parce qu’il est parfois issu de zones peu connues qui ont longtemps été dangereuses, analyse l’expert, le marché se résume souvent aux masques de théâtre de Java et aux grandes sculptures bâton des Dayak ».

Cette vente va permettre de découvrir d’autres trésors, dont un sabre de cérémonie de l’ile de Nias, dont la poignée est sculptée d’une gueule ouverte de dragon serpent (2 000 à 3 000 euros) ou un Hampatong en bois en forme de visage (6 000 à 8 000 euros). « Sa bouche agressive avec la langue tirée est le symbole des chasseurs de têtes. Le rituel de la «chasse aux têtes» était une pratique courantes jusqu’à l’introduction de l’islam et du christianisme » détaille Christian-Hervé Njiensi. Il s’est attaché pour ce catalogue à décrire très minutieusement les objets, en les rattachant aux croyances éventuelles. « Le Kenyah Kayan Bahau (6 000 à 8 000 euros) en bois de fer de Bornéo collecté dans le Kalimantan et sculpté en relief d’un personnage masculin sexué avait un rôle protecteur contre les épidémies et les mauvais esprits en plus de son rôle spirituel dans l’incarnation d’un esprit ancestral. »

Au catalogue sont également inscrits quelques tissus Pua Dayak (800 à 1 200 euros) dont les motifs rappellent des rites de passage, « cette collection en compte bien d’autres, ils seront surement l’objet d’une autre vente ». 

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