Il faut être un peu aventurier pour s’intéresser à l’art indonésien… Cela a heureusement été le cas de Jacques Cortecero, qui a parcouru ces îles pendant des dizaines d’années. Il en a rapporté des trésors, à découvrir chez Valoir Pousse-Cornet le 11 octobre.
« Je connais la collection de Jacques Cortecero depuis des années, et je suis touché qu’il m’en confie la dispersion aujourd’hui » avoue l’expert Christian-Hervé Njiensi. Cette proximité avec le collectionneur lui permet de raconter son histoire : « Il était ébéniste et a commencé à voyager en Indonésie pour travailler sur des meubles. Il a été subjugué par la culture indonésienne, et a passé toute sa vie à faire des aller et retour, à apprendre les dialectes locaux… cela lui a permis d’acquérir des objets vraiment rares sur le marché ! » Parmi les 189 lots de la vente du 11 octobre chez Valoir Pousse-Cornet figurent par exemple une douzaine de charmes ou amulettes. Utilisées comme médicaments ou en protection contre les mauvais esprits, ces petites statuettes (300 à 400 euros pour une ou deux) viennent principalement du Sarawak, sur l’île de Bornéo.
D’autres objets n’auraient simplement pas pu être rapportés par quelqu’un d’autre : « Le panneau autel Daro ndra ama était sur une cloison de la maison du roi de Bawomataluo, au sud de l’île de Nias, il a été offert par le roi à Jacques Cortecero, et j’ai ce moment en vidéo » se félicite l’expert. En bois dur, ce panneau rectangulaire est sculpté d’un personnage ancestral représenté assis (4 000 à 6 000 euros).
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : IBAN DAYAK, Sarawak, Bornéo, Indonésie.
Bois, patine brun-foncé.
Charme/amulette figurant un petit personnage d’aspect primitif utilisé comme médicament et protection contre les mauvais esprits. Le personnage est représenté assis et tient son sexe dans ses mains.
Haut : 12 cm. Larg : 3 cm.
Note : Les guérisseurs Dayak ont produit des petites figurines protectrices (hampatong). Ces « charmes », sont destinés à chasser les mauvais esprits.
Provenance : Collecté in situ en 1970 par Jacques Cortecero sur la rivière Baram. Voir le lot
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : IBAN DAYAK, Sarawak, Bornéo, Indonésie.
Rare représentation d’un couple d’Hampatong.
Sculptures utilisées dans les rizières, en forêt, le long d’un fleuve, pour réaliser une bonne récolte, une bonne pêche ou pour les sacrifices offerts à la déesse Jata et aux Santiang pour favoriser la fécondité. Le bois raviné par du lichen est teinté de gris sombre, blanc et brun foncé.
Haut : 90 cm. Larg : 20 cm.
Provenance : Collecté in situ en 1970 par Jacques Cortecero sur la rivière Baram. Voir le lot
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : « Pua », Ikat, DAYAK, Kalimantan, Bornéo, Indonésie.
Plan formé de deux lés cousus entre elles. Coton, colorants naturels, rouge brique mengkudu extrait de la plante Morinda citrifolia, brun clair, brun noir, écru et le bleu profond extraie du jus de la feuille de l’indigofera tinctoria. Motifs de personnages aux longues oreilles, Le milieu terrestre et le milieu aquatique, est représenter par des serpents, des crevettes elles sont là pour rappeler les rites de passage, ainsi que des animaux domestiques symbole de richesse. Armure toile à effet chaîne, ikat de chaîne, trames supplémentaires et de franges tressées.
Dim : 240×135 cm.
Provenance : Collecté in situ en 1970 par Jacques Cortecero. Voir le lot
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : DAYAK KAYAN-KENYAH, Est Kalimantan, Indonésie.
Bois léger polychrome blanc, noir et rouge.
Masque oiseau «Hudoq » avec bec de calao rhinocéros, gueule de dragon béante et menton proéminent. Les deux oreilles rapportées en forme d’ailes sont munies de défenses de bois dans leur partie supérieure.
Ces masques évoquent des esprits de la brousse chargés de purifier le village. La danse masquée des « hudoq » qui clôt les rites selon la Tradition du Riz est vécue par les villageois comme un rite de fertilité de la terre et de toute la nature.
Haut: 35 cm. Larg: 20 cm.
Littérature: Voir pages 65 à 69, « BORNEO and BEYOND », tribal arts of indonesia, East Malaysia and Madagascar. Produce by Bareo Gallery, Singapore, 1990.
