Présenté par la maison Blanchy-Lacombe le 15 octobre dernier à Bordeaux, un exemplaire des Vies de Plutarque ayant appartenu à Montaigne a été adjugé à 369 000 euros à un collectionneur français, par l’intermédiaire d’un expert parisien. Dévoilant l’illustre signature et des annotations de la main du philosophie humaniste, l’ouvrage imprimé en 1565 avait été découvert dans une collection aquitaine.
En 1568, Michel de Montaigne rejoint avec sa femme la maison qui l’a vu grandir, une bâtisse du XVIe siècle, située à Saint-Michel-de-Montaigne, en Dordogne. Au dernier étage, l’auteur des Essais se réfugie dans sa « Librairie », médite et se consacre bientôt à l’ouvrage de sa vie. Au mur, des maximes latines ou grecques ont été gravées ici et là, tandis que trône une imposante bibliothèque riche d’ « un millier » de livres. De cet ensemble ne demeurent aujourd’hui que cent cinq titres, tous répertoriés par Alain Legros sur le site MONLOE (Montaigne à l’Œuvre) de l’Université de Tours.
Cent cinq… jusqu’à la découverte, dans une collection aquitaine, d’un exemplaire de Plutarque arborant en page de titre l’illustre signature du philosophe humaniste. « La dernière apparition d’un ouvrage ayant appartenu à Montaigne est un exemplaire de Térence, réapparu en 2009 alors qu’il avait été perdu de vue depuis 1938. Ce Plutarque est donc une découverte exceptionnelle et d’autant plus intéressante que jusqu’à présent aucun ouvrage de Plutarque ne figurait à l’inventaire de la bibliothèque de Montaigne », révèle l’experte Céline Perrin. A noter que le précieux ouvrage aurait ensuite appartenu à Michel Bourriot, un conseiller du roi au siège présidial de Bazas. « Au bas de la page de titre, ornée d’un jeu de lignes géométriques, la signature de Montaigne (Mõtaigne) a été biffée de traits horizontaux et remplacée, de part et d’autre, par l’ex-libris d’un certain “M[ichel] Bourriot”», précise Cécile Perrin.
Un ouvrage des Vies de Plutarque adjugé à 369 000 euros
Avec Sénèque, Plutarque est l’auteur ancien dont se recommanda le plus Montaigne – deux écrivains auxquels il consacre un chapitre entier de ses Essais (« Défense de Sénèque et de Plutarque », Essais, II). « Jacques Amyot, qui a traduit du grec les deux principaux ouvrages de Plutarque, est lui aussi élevé au tout premier rang », précise Alain Legros sur le site MONLOE. L’ouvrage adjugé à 369 000 euros à Bordeaux est un exemplaire des Vies des hommes illustres grecs & romains comparées l’une avec l’autre, traduit par Jacques Amyot et imprimé chez Michel Vascosan à Paris en 1565 (deuxième édition revue et corrigée).
Outre la signature en page de titre, il dévoile quatre annotations de la main de Montaigne. « Ces notes marginales témoignent du même esprit critique dont il fait preuve dans les marges des Annales de Nicole Gilles. Montaigne est un lecteur exigeant, soucieux de cohérence, et aussi d’exactitude quand l’auteur qu’il lit relate des faits », poursuit Alain Legros. Ainsi Montaigne précise-t-il notamment page 27 que « Ce jugement d’Hannibal est autrement récité [au f°] 267 ». « On ne saurait dire si Montaigne disposait ou non d’un autre exemplaire des Vies de Plutarque qu’il aurait plus copieusement annoté, explique Alain Legros. Ce n’est toutefois pas parce qu’il a, comme il dit “barbouillé de [s]es notes” un ouvrage que ses Essais s’en inspirent. C’est le cas pour Lucrèce et Térence, mais non pour Nicole Gilles par exemple, et s’il écrit à la fin de son Pétrarque qu’il l’a maintes fois relu, il n’y a effectué aucune note marginale. »
