Le 25 mars 2020 | Mis à jour le 27 mars 2020

Top 5 des vols les plus spectaculaires d’œuvres d’art

par Diane Zorzi

La nuit ou en plein jour, de La Joconde au Cri, les voleurs redoublent d’ingéniosité pour s’emparer des plus grands chefs-d’œuvre, laissant derrière eux des histoires dignes des meilleurs polars…

 

L’amour de l’art conduit parfois à la folie… En témoigne l’Arsène Lupin alsacien Stéphane Breitwieser sillonnant les musées européens pour se constituer une collection de 239 œuvres volées, ou l’émotif Patrick Vialaneix dérobant au musée de Draguignan le tableau si cher à son enfance. Mais c’est comme monnaie d’échange que l’art produit ses plus grands fantasmes. Il devient alors l’objet d’un commerce très lucratif pour les malfaiteurs qui n’hésitent pas à s’attaquer aux grands chefs-d’œuvre et à user des modes opératoires les plus étonnants.

 

Des chefs d’œuvre de l’art moderne à la poubelle

Paris, 20 mai 2010, 3h30 du matin. Vréjan Tomic, 1 mètre 90, crâne rasé, décide de passer à l’acte. Il emprunte les rues désertes du XVIe arrondissement et se dirige vers le Musée d’art moderne de la ville de Paris. Celui que l’on surnomme l’homme-araignée n’en est pas à son coup d’essai. Machinalement, il démonte une baie vitrée préalablement dévissée au cours de repérages passés, sectionne un cadenas et se faufile habilement et sans bruit, dans le musée. Aucune alarme ne sonne. Alors qu’il s’apprête à honorer sa commande en s’emparant d’une œuvre de Fernand Léger, il s’aperçoit que le système antivol est défectueux. Il profite de l’occasion et ajoute à son butin quatre autres œuvres. En quelques minutes, le Musée d’art moderne voyait disparaître quelques-unes de ses pièces maîtresses : Nature morte au chandelier de Fernand Léger, La Femme à l’éventail d’Amedeo Modigliani, Le Pigeon aux petits pois de Pablo Picasso, L’Olivier près de l’Estaque de Georges Braque et Pastorale d’Henri Matisse. Une perte estimée à plus de 100 millions d’euros.

 

Henri Matisse (1869-1954), Pastoral, 1905, huile sur toile, 46 x 55 cm, volée en 2010 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

 

Le réveil est glacial pour les employés qui découvrent les cadres de cinq tableaux gisant sur le sol. La défaillance des détecteurs de mouvement et du système d’alarme est pointée du doigt. L’affaire connaît un retentissement fracassant. Vréjan Tomic aurait agi pour le compte de l’antiquaire Jean-Michel Corvez qui prévoyait de revendre la toile de Léger à un client des Emirats, avant que ce dernier ne se rétracte, effrayé devant un tel tapage médiatique. Pour stocker les œuvres, Corvez fait appel à son ami Yonathan Birn, expert en horlogerie. Pendant ce temps, les enquêteurs se rapprochent pas à pas des malfaiteurs. Et coup de théâtre ! Birn, paniqué après une garde à vue, éclate en sanglots et avoue tout. Il se serait emparé des œuvres, les auraient cassées à coups de pied, avant de les jeter dans une benne à ordures. Une version des faits que les policiers peinent encore à croire. Le mystère reste entier au lendemain du procès des trois comparses qui se tenait le 20 février 2017 au Palais de Justice à Paris. Les œuvres pourraient bien couler des jours heureux, quelque part dans le salon d’un collectionneur…

 

500 millions de dollars : un vol record

Le 18 mars 1990, peu après minuit, a eu lieu le plus grand vol de toute l’histoire des musées américains : treize œuvres d’art, pour une valeur totale de 500 millions de dollars (soit environ 470 millions d’euros), sont dérobées au musée Isabelle Stewart Gardner de Boston. Alors qu’au-dehors la Saint Patrick bat son plein, deux hommes déguisés en policiers s’introduisent dans le musée. Faisant croire à un mandat d’arrêt, ils parviennent à tromper les gardiens avant de les menotter et de les enfermer dans une cave. La voie laissée libre, ils décrochent l’alarme et font leur choix parmi les tableaux de maîtres. Avec sous le bras le Concert de Vermeer, le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée de Rembrandt, des Degas et Manet, ils quittent tranquillement les lieux du crime. Ils seront restés ce soir-là pas moins de 81 minutes dans l’enceinte du musée : une visite culturelle paisible !

 

Johannes Vermeer (1632-1675), Le Concert, 1663-1666, huile sur toile, 72,5 x 64,7 cm, volée en 1990 au musée Isabella Stewart Gardner, Boston (Etats-Unis).

 

Au petit matin, c’est la stupeur et l’incompréhension. Si la perte est considérable, on s’étonne que les cambrioleurs aient préféré aux chefs-d’œuvre de la Renaissance des œuvres plus secondaires. En avril 1994, une lettre anonyme propose une rançon de 2,6 millions de dollars assortie de l’immunité totale des voleurs. Un échange qui n’aura jamais lieu. Les hypothèses les plus farfelues fleurissent. On évoque la mafia locale, avant de se tourner vers des gangsters corses, des émirs ou des émissaires du Vatican. En 2013, le FBI prétendra avoir identifié les malfaiteurs : des truands du coin, décédés depuis. Vingt-six ans après, alors que les délais de prescription empêchent désormais toute poursuite des voleurs, l’énigme n’est toujours pas résolue. Avis aux aventuriers : le musée offre 5 millions de dollars à quiconque permettrait de retrouver les œuvres en bon état…

 

Rembrandt (1606-1669), Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée, 1633, huile sur toile, 160 x 128 cm, volée en 1990 au musée Isabella Stewart Gardner, Boston (Etats-Unis).