Provenance : Collecté in situ en 1975 par Jacques Cortecero sur la rivière Mahakam. Voir le lot
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : DAYAK KAYAN, ouest Kalimantan, Indonésie.
Bois, coquillages, rotin, patine foncée.
Porte-bébé orné de trois personnages en fort relief, avec des visages en forme de cœur, dont les corps aux membres minuscules se mêlent aux spirales de corps d’animaux stylisés. Les bouches prognathes aux dents pointues et les yeux aux regards accentués par de grands disques de conus. Ce porte-bébé richement décoré avec raffinement constitué une œuvre aboutie des arts Dayak, indiquant ainsi le statut social de la famille.
Pour les Dayak, ce décor permet de retenir les esprits bienveillants auprès du bébé.
Haut : 33 cm. Larg : 38 cm.
Petit manque.
Provenance : Collecté in situ en 1975 par Jacques Cortecero sur la rivière Mahakam. Voir le lot
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : KENYAH-KAYAN-BAHAU, Est Kalimantan, Indonésie.
L’un des principes clés de la croyance des peuples Dayak de Kalimantan est que les humains ont deux âmes : l’une qui s’attarde avec le corps, et l’autre qui doit faire le voyage ardu vers l’au-delà.
Cette imposante figure Hampatong de la collection Jacques Cortecero est sculptée en ronde-bosse dans un bois de fer de Bornéo (Eusideroxylon zwageri). Sa conception est un processus ardu à la fois physiquement et spirituellement.
les hampatong pouvaient remplir plusieurs rôles différents en fonction de leurs motifs et de l’endroit où ils étaient placés. Notre exemplaire sculpté en relief d’un personnage masculin sexué avait un rôle protecteur contre les épidémies et les mauvais esprits en plus de son rôle spirituel dans l’incarnation d’un esprit ancestral.
Haut : 180 cm. Larg : 54 cm.
Note : Le bois raviné est teinté de gris sombre et brun foncé par du lichen, blanchi par le temps.
Provenance : Collecté in situ en 1970 par Jacques Cortecero sur la rivière Barang. Voir le lot
Par VALOIR POUSSE-CORNET Maison de ventes à Blois le 11/10/2025 : KENYAH-KAYAN-BAHAU, Est Kalimantan, Bornéo, Indonésie.
Bois de fer, patine ravinée par le temps.
Rare et ancien « Hampatong » représentant un élément anthropomorphe d’un ossuaire « Sandung » à l’image d’un visage reprenant la forme d’un cœur, avec des grands yeux circulaires qui épousaient la forme des disques de coquillage tridacna gigas qui sertissaient les yeux. La bouche agressive avec la langue tirée, symbole des chasseurs de têtes. En effet, La guerre et le rituel de la «chasse aux têtes» étaient des pratiques courantes. Jusqu’à l’introduction de l’islam et du christianisme.
Haut : 36 cm. Larg : 41 cm.
Provenance : Collecté in situ en 1975 par Jacques Cortecero sur la rivière Mahakam. Voir le lot
Un art encore peu connu
« L’art indonésien reste relativement peu connu, il fait partie des grandes collections d’arts primitifs mais toujours un peu à la marge, peut être parce qu’il est parfois issu de zones peu connues qui ont longtemps été dangereuses, analyse l’expert, le marché se résume souvent aux masques de théâtre de Java et aux grandes sculptures bâton des Dayak ».
Cette vente va permettre de découvrir d’autres trésors, dont un sabre de cérémonie de l’ile de Nias, dont la poignée est sculptée d’une gueule ouverte de dragon serpent (2 000 à 3 000 euros) ou un Hampatong en bois en forme de visage (6 000 à 8 000 euros). « Sa bouche agressive avec la langue tirée est le symbole des chasseurs de têtes. Le rituel de la «chasse aux têtes» était une pratique courantes jusqu’à l’introduction de l’islam et du christianisme » détaille Christian-Hervé Njiensi. Il s’est attaché pour ce catalogue à décrire très minutieusement les objets, en les rattachant aux croyances éventuelles. « Le Kenyah Kayan Bahau (6 000 à 8 000 euros) en bois de fer de Bornéo collecté dans le Kalimantan et sculpté en relief d’un personnage masculin sexué avait un rôle protecteur contre les épidémies et les mauvais esprits en plus de son rôle spirituel dans l’incarnation d’un esprit ancestral. »
Au catalogue sont également inscrits quelques tissus Pua Dayak (800 à 1 200 euros) dont les motifs rappellent des rites de passage, « cette collection en compte bien d’autres, ils seront surement l’objet d’une autre vente ».