Un portrait de George Romney vendu 150 000 euros à Paris

20/05/2026

Commandé en 1777 par le comte de Warwick et mentionné dans toutes les grandes publications consacrées à George Romney, le Portrait de Miss Vernon en Hébé n’avait pas été vu sur le marché depuis 1966. La maison Millon l’adjugeait 150 000 euros  le 29 mai à Paris. 

 

Le 29 mai, la maison Millon présentait aux enchères à Paris un rare tableau de George Romney (1734-1802) : le Portrait of Miss Vernon as Hebe. Connue de longue date par les sources anciennes et les spécialistes de l’artiste, l’œuvre n’avait pas été vue sur le marché depuis une vente organisée par Sotheby’s en 1966. Commandée en 1777 pour George Greville, 2e comte de Warwick, elle s’inscrit dans un moment décisif de l’évolution du portrait anglais de la fin du XVIIIe siècle, à la charnière entre la grande tradition du portrait aristocratique en pied et une conception plus resserrée, centrée sur la seule présence du modèle.

 

Une commande prestigieuse pour le comte de Warwick

Collectionneur éclairé, George Greville commande à Romney un portrait de Carolina Maria Vernon sous les traits d’Hébé, figure tutélaire de la jeunesse dans la mythologie grecque et motif alors très couru dans le portrait aristocratique britannique. Représenter une jeune femme en Hébé permet d’élever le portrait mondain sans le détacher du réel, d’y insuffler un idéal de distinction sans verser dans la scène mythologique à proprement parler. Joshua Reynolds en propose à la même époque des versions souvent spectaculaires. Romney choisit une tout autre voie : une aiguière pour seul attribut, un vêtement d’inspiration antique, un regard levé ; la transposition allégorique s’opère avec une économie de moyens caractéristique. Romney entreprend l’œuvre en 1777, fort de son séjour italien qui a aiguisé son goût pour la figure idéalisée et les modèles de l’Antiquité. Le tableau ne sera pourtant réglé qu’en 1801. Les registres de l’artiste mentionnent alors un portrait en pleine longueur de très grand format (240 x 148 cm), sensiblement différent de celui que l’on connaît aujourd’hui.

 

George ROMNEY (Dalton in Furness, 1734 – Kendal, 1802), Portrait de Miss Vernon en Hébé (1761/62 -1833). Huile sur toile, 104,5×80,5 cm.

 

Du portrait d’apparat à la figure recentrée : un tableau remanié au fil du temps

Remanié à plusieurs reprises, le tableau s’est progressivement transformé en une image plus concentrée, débarrassée de tout ce qui n’était pas la figure elle-même. Des bandes latérales, ajoutées anciennement de part et d’autre de la composition, encore visibles sur d’anciennes photographies, furent retirées en 1965, restituant à l’œuvre ses dimensions actuelles, sous lesquelles elle parut lors de la vente Sotheby’s de 1966. Le décor d’origine a disparu dans ces transformations successives, mais c’est précisément ce dépouillement qui donne à l’image sa force : là où le grand portrait d’apparat convoquait architecture, paysage et insignes du rang, celui-ci ne retient plus que l’essentiel : une figure, une posture, un regard.

Malgré cette longue discrétion sur le marché, l’œuvre n’a jamais cessé d’être citée : présente dans les premiers catalogues raisonnés consacrés à Romney comme dans les travaux récents d’Alex Kidson, elle doit cette place durable au prestige de sa commande, à la clarté de son iconographie et à sa position dans la trajectoire de l’artiste. Sa provenance, rigoureusement documentée, est suivie sans lacune depuis la commande originale : après être demeuré dans la sphère du commanditaire, le tableau est exposé à la British Institution de Londres en 1863 sous le titre A Lady as Hebe, reproduit dans The Graphic en 1896, puis signalé chez Thomas Agnew & Sons en 1905. Il entre ensuite dans la collection de Franz Frantsevich Uthemann à Saint-Pétersbourg, avant d’être conservé par la même famille à Saint-Moritz à partir de 1917. Le tableau a finalement trouvé preneur à 150 000 euros le 29 mai à Paris. 

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