Le 2 mai 2022 | Mis à jour le 27 février 2024

Sophie Renard : « Nous découvrons chaque jour de nouvelles choses, c’est ce qui fait la beauté du métier de commissaire-priseur. »

par Diane Zorzi

De la vente d’un cheptel à celle d’une coiffeuse de Jacques-Émile Ruhlmann, Sophie Renard, commissaire-priseur à Château-Thierry, dans l’Aisne, confie sa passion pour un métier qui lui réserve chaque jour de nouvelles surprises. Entretien.  

 

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir commissaire-priseur?

Je fréquente les salles des ventes depuis mon plus jeune âge. Mes parents avaient l’habitude d’aller aux enchères pour dénicher notamment de petites armoires normandes. Mais c’est en intégrant une école d’antiquaire, après des études à l’Ecole du Louvre, que mon envie d’exercer dans le marché de l’art et de devenir commissaire-priseur s’est réellement précisée. J’ai donc complété ma formation avec du droit, avant de passer l’examen d’accès au stage de commissaire-priseur. Lorsque j’ai eu mon examen, j’ai fait mon premier stage avec Francis Briest, avant qu’il ne fonde la galerie Artcurial. C’est sans doute la meilleure école que j’ai connue. Il était spécialisé dans l’art moderne et contemporain. Auprès de lui, j’ai appris la rigueur, mais acquis également une grande autonomie, avec un département entier à gérer. J’ai ensuite rejoint la maison Aguttes qui venait tout juste de s’installer à Neuilly-sur- Seine. J’étais directrice du département bijoux, ce qui m’a conduite à développer des compétences dans ce domaine, avec à la clé l’obtention d’un diplôme en gemmologie.

 

« Je fréquente les salles des ventes depuis mon plus jeune âge. Mes parents avaient l’habitude d’aller aux enchères pour dénicher notamment de petites armoires normandes. »

 

Lorsque vous avez reçu votre diplôme de commissaire-priseur, vous avez rejoint rapidement la ville de Château-Thierry…

Oui, j’habitais dans le 4e arrondissement parisien et recherchais une étude proche de Paris. Dans l’attente de trouver une étude, je faisais ponctuellement du courtage, pour conserver un lien avec le marché de l’art, tout en élevant mes deux enfants. Un jour, je suis tombée sur une annonce informant de la vente d’une étude à Château-Thierry. J’ai découvert cette petite structure, installée au fond d’une impasse. Le commissaire-priseur en place y exerçait depuis 40 ans et s’apprêtait à prendre sa retraite. L’étude était installée au fond d’une impasse, dans un petit local sans chauffage, qui ressemblait à une grange dans laquelle les meubles invendus probablement depuis des années s’entassaient. J’ai compris qu’il y avait tout à faire. C’était un vrai défi et j’ai accepté immédiatement.

 

Quelle est la découverte qui vous a le plus marqué ?

Ma plus belle découverte est sans doute la coiffeuse de Ruhlmann en galuchat, ivoire et marqueterie de rose, un meuble extrêmement précieux que j’ai retrouvé dans une maison de campagne. La coiffeuse détonait dans cet environnement rustique. Après de plus amples recherches, j’ai réussi à retrouver, dans un ouvrage sur Rulhmann, une photographie de 1928 donnant à voir la coiffeuse dans son environnement. Lors de la vente, en 2001, la coiffeuse s’est finalement envolée à 2,5 millions de francs. C’était incroyable de retrouver un tel meuble dans un petit village, à une dizaine de kilomètres de Château Thierry, et avec une telle histoire. La propriétaire l’avait en effet hérité de sa tante qui vécut à Londres et qui l’avait acquis dans la succession de la veuve de Rulhmann. D’ailleurs, j’ai vécu dans une maison à Château Thierry il y a quelques années où la tante avait elle-même vécu et où était placée cette coiffeuse !

 

 

A quoi ressemble le quotidien d’un commissaire-priseur?

Il n’y a pas de journée type. Nous pouvons être sollicités le matin pour des inventaires judiciaires et l’après-midi préparer nos ventes volontaires. Je me souviens d’une journée incroyable lors de laquelle je me suis retrouvée à 5 heures du matin à la gendarmerie pour faire une perquisition chez un agriculteur qui me refusait l’entrée, afin que j’expertise un cheptel de plus de 120 bêtes. Je me suis retrouvée au milieu des vaches, avec mes bottes, avant de rejoindre mon étude pour organiser une vente l’après-midi, et finalement, à 18h, revêtir mes plus beaux habits afin d’animer une conférence sur les bijoux. Nous découvrons chaque jour de nouvelles choses, c’est ce qui fait la beauté de notre métier. La vente est finalement l’aboutissement et ce qui est particulièrement passionnant c’est tout le travail d’expertise mené en amont qui permet de sortir des objets et de les redécouvrir.

 

« La vente est finalement l’aboutissement et ce qui est particulièrement passionnant c’est tout le travail d’expertise mené en amont qui permet de sortir des objets et de les redécouvrir. »

 

Quelles sont les qualités essentielles dont doit être doté un commissaire-priseur ?

Sa curiosité. L’expertise demande une connaissance approfondie en histoire de l’art. Son instinct également. La plupart des commissaires-priseurs sont généralistes et doivent être capable, quel que soit le domaine, de déterminer immédiatement l’intérêt et la qualité des biens qu’ils ont sous les yeux.

 

Vous arrive-t-il de vous laisser à votre tour exalter par le jeu des enchères ?

Oui, je suis mes coups de cœur, mes envies et achète pour me faire plaisir ou faire des cadeaux à mes proches. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai acheté chez un confrère un tapis contemporain. L’une de mes acquisitions coup de cœur est un vase Keramis, « La Louvière », dessiné par Charles Catteau, un designer Art déco.

 


*Photo en Une : Spot télévisé Interencheres diffusé à partir du 2 mai sur France 2 dans le cadre d’un parrainage avec l’émission Affaire conclue.

Autres photos : © Abel Llavall-Ubach

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