Le 20 mai 2024 | Mis à jour le 12 juin 2024

Un portrait inédit de Nicolas de Largillierre aux enchères à Saint-Etienne

par Magazine des enchères

Un portrait de Catherine Bégon de Montfermeil peint par Nicolas de Largillierre sera dévoilé aux enchères le 23 mai à Saint-Etienne. Inédit sur le marché, il témoigne d’une période durant laquelle le peintre, plébiscité de la noblesse et de la haute bourgeoisie françaises, s’attachait à idéaliser ses modèles. 

 

[Mise à jour, 12 juin] Le portrait par Nicolas de Largillierre a été adjugé 136 250 euros (frais inclus). 

 

Dévoilé au public à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1878 ou, plus récemment, au Château de Versailles en 1966, un important Portrait de Catherine Bégon de Montfermeil, peint par Nicolas de Largillierre (1656-1746) et autrefois identifié comme celui de Mademoiselle de Nantes, réapparaît pour la première fois sur le marché depuis son acquisition par l’actuel propriétaire en 1970. Estimé entre 80 000 et 100 000 euros, il sera présenté aux enchères aux côtés d’une Vierge à l’enfant du Quattrocento lors d’une vente organisée par la maison Carlier Imbert Morel, le 23 mai à Saint-Etienne.

 

Nicolas de Largillierre, le portraitiste favori de la noblesse et de la haute bourgeoisie françaises

En France, le portrait de cour atteint son apogée au XVIIe siècle sous l’impulsion de Hyacinthe Rigaud (1659-1743) et de Nicolas de Largillierre. Souvent comparés, les deux artistes, « des éclectiques qui ont glané un peu partout leur merveilleux talent, […] travaillaient dans le même genre sans pour autant se porter ombrage ni chercher à se nuire mutuellement », ainsi que le notent Raphaël Pinset et Jules d’Auriac dans leur Histoire du portrait en France paru en 1884. Car si le premier, portraitiste de la Cour, répond aux commandes officielles, Nicolas de Largillierre travaille, quant à lui, essentiellement pour une riche clientèle aristocratique, dont il livre, avec un sens inné de l’observation, une galerie de portraits – ici, le portrait de Catherine Guymont (Orléans 1666 – Paris 1754). « Elle était la fille d’Hervé Guymont, seigneur de La Mahitière, maréchal des logis de la Maison de roi, secrétaire du roi, et de Marie Madeleine Le Normant, détaille l’expert René Millet. Elle épousa en 1684, Michel Begon dit le Jeune (1655 – 1728), seigneur de Montfermeil. La famille Begon était apparentée à Colbert. Le frère de Begon le Jeune, Michel Begon V, occupa des fonctions prestigieuses notamment celle d’Intendant de la Marine de Rochefort. Michel Begon de Montfermeil amassa une grande fortune mais mourut ruiné, et sa femme se sépara de lui en 1702″. 

 

Nicolas de Largillierre (Paris 1656 – 1746), Portrait de Catherine Bégon de Montfermeil, née Guymont. Huile sur toile. 137 x 96,5 cm. Signée et datée en bas à gauche. Estimation : 80 000 – 100 000 euros.

 

Un portrait de Catherine Bégon de Montfermeil peint en 1695

Formé à Anvers, auprès du peintre de paysages Antoine Goubeau, Largillière rejoint l’Angleterre en 1675 où il intègre l’atelier de Peter Lely qui, à la suite de Van Dyck, devint l’un des portraitistes attitrés de la noblesse anglaise. S’il jouit d’une solide réputation, les persécutions à l’égard des catholiques le contraignent à quitter le pays, pour s’établir à Paris en 1678. En France, il s’attire rapidement les faveurs de la noblesse et de la haute bourgeoisie, avant d’être admis à l’Académie en 1686 grâce à son Portrait de Charles Le Brun.

Notre portrait peint en 1695 correspond à une période durant laquelle l’artiste idéalise davantage qu’il n’individualise ses modèles. « Il s’attache à cette époque à donner une image de « belle femme », plutôt qu’un portrait individualisé inspiré des portraits de Van Dyck, détaille René Millet. Le raffinement des étoffes et de la coiffure, la délicatesse des couleurs, sont quant à elles caractéristiques de la première partie de sa carrière. » L’étoffe de notre modèle arbore un dessin de pagodes, évoquant le goût de l’époque pour les ornements inspirés de l’Extrême Orient. « Une mode qui correspond à l’établissement des premières ambassades hollandaises dans les années 1650, avec la venue de l’ambassadeur de Siam à Versailles en 1686 et la diffusion d’estampes. Dès la fin du XVIIe siècle, des artistes comme Jean Bérain constituent des recueils d’ornements, utilisés à l’infini, notamment dans la décoration intérieure et les étoffes », précise l’expert.

S’il idéalise ses traits, Largillière introduit des symboles pour décrire la personnalité de son modèle. « Catherine Begon cueille une branche de jasmin, une fleur, symbole de l’amour voluptueux, introduite d’Espagne au XVIIe siècle », décrit René Millet. Notre portrait peut être rapproché du Portrait d’Hélène Lambert de Thorigny, conservé à l’Academy of Art d’Honolulu. « On y retrouve la figure du page portant une corbeille de fleurs, et non de fruits, détaille l’expert. La figure du négrillon apporte une touche exotique alors à la mode au tableau, en même temps qu’elle met en valeur la pâleur à la mode du modèle. Le personnage du page réapparait dans un autre grand portrait de femme, avec un perroquet et un chien, daté 1696, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York ». A noter que notre tableau, estimé de 80 000 à 100 000 euros, sera inclus dans le catalogue raisonné que prépare actuellement l’historien d’art Dominique Brême.

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