Une toile de Sisley redécouverte dans l’Ain adjugée à plus de 250 000 euros

28/09/2020

Une toile inédite d’Alfred Sisley a été adjugée à 250 100 euros le 3 octobre à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain. Dévoilant une vue de Moret-sur-Loing, elle était restée dans la famille du critique musical Alfred Ernst depuis près de cent trente ans.

 

Une toile d’Alfred Sisley, restée dans la même famille depuis près de cent trente ans, a été redécouverte par la commissaire-priseur Bénédicte Girard-Claudon, lors d’un inventaire de succession dans l’Ain. Inédite sur le marché, elle n’est toutefois pas inconnue des spécialistes puisqu’elle est référencée dans les archives du marchand Paul Durand-Ruel (sous le n° 18651). Adjugée à 250 100 euros le 3 octobre à Bourg-en-Bresse, elle sera intégrée dans la nouvelle édition du Catalogue raisonné actuellement en préparation à la Galerie Brame & Lorenceau par le Comité Alfred Sisley. « Les propriétaires étaient des descendants d’Alfred Ernst, un critique musical et artistique que Sisley rencontra par l’intermédiaire du peintre Charles Cottet avec qui il exposa au Salon du Champ de Mars en 1890 », précise l’expert Marc Ottavi.

 

Une toile provenant de la collection d’Alfred Ernst

Spécialiste de Richard Wagner, dont il fut le fervent promoteur en France, Alfred Ernst (1860-1898) partageait avec Sisley une même passion pour la culture allemande. De leur amitié, demeure aujourd’hui une correspondance, dont une lettre que Sisley lui adressa le 16 mai 1892 pour le remercier d’un article élogieux qu’il rédigea pour le quotidien « Le Parti National » à l’occasion d’une exposition organisée la même année au Salon du Champ de Mars.

 

Alfred Sisley (1839-1899), « Rue des Fossés, faubourg du Pont à Moret-sur-Loing », 1892. Huile sur toile. Signée et datée en bas à gauche « Sisley 92 ». 43 x 55 cm. Adjugée à 250 100 euros.

 

Une vue de Moret-sur-Loing datée de 1892

Daté de 1892, le tableau dévoile une vue de la rue des fossés à Moret-sur-Loing, en Seine-et-Marne, où s’établit le peintre en 1882, confronté alors à d’importantes difficultés financières. « L’artiste connaît bien cette bourgade médiévale ayant résidé depuis des années dans les villages alentours, détaille l’expert. Cette ruralité poétique inspirera des thèmes sans prétention et intemporels qui conviennent au peintre qui n’a jamais été très à l’aise avec les vues parisiennes, leur préférant l’agitation quotidienne d’une petite ville de campagne. »

Avec son donjon, son église, son pont ou ses moulins, ce paisible village, situé à la lisière de la forêt de Fontainebleau, inspire à Sisley parmi ses plus belles toiles. « C’est à Moret devant cette nature si touffue, ses grands peupliers, cette eau du Loing si belle, si transparente, si changeant, c’est à Moret certainement que j’ai fait le plus de progrès dans mon art », confie-t-il à son ami le critique et collectionneur Adolphe Tavernier dans une lettre datée du 19 janvier 1892.

 

Sisley, un maître du paysage en plein-air

Au contraire de nombre de peintres impressionnistes qui reviennent un temps à la composition en atelier et diversifient leurs sujets, dépeignant la vie moderne et les métamorphoses urbaines, Sisley reste toute sa vie attaché à la peinture de plein-air et au travail sur le motif. Il arpente inlassablement les lieux en quête de motifs qu’il saisit sous différents points de vue, à différentes heures ou saisons, usant du procédé en série, cher à Claude Monet. Ainsi ses vues de l’église de Moret-sur-Loing évoquent-elles la célèbre série de la Cathédrale de Rouen du pape de l’impressionnisme. 

De la rue des fossés, qui lui inspire plusieurs compositions dont une toile conservée au musée de Cardiff, Sisley livre ici une vue automnale, mêlant des tons roux, lavandes, mauves, bleus, lilas et gris en un jeu savant de lumière et d’ombre. « Son fidèle ami Tavernier avait rapporté que dans chaque toile se trouvait “un coin animé, c’est là le centre du motif où l’artiste doit conduire le spectateur”, ici un paysan quittant la maison. Puis l’œil glisse vers la voiture de voyageur qui, en dégradé de rouge et de brun, se détache sur la façade des maisons. Les arbres organisent l’espace et créent un effet de profondeur. L’utilisation tour à tour d’une touche croisée et d’aplat de couleurs est servie par une abondance de nuances violettes. L’œil du peintre sera toujours celui d’un coloriste, arbres et maisons baignent dans un léger voile mauve et un dégradé de couleurs chaudes. Le ciel, parsemé de nuages teintés de rose par le soleil, participe au mouvement et à l’effet du tableau. »  

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