Le 17 février à Nice, la maison Millon Riviera organisera une vente « So Unique » consacrée à une œuvre de l’un des maîtres du maniérisme hollandais, Cornelis van Haarlem (1562–1638), estimée entre 60 000 et 80 000 euros. L’occasion de se pencher sur ce format de vente et sur les raisons de sa mise en place par Millon en 2020.
Il s’agit d’un panneau tout en longueur (45 x 97,5 cm), monogrammé, représentant l’un des épisodes des Métamorphoses d’Ovide : « Jupiter et les dieux demandant à Apollon de reprendre les rênes du char du Soleil. » Cette œuvre a été réalisée par Cornelis van Haarlem, artiste hollandais dont les créations sont rarement présentées sur le marché de l’art. « Elle est essentielle pour comprendre son style maniériste, caractérisé par la représentation de corps musculeux, virils, inspirés des réalisations classiques comme celles de Michel-Ange », précise l’expert Stéphane Pinta. Parfait et rare exemple de l’art de Cornelis van Haarlem, le panneau, découvert dans le cadre d’une succession, sera mis aux enchères lors d’une vente « So Unique » de Millon Riviera le 17 février à Nice. Découvert à l’occasion d’une succession, il est estimé entre 60 000 et 80 000 euros.
Une version du panneau conservé au Prado
De ce sujet, il existe deux versions connues : l’une, datée de 1594, est conservée au musée du Prado et l’autre n’est autre que notre panneau, bientôt mis en vente par Millon Riviera. L’un ces tableaux a été acquis par la ville de Haarlem qui l’offrit à Coenraet Dircksz de Rechtere (né vers 1538) en remerciement de ses services rendus en tant que secrétaire des Etats Hollandais entre 1574 et 1601.

Selon Stéphane Pinta, « il est plus probable que ce soit le tableau ayant été offert au notable qui soit aujourd’hui exposé au Prado, cependant, il n’est pas à exclure que ce soit le nôtre ». Une possibilité qui participe au prestige de l’œuvre, dans la mesure où elle aurait été considérée en son temps comme un digne gage de respect et de gratitude envers un éminent magistrat.
Une vente exclusivement réservée à cette œuvre
Imaginées par le groupe Millon il y a six ans, les ventes « So Unique » sont présentées comme des ventes « sur mesure, pensées pour mettre en valeur un objet ou une œuvre d’exception », nous informe Gérard Courdil, élève commissaire-priseur chez Millon Riviera.

Il poursuit : « En l’occurrence, le panneau de Cornelis van Haarlem revêt un intérêt à la fois pour le marché et pour l’histoire de l’art. Il nous a donc paru opportun de concentrer la lumière sur cette œuvre et de ne pas la noyer dans un catalogue rempli de lots divers et variés.” Concrètement, ce format consiste à concentrer l’ensemble des efforts de communication sur une seule œuvre, à mobiliser un réseau d’acheteurs potentiels et à éditer un catalogue dédié. En somme, “nous travaillons comme pour une vente classique, sauf que nous le faisons pour une seule œuvre ».
Un record atteint grâce à ce format de vente
Gérard Courdil l’affirme : « l’instauration de ce format s’est avérée payante pour Millon Riviera à plus d’un titre ». Il évoque notamment la vente, en 2021, de la maquette du Saint-Sépulcre ayant appartenu au roi Louis XIV. « Nos efforts pour donner de la visibilité à cette vente ont porté leurs fruits, puisque la maquette a été préemptée par le Louvre afin d’enrichir son département d’art byzantin. À un autre niveau, la vente a été un succès, car le lot a très largement dépassé son estimation pour être adjugé 80 000 euros frais inclus, à l’issue d’enchères soutenues. »

De fait, les ventes « So Unique » sont régulièrement couronnées de succès : en décembre 2022, une tapisserie de Sheila Hicks, La Fugue, avait établi un record pour l’artiste contemporaine (687 500 euros frais inclus). Plus récemment, en 2025, un bronze en réduction du Centaure, hommage à Picasso (1983-1987) de César, avait été adjugé 286 000 euros frais inclus.
Un artiste rare sur le marché de l’art
Qu’en sera-t-il pour ce panneau de Cornelis van Haarlem ? Selon Stéphane Pinta, au regard des arguments déjà mentionnés, « cette œuvre est susceptible d’intéresser des collectionneurs hollandais et anglais, ainsi que des institutions. De surcroît, malgré quelques minimes traces de restauration en haut du tableau et sur les fesses du personnage de dos à gauche, le panneau est globalement en bon état de conservation ». En 2023, une scène biblique du peintre, La Résurrection de Lazare (1602), avait été vendue 1 605 158 euros (frais inclus) à Londres chez Christie’s.