Redécouverte d’un portrait du XVIIIᵉ siècle réalisé par un maître italien du rococo
Le 20 décembre, la maison Osenat organisera dans sa salle de Versailles la première partie de sa vente Les Grands Siècles. La vedette de cette vacation sera le Portrait de Nicola Porpora (1686-1768), estimé entre 60 000 et 80 000 euros et attribué à l’une des figures majeures de la peinture rococo, Jacopo Amigoni.
Venise, la Bavière puis l’Angleterre, Paris, Naples et enfin Madrid. Non, il ne s’agit pas du parcours de l’aventurier Casanova, mais bien de celui de son compatriote, le peintre Jacopo Amigoni (1682-1752), dont les célèbres compositions mythologiques et scènes religieuses ont parfois laissé place à des portraits. Les enchérisseurs ont ainsi rendez-vous le 20 décembre prochain chez Osenat pour tenter d’acquérir l’un d’entre eux : le portrait du compositeur italien Nicola Porpora.
L’aventure européenne de Jacopo Amigoni
Vénitien de naissance, ou du moins d’adoption précoce, Jacopo Amigoni se forme d’abord auprès d’Antonio Balestra, puis du peintre baroque Antonio Bellucci. Il rejoint la corporation des peintres vénitiens en 1711. Six ans plus tard, il se rend en Bavière afin de mettre ses talents au service de l’électeur Maximilien II Emmanuel. Il y réalise de nombreuses commandes, notamment des fresques pour l’abbaye d’Ottobeuren, ainsi que pour les châteaux de Schleißheim (1725-1728) et de Nymphenburg (1717-1723) à Munich.

Jacopo AMIGONI (1682-1752), Portrait de Nicola Porpora (1686-1768), Huile sur toile. H : 80 cm L : 64,5 cm. Estimation : 60 000 – 80 000 euros
Il y perfectionne son style rococo, alors en plein essor dans toute l’Europe, avant de partir à Londres en 1729 pour une décennie. Cette période faste le voit notamment décorer le plafond de l’auditorium de la Royal Opera House, où il peint Les Muses présentant Shakespeare à Apollon.
Farinelli et Porpora, les amis de Londres
C’est à cette époque qu’il rencontre deux autres expatriés italiens, Nicola Porpora et son élève, le célèbre castrat Farinelli. Tous deux sont alors au service de l’Opéra de la Noblesse, une troupe soutenue par le prince de Galles. Dans ce contexte de réussite se noue une amitié durable entre le peintre et le chanteur Farinelli, qui s’étaient déjà rencontrés quelques années plus tôt en Bavière.
Ils voyagent ensemble en France et quittent la Grande-Bretagne à la fin des années 1730, avant de se retrouver à Madrid, où Jacopo Amigoni devient peintre de la cour royale jusqu’à sa mort en 1752, en qualité de « premier peintre du roi. »
Les portraits du célèbre castrat
Le peintre vénitien réalise plusieurs portraits du castrat, dont le Portrait du chanteur Farinelli accompagné de ses amis (1750-1752) conservé à la National Gallery of Victoria de Melbourne, dans lequel Amigoni s’est représenté à gauche du chanteur.

Jacopo Amigoni (1682-1752), Farinelli portant l’ordre de Calatrava, vers 1750-52, Real Academia de Bellas Artes de San Fernando.
On peut également citer le Portrait de Farinelli en tenue de l’ordre de Calatrava (1750-1752), conservé à la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando à Madrid, ainsi qu’un autre portrait de 1752, exposé à la Staatsgalerie de Stuttgart.
Sous l’influence de Nicolas de Largillière
S’appuyant sur les analyses d’Annalisa Scarpa Sonino, auteure d’une monographie de référence sur le peintre, la maison Osenat rapproche la composition du Portrait de Nicola Porpora d’un autre tableau vendu il y a vingt ans chez Sotheby’s, qui représenterait, selon la spécialiste, une nouvelle fois Farinelli, coiffé d’une perruque à la mode française.

Nicolas de Largillierre (1656-1746), Portrait de Monsieur de Vermont, vers 1697, Pasadena, Norton Simon Museum.
Amigoni s’est en effet attaché à dépeindre les modes vestimentaires de l’aristocratie hexagonale, en s’inspirant notamment du portraitiste Nicolas de Largillierre, « de telle manière que ce tableau a longtemps été considéré comme une œuvre de Nicolas de Largillière, lui-même peintre voyageur. C’est sous cette attribution qu’il a été conservé dans une collection de la région parisienne pendant une quinzaine d’années », nous informe le commissaire-priseur en charge de la vente, Hugo Thévenot. Ce dernier ajoute que ce rapprochement « conduit à situer le Portrait de Nicola Porpora dans les années 1730. Dans la mesure où l’élève et le maître sont représentés de la même manière. »
Un parallèle peut également être fait avec le Portrait d’homme au drapé rouge, probablement un chanteur, conservé au High Museum of Art d’Atlanta, qui annonce « déjà la remarquable qualité de traitement des drapés que l’on retrouve dans notre tableau. »
Une estimation haute à 80 000 euros
Estimé entre 60 000 et 80 000 euros, ce portrait pourrait créer la surprise, à l’image de deux autres œuvres de l’artiste vénitien, Zéphyr et Flore, vendu 164 000 euros (frais inclus) chez Artcurial en 2022, doublant ainsi son estimation haute, ou encore de L’Enlèvement d’Europe, acquis chez Sotheby’s à Londres pour 617 326 euros (frais inclus).
De surcroît, « il s’agit d’une redécouverte, les portraits de ce peintre étant extrêmement rares, et le sujet, un célèbre compositeur, en font un témoignage majeur des échanges artistiques et culturels européens du XVIIIᵉ siècle. » Autant d’arguments susceptibles de « séduire aussi bien un grand collectionneur de peinture du XVIIIᵉ siècle qu’un amateur de musique ou une institution. »