 

Le Cri pétrifié en plein jour

Le matin se lève sur la capitale norvégienne en ce dimanche 22 août 2004. Le Musée Munch d’Oslo accueille ses premiers visiteurs. Venus admirer les chefs-d’œuvre du précurseur expressionniste, ils étaient loin de se douter qu’ils allaient finalement assister à l’un des vols d’œuvres d’art les plus rocambolesques de l’histoire. Sous leurs yeux ébahis, deux malfaiteurs cagoulés et armes au poing investissent les lieux. Tandis que l’un d’eux retient le personnel, l’autre arrache de leurs cimaises Le Cri et La Madone retenus par de simples câbles, avant de se presser vers la sortie où un complice les attend au volant d’une berline allemande. Quelques minutes auront suffi aux deux acolytes pour s’emparer d’un butin estimé à près de 100 millions d’euros. La cavale se soldera finalement par trois arrestations et la restitution des tableaux, deux mois plus tard. L’absence de demande de rançon alimente rapidement une rumeur : les malfaiteurs auraient-ils tenté de détourner l’attention de la police d’un hold-up plus important commis dans une banque quelques mois plus tôt ? 

 

Edvard Munch (1863-1944), Le Cri, 1893, tempera sur carton, 91 x 74 cm, Galerie nationale d’Oslo, Musée Munch.

 

Alerte disparition poids lourd !

Rien ne les arrête ! Le 15 décembre 2005 à 22h13, la Figure allongée d’Henry Moore disparaît des jardins de la Fondation consacrée à l’artiste anglais, à l’ouest de Londres. Protégée habituellement par des grilles et un système d’alarme sophistiqué, la sculpture, de retour d’une exposition au Brésil, avait été temporairement installée sur un terrain proche de la Fondation. Des vidéos de surveillance révèlent un vol éclair pour cette sculpture en bronze de 2 mètres de haut, 3 mètres 60 de large, et pesant plus de deux tonnes. Un record ! En dix minutes, l’œuvre était hissée à l’aide d’une mini-grue dans un 4×4 conduit par trois hommes cagoulés. Volés pour l’occasion, les véhicules sont retrouvés deux jours plus tard à quelque trente kilomètres de là. Aucun indice, aucune empreinte n’ont échappé à la vigilance des malfaiteurs. L’œuvre donne bien du fil à retordre aux enquêteurs. Alors que la logistique déployée et l’organisation millimétrée laissaient croire à une maîtrise digne du grand banditisme, la police déclare finalement en 2009 que la sculpture avait été vendue à une fonderie de Rotterdam pour moins de 3 000 euros. Une affaire crapuleuse peu rentable et une fin tragique pour cette œuvre dont l’estimation dépassait les 3 millions d’euros.

 

Henry Moore (1898-1986), Figure allongée, 1970, sculpture en bronze, 2 x 3,6 m, Fondation Henry Moore, Hertfordshire (Angleterre).

 

La Joconde kidnappée

Fidèle à son habitude, le matin du mardi 22 août 1911, le peintre Louis Béroud rejoint le Salon carré du musée du Louvre. Alors qu’il s’apprête à installer son chevalet pour croquer l’œuvre emblématique de Léonard de Vinci, il fait face à un pan de mur vide sur lequel ne subsistent plus que quatre crochets. La Joconde s’est volatilisée ! Plus loin, dans un escalier de service, son cadre et la boîte vitrée qui lui servait d’écrin mettent fin au doute. Le musée prétend à une fuite d’eau et ferme ses portes au public. Commence alors une chasse effrénée à la recherche du plus grand chef-d’œuvre de la Renaissance. La Société des amis du Louvre promet 25 000 francs de récompense à celui qui rapportera le tableau. L’affaire, abondamment relayée par la presse, suscite l’émoi dans le monde entier. Les bibelots, cartes postales, cigares ou rillettes à l’effigie de Mona Lisa se vendent en peu de temps.

A la réouverture du musée, le 29 août, le tout Paris se presse et pleure une perte considérable pour le patrimoine national. Les accusations vont alors bon train et alourdissent l’enquête. Une fausse piste conduira même Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso à être suspectés, associés à tort aux frasques d’un faux baron d’Ormesan qui demande une rançon pour l’œuvre qu’il prétend avoir subtilisée.

Alors que l’espoir de retrouver un jour le chef-d’œuvre commence à s’essouffler, un 14 décembre 1913, le Petit Parisien claironne : « Aucun doute ne subsiste : c’est bien elle ! » Un peu plus tôt, un antiquaire florentin Alfredo Geri, épaulé par le directeur du musée des Offices M. Poggi, alertait la police : un certain Vincenzo Peruggia, vitrier italien ayant travaillé un temps au Louvre, tentait de lui revendre l’œuvre. C’est finalement à Florence que la folle aventure prend fin pour ce voleur sentimental qui prétendra avoir voulu voir le chef-d’œuvre italien retrouver sa terre natale.

 

Léonard de Vinci (1452-1519), La Joconde ou Portrait de Mona Lisa, 1503-1506, huile sur panneau, 77 x 53 cm, Musée du Louvre, Paris.

 

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