Le 8 janvier à l’Hôtel des ventes Giraudeau, près de Tours, un miroir de la créatrice Line Vautrin (1913-1997) sera présenté aux enchères. Estimé entre 30 000 et 50 000 euros, cet objet de collection se distingue tout autant par ses qualités formelles que par les circonstances menant à sa découverte. Sa propriétaire a en effet levé le voile sur sa valeur, après avoir été conseillée par sa tante. Précision minime, cette dernière a disparu en 2019, et c’est donc d’outre-tombe et par les voies du sommeil qu’elle lui a prodigué ce précieux conseil.
Mise à jour après vente, 9 janvier. Le miroir circulaire en talosel type » Sequins » de Line Vautrin été adjugé 101 680 euros (frais inclus).
Fin octobre, une cliente de l’Hôtel des ventes Giraudeau présente aux commissaires-priseurs plusieurs objets dont elle souhaite se séparer. Le soir venu, elle se couche et dort d’un sommeil agité. Dans un de ses rêves, sa tante apparaît et lui recommande vivement de « vendre le Line Vautrin ». Ce nom ne lui est pas inconnu, elle l’a lu, quelques années auparavant, au dos d’un miroir accroché chez elle qu’elle reçut de sa tante suite à son décès. « Juste après s’être réveillée, elle retourne ce fameux miroir, retrouve cette signature puis se renseigne », nous apprend le commissaire-priseur Mériadec Dehen. Il reçoit ensuite de la cliente une photo et reconnaît tout de suite la « signature stylistique » de Line Vautrin. Un gage d’authenticité qui séduira sûrement les enchérisseurs le 8 janvier à l’Hôtel des ventes Giraudeau.
Bijoux et objets de « l’esprit parisien » du XXe siècle
Née en 1913 à Paris, Line Vautrin grandit dans une famille de bronziers d’art. Dans la fonderie de son père, elle apprend très tôt les techniques fondamentales du travail des métaux (moulage, ciselure, dorure), si bien qu’à 14 ans, elle quitte l’école pour se mettre à son compte. Elle vend dans un premier temps ses bijoux en faisant du porte-à-porte, mais c’est en 1937, pendant l’Exposition Universelle, qu’elle commence à se faire un nom. Ses bracelets, boîtes, boucles d’oreilles, broches et cendriers en bronze doré, présentés sur une étale louée pour l’occasion, suscitent l’engouement des visiteurs. Elle constitue peu à peu un important carnet d’adresses et ouvre sa première boutique rue de Berri, dans un petit local non loin des Champs-Élysées. En bonne entrepreneuse, elle étend au fil des ans son activité jusqu’à créer son propre atelier dans le Marais, à l’hôtel particulier Mégret de Sérilly.

Les emblématiques miroirs sorcières
Au début des années 1950, Line Vautrin découvre au BHV l’acétate de cellulose, une matière résine utilisée notamment dans la fabrication de lunettes. Elle travaille cette matière pendant des années, l’associant à du verre, de sorte qu’elle finit par créer l’Oforge, qu’elle nommera plus tard “Talosel” (dérivé de « aceTAte de celluLOSe ELaboré »). Grâce à ce nouveau levier de création, elle développe dans les années 1960 ses « miroirs sorcières », bombés, déformants et généreusement ornementés. « C’est dans ce contexte et pendant cette période que le miroir Sequins (dont le miroir n’est pas convexe, NDLR) en question est créé. »

Tous les gages d’authenticité
Deux heures après avoir reçu la photo du miroir, Mériadec Dehen se rend chez la cliente afin de vérifier l’authenticité du miroir : « J’ai constaté la présence du cachet « ROI » apposé au dos, ce qui constitue déjà un élément probant, mais c’est bien la signature gravée qui m’a confirmé que j’avais en face de moi une création originale ». Il ajoute : « La glace et le dos sont d’origine. J’ai constaté un ou deux éclats dans la verrerie et une petite craquelure de miroir, mais dans l’ensemble, l’objet est en très bon état. »
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Une estimation haute à 50 000 euros
À la fin du XXe siècle, la créatrice a profité d’une reconnaissance institutionnelle, inscrivant l’ensemble de sa production dans la postérité. Elle a notamment fait l’objet d’une exposition aux Musée des Arts décoratifs de Paris en 1999 intitulée « Secret de bijoux, Line Vautrin et onze créateurs d’aujourd’hui », et ses bijoux ont intégré des collections prestigieuses, comme celle du Victoria & Albert Museum.
Mériadec Dehen propose pour ce miroir une estimation « prudente mais attractive » située entre 30 000 euros et 50 000 euros. « Avec 35 cm de diamètre pour le miroir et 55 cm pour l’ensemble de l’objet, ce miroir Sequins est un gros modèle, rarement présenté en salle de vente, relativement à l’ensemble de sa production de « miroirs sorcières ». Par ailleurs, Line Vautrin suscite de plus en plus d’engouement. » En ce sens, un miroir du même modèle avait été vendu à 88 700 euros (frais inclus) par Roanne Enchères en 2023 pour une estimation haute de 60 000 euros. Deux ans auparavant, un autre, estimé entre 30 000 euros et 40 000 euros par la maison Millon, avait été adjugé pour 123 500 euros. L’Hôtel des ventes Giraudeau n’est donc pas à l’abri d’une belle surprise.