Une toile peinte par Chu Teh-Chun en 1978 sera présentée aux enchères par Magnin Wedry le 27 octobre à Paris, à l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de l’artiste. Estimé à plus de 150 000 euros, le tableau est caractéristique du travail qu’entreprend le peintre à partir des années 1970, mêlant à la modernité de l’abstraction occidentale, l’héritage des maîtres anciens et la délicatesse de l’esthétique traditionnelle chinoise.
Un « paysage abstrait » automnal en clair-obscur
Résolument modernes et héritières des compositions abstraites de Nicolas de Staël, de Kooning ou Pollock, les œuvres de Chu Teh-Chun (1920-2014) s’inscrivent tout autant dans le sillage des maîtres anciens. En 1970 à Amsterdam, à l’occasion de la rétrospective des trois cents ans de Rembrandt, l’artiste s’émerveille devant la virtuosité des clairs-obscurs de l’artiste hollandais, fruits d’un savant mélange de blancs, de noirs et de tons mordorés. « Pour Chu Teh-Chun, Rembrandt exprime au travers de sa peinture les deux principes fondamentaux d’action et de réaction de la cosmologie chinoise : le yang, lumière et chaleur, et le yin, obscurité et humilité se combinant de manière complémentaire et contradictoire », précisent les experts Frédérick et Pauline Chanoit. Ainsi, dans ce « paysage abstrait » aux tonalités automnales, des ocres, rouges et orangés se mêlent à un vert sombre, tandis qu’une lueur jaune éclatante jaillit dans l’obscurité d’un brun chaud marié à de subtiles nuances de rouges. « La palette s’éclaircit vers le bas de la composition pour laisser éclater un flamboiement tumultueux de touches claires ponctuées d’éclaircies de lumière, poursuivent les experts. Chu Teh-Chun élabore un langage complexe en cherchant à dompter les mouvements de lumière. Il superpose savamment les couches d’huile, révélant par des effets de transparences diaphanes des lueurs incandescentes. »

Une toile de 1978 estimée à plus de 150 000 euros
Dans les années 1970, l’artiste, installé à Paris depuis 1955, renoue dans le même temps avec ses origines chinoises, puisant son inspiration dans l’art de la calligraphie que lui enseigna plus tôt Lin Fengmian à l’Académie des Beaux-Arts d’Hangzhou. « Combinant la délicatesse et la spiritualité de l’esthétique asiatique avec l’éclat et l’ardeur de l’abstraction moderne, Chu Teh-Chun développe cette forme si spécifique d’abstraction qui semble étonnamment occidentale aux Chinois et curieusement asiatique aux occidentaux.» Cette fusion des deux cultures explique sans doute le succès que l’artiste, à l’instar de Zao Wou-Ki, rencontre aujourd’hui auprès des collectionneurs asiatiques autant qu’occidentaux. Depuis son décès en 2014, ses œuvres s’adjugent à prix d’or, avec un dernier record établi à 12,9 millions d’euros en juillet dernier à Hong Kong pour un polyptique de 1983-1984. Le 27 octobre prochain à Paris, la vente de cette toile, intitulée Le 23 septembre 1978 et estimée entre 150 000 et 200 000 euros, devrait attirer à son tour de nombreux amateurs, et ce, d’autant plus, qu’elle intervient dans un contexte des plus propices : la célébration du centenaire de la naissance de l’artiste, né le 24 octobre 1920 à Baitou Zhen, et dont une grande exposition itinérante retracera le parcours à partir du printemps prochain en Asie, au Moyen-Orient, en Europe et aux Etats-Unis.