Découverte dans un grenier de la campagne creusoise, une toile de Gustave Boulanger a été adjugée à 25 200 euros (frais compris) le 9 novembre à Guéret. Présentée au prix de Rome de 1848, elle valut au peintre académique de remporter le second prix ex aequo avec William Bouguereau.
Une toile disparue depuis près de deux siècles
Dans un Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français publié en 1986, l’historienne de l’art Marie Madeleine Aubrun signalait l’existence d’une toile « perdue » de Gustave Boulanger (1824-1888) figurant Saint Pierre introduit dans la maison de Marie et reproduite dans un numéro de L’Artiste aux côtés de peintures présentées au Grand Prix de Rome de 1848. De la toile ne demeurait alors qu’un calque original conservé à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Pour cause, celle-ci sommeillait depuis près de deux siècles dans le grenier d’une maison de la campagne creusoise. « C’est une belle découverte pour les propriétaires qui ne se doutaient pas de la valeur de leur tableau », détaille Maître Pierre Turpin qui a adjugé la toile à 25 200 euros (frais compris) le 9 novembre à Guéret.
Gustave Boulanger, Grand Prix de Rome
La découverte n’est pas des moindres. Présentée au prix de Rome de 1848, la toile valut au peintre académique de remporter le second prix ex aequo avec William Bouguereau. « Il participait alors pour la première fois au concours, explique Stéphane Pinta, expert au cabinet Turquin. Mais cette année-là, aucun candidat ne remporta l’épreuve, Bouguereau et Boulanger obtenant tous deux le second Grand Prix. » Boulanger doit attendre 1849 pour obtenir le prix tant convoité avec Ulysse reconnu par Euryclée. « Sa brillante carrière l’amena ensuite à recevoir des commandes pour des édifices publics, tels que le foyer de la danse de l’Opéra de Paris, une partie du décor de l’Opéra de Monte-Carlo, ainsi que celui de la mairie du XIIIe arrondissement à Paris, précise l’expert. Mais son chef-d’œuvre reste sans nul doute La Répétition du joueur de flûte et de la femme de Diomède chez le prince Napoléon (1861), conservé aujourd’hui au musée d’Orsay et dans laquelle il reconstitua une villa pompéienne. »

Saint Pierre introduit dans la maison de Marie, un thème rare
Elève de Paul Delaroche et Pierre-Jules Jollivet, Gustave Boulanger s’illustra à travers ses peintures orientalistes et inspirées de la Grèce antique, s’imposant comme l’un des grands représentants du courant néo-grec et néo-pompéien. « Au Salon de 1847, Les Romains de la Décadence de Thomas Couture et le Combat de Coq de Jean-Léon Gérôme ont révolutionné la façon de peindre l’Antiquité. Boulanger prend en compte ces apports. En témoignent la discrète frise ‘crétoise’, l’architecture archaïque, la lumière solaire égale sans ombre, de même que la gamme colorée relativement froide. » Inscrivant la scène au sein d’un intérieur antique, il aborde avec cette toile un épisode biblique et figure ainsi la vie de Saint Pierre, thème donné pour la première fois au concours en 1838. « C’est un sujet relativement rare, la représentation des miracles de Saint Pierre étant plus fréquente. On y reconnaît l’apôtre qui, libéré de prison par l’ange, se réfugie chez Marie Salomé, épouse de Zébédée et mère des apôtres Jacques et Jean. »
Une œuvre adjugée à 25 200 euros
Bien qu’encore peu étudié, le travail de Gustave Boulanger séduit à l’international et enregistre des records d’enchères. En témoigne l’adjudication à 476 294 euros (frais compris) en 2005 à New York pour une toile orientaliste de 1877 figurant La cour du Palais de Dar Khdaouedj El Amia, Alger. « Le marché de l’art orientaliste est toutefois différent de celui de l’art académique et néo-pompéien, note Stéphane Pinta. Notre toile, qui était estimée entre 20 000 et 30 000 euros et qui a finalement été adjugée à 25 200 euros (frais compris), intéressait ainsi particulièrement les collectionneurs américains, mais aussi les Français. Gustave Boulanger est l’un des cinq artistes académiques les plus illustres du XIXe siècle et cette oeuvre est particulièrement importante dans sa carrière. De plus, il est très rare aujourd’hui de trouver sur le marché de grands tableaux de concours du Grand Prix de Rome. »