Le 25 novembre 2021 | Mis à jour le 25 novembre 2021

Un meuble Art nouveau perdu depuis l’Exposition universelle de 1900 refait surface à Limoges

par Diane Zorzi

Un meuble unique d’Eugène Gaillard a été découvert par hasard lors d’un inventaire à Limoges. Cette pièce maîtresse de l’Art nouveau avait disparu depuis l’Exposition universelle de 1900. 

 

Au cœur de la Ville Lumière, en 1900, un pavillon imaginé par Siegfried Bing pour l’Exposition universelle offre à l’Art nouveau l’une de ses premières vitrines, consacrant un mouvement artistique novateur qui, bientôt, devait gagner les plus grandes villes européennes. Pour façonner l’architecture et la décoration intérieure, ce marchand, collectionneur et mécène, d’origine allemande, sollicite Edouard Colonna, Georges de Feure et Eugène Gaillard (1862-1932). A ce dernier, il confie le décor de la salle à manger, de la chambre à coucher et de l’antichambre. En poussant les portes du pavillon, les visiteurs découvrent ainsi, à l’entrée, une banquette spectaculaire en noyer nervuré, mouluré et sculpté, s’épanouissant sur 2,8 mètres de haut et 3,05 mètres de long. Une pièce exceptionnelle dont les historiens de l’art avaient perdu la trace jusqu’à ce qu’elle ne ressurgisse au hasard d’un inventaire à Limoges, plus de cent vingt ans après sa création. 

 

Une pièce maîtresse de l’Art nouveau

Le meuble sommeillait depuis trois générations dans la salle de billard de l’hôtel particulier des descendants du porcelainier Emile Gérard (1848-1925). Lors de l’inventaire, Julie Fauré, assistante du commissaire-priseur limougeaud Nicolas Constanty, a d’emblée pressenti qu’elle se tenait devant une pièce maîtresse de l’Art nouveau, avant que l’expert Emmanuel Eyraud ne confirme son caractère historique. Le vocabulaire ornemental de l’Art nouveau, inspiré de la nature et du japonisme, s’y déploie avec raffinement au gré de lignes organiques, de moulurations entrelacées et de motifs en coup de fouet richement sculptés. Avocat de formation, Eugène Gaillard exposera par la suite, aux Salons de la Société nationale des beaux-arts et de la Société des artistes décorateurs, des meubles davantage épurés, avec pour ambition de « mettre une caractéristique d’art indéniable jusque dans l’objet le plus humble ». 

 

Un meuble historique estimé entre 80 000 et 100 000 euros

Cette pièce historique aurait vraisemblablement été acquise, à l’issue de l’Exposition universelle, par Emile Gérard auprès du marchand d’art Siegfried Bing, en échange d’un ensemble de porcelaines. Conservée depuis dans le même hôtel particulier, elle arbore un état exceptionnel, conservant encore sa tapisserie d’origine. Elle sera vendue par Nicolas Constanty le 30 novembre à Limoges et en live sur Interencheres avec une estimation comprise entre 80 000 et 100 000 euros. Les collectionneurs, comme les musées, sont attendus pour cette vente aux enchères historique. 

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