Disparu depuis son exposition en 1895, un portrait exceptionnel d’Elbridge Ayer Burbank animera la prochaine vente aux enchères de la maison Auctie’s. Représentant un jeune garçon afro-américain, le tableau met en lumière un pan méconnu de l’œuvre de ce peintre américain célèbre pour ses portraits d’Amérindiens.
Un jeune garçon afro-américain, qu’un fond de couleur sombre enveloppe et magnifie, s’abandonne dans les bras de Morphée, un tournesol à la main. Notre petit panneau, alliant le portrait à la nature morte, a la saveur des peintures silencieuses du XVIIIe siècle européen. Son auteur, le peintre américain Elbridge Ayer Burbank (1858-1949), fait fi du climat socio-politique de la fin du XIXe siècle et livre un portrait hors du temps en une ode humaniste à la communauté afro-américaine, deux ans avant l’instauration de la ségrégation raciale – l’art est le gardien de l’humanité lorsqu’elle a déserté le cœur des hommes.
Jeune garçon afro-américain, un tournesol à la main
Après un long séjour de perfectionnement en Europe, principalement à Munich où il découvre notamment l’œuvre de Pietro Antonio Rotari, un maître italien du XVIIIe siècle, Elbridge Ayer Burbank s’établit à Chicago en 1892 et s’attèle à une série de portraits dédiés à la communauté afro-américaine. Le plus connu, American Beauty, est le fruit d’une rencontre impromptue avec un jeune crieur de souliers, Willie Trimbles, qui deviendra l’un de ses modèles favoris. Réalisé en 1893, le tableau, dont on ignore la localisation actuelle, donnait à voir un jeune garçon s’enivrant de l’odeur d’une rose. Un jeune garçon que les commissaires-priseurs de la maison Auctie’s ont identifié comme étant le modèle de Sunflower.

Un chef-d’œuvre disparu depuis 1895
Peinte en 1894, notre œuvre avait disparu depuis sa présentation en 1895 à l’exposition annuelle de l’Art Club de Philadelphie. Elle est sans doute la pièce maîtresse du début de carrière de l’artiste, dont la célébrité tient davantage aux portraits d’Amérindiens. « A la fin de l’année 1896, Uncle Ed passa commande à son neveu d’un portrait du célèbre apache Geronimo qui vivait avec sa famille sous surveillance, dans une zone militaire de l’Oklahoma après sa reddition en 1886, expliquent les commissaires-priseurs. Cette rencontre sera le point de départ de l’impressionnant corpus de portraits d’Amérindiens que nous connaissons aujourd’hui, dont de nombreux exemplaires sont conservés dans des institutions américaines. » Des institutions dont les collections n’illustrent que de manière lacunaire l’œuvre d’Elbridge Ayer Burbank : seuls la Library of Congress de Washington, avec un exemplaire de la chromolithographie d’American Beauty, et le Davis Museum du Wellesley College, avec un portrait au pastel d’un jeune garçon de profil acquis cette année, mettent en lumière ses portraits afro-américains. Gageons que notre Sunflower, estimé entre 10 000 et 15 000 euros, fera l’objet d’une rude bataille d’enchères entre collectionneurs et institutionnels.