Le 6 janvier 2023 | Mis à jour le 6 janvier 2023

TOP 10 des préemptions des musées français en 2022 sur Interencheres

par Diane Zorzi

D’une sculpture de Michel Colombe préemptée par le musée du Louvre à une peinture inédite de Gustave Le Gray acquise par le musée d’Orsay, les ventes aux enchères ont été suivies attentivement par les institutions muséales qui ont enrichi tout au long de l’année 2022 leurs collections de nouveaux chefs-d’œuvre. Découvrez la sélection des plus belles préemptions réalisées lors des ventes organisées en 2022 par les commissaires-priseurs annonceurs sur Interencheres.

 

Les ventes aux enchères regorgent de trésors propres à faire pâlir les collectionneurs, autant que les musées. Particulièrement fastueuse, l’année 2022 a été ponctuée en France d’une centaine de préemptions émanant des institutions publiques. A commencer par le musée du Louvre qui s’est offert pour 4,7 millions d’euros un chef-d’œuvre de la première Renaissance française.

 

1. Une sculpture de Michel Colombe préemptée par le musée du Louvre pour 4,7 millions d’euros

Paul Vitry se réjouirait sans doute de voir ce chef-d’œuvre rejoindre le département des Sculptures du musée du Louvre, qu’il choya en tant que conservateur de 1920 à son décès en 1941. Cet illustre historien de l’art fut en effet le premier à avancer l’attribution de cette terre cuite à Michel Colombe (vers 1430 – vers 1512). Une signature qui ne devait être apposée sans réserve qu’un siècle plus tard par la conservatrice Geneviève Bresc-Bautier, à la faveur de l’exposition « France 1500 » organisée en 2010 au Grand Palais à Paris. Fils du sculpteur Philippe Colombe, installé à Bourges, Michel Colombe mena une brillante carrière lors de la première Renaissance française, dont seules trois œuvres nous étaient jusqu’alors parvenues documentées. Cette émouvante Vierge et l’Enfant fut réalisée autour de 1500 pour le tympan de la porte d’entrée de la chapelle du château de La Carte à Ballan-Miré, édifié à partir de 1497 en Indre-et-Loire par Jacques de Beaune. Trésorier d’Anne de Bretagne puis gouverneur de Touraine, ce fils de drapiers tourangeaux jouit auprès de François Ier de pouvoirs dignes d’un surintendant des Finances. Une promotion qui signera sa défaite. Accusé de ne pas avoir géré efficacement l’argent alloué à l’entretien des armées alors engagées en Italie, l’Homme d’Etat est exécuté par pendaison à Montfaucon en 1527. Avant d’être disgracié, il s’entoura, sa vie durant, des meilleurs artistes pour mettre en scène sa réussite financière et sociale, parant ses propriétés – hôtels, châteaux ou églises – de chefs-d’œuvre novateurs. En témoigne ce morceau de bravoure. Si la sculpture s’inscrit dans l’héritage de l’art gothique, évoquant notamment la Vierge de Fouquet, elle se distingue par son étonnant réalisme – les tissus aux plis minutieusement détaillés habillent une Vierge à l’Enfant vibrante d’humanité. Une œuvre fascinante dont le Louvre, après deux tentatives infructueuses d’acquisition dans les années 1970, pourra désormais se délecter à loisir…

 

Michel Colombe (vers 1430-vers 1515), Atelier de la Loire. Vierge et l’enfant en terre cuite. Vers 1500-1510. H : 102 cm, L : 40 cm. Adjugée 4,7 millions d’euros par AuctionArt Rémy Le Fur & Associés et préemptée par le musée du Louvre le 30 novembre 2022 à Paris.

 

2. Deux lavis de Goya préemptés par le musée du Louvre pour 1,905 million d’euros

Lors de la vente orchestrée par AuctionArt Rémy Le Fur les 29 et 30 novembre à Paris, le musée du Louvre n’a pas usé de son droit de préemption uniquement pour la sculpture de Michel Colombe. Le musée s’est en effet également enrichi à cette occasion d’un feuillet comprenant deux dessins satiriques exécutés au lavis par Francisco Goya (1746-1828) pour 1,905 million d’euros. Ce double dessin met en scène au recto La Tante Chorriones attise le feu, et au verso, La Femme demande des comptes au mari. Il est issu de l’album « B » dit « de Madrid », une série réalisée entre 1796 et 1797. Conservé dans la même collection depuis 1957, après être passé entre les mains du peintre Federico de Madrazo et du marchand Alfred Strölin, cet ensemble est la toute première illustration de la thématique des sorcières dans l’œuvre de Goya. 

 

Francisco José de Goya y Lucientes (1746-1828). Recto : Le pide cuentas la mujer al marido (La femme demande des comptes au mari). Verso : La tia chorriones enciende la Oguera (La tante chorriones allume le feu). Lavis de sépia. 23 x 14 cm. Adjugé 1,905 million d’euros par AuctionArt Rémy Le Fur et préempté par le musée du Louvre le 29 novembre 2022 à Paris. 

 

3. Un tableau de Romanelli préempté par le musée du Grand Siècle pour 254 000 euros

Le musée du Grand Siècle, constitué autour de la collection de Pierre Rosenberg, s’est offert quant à lui une toile de l’un des meilleurs élèves de Pierre de Cortone, Giovanni Francesco Romanelli (1610-1662), lors d’une vente organisée par Kâ-Mondo le 2 décembre à Paris. Issue d’une commande du cardinal Mazarin pour le décor de sa chambre, elle représente l’Allégorie de la Justice et faisait pendant à La Prudence, une œuvre redécouverte elle aussi récemment. Cette acquisition devrait mettre fin aux polémiques autour de l’obtention du certificat d’exportation. Avant la vente, une action avait en effet été engagée par l’association Sites & Monuments qui demandait l’annulation du certificat pour cette œuvre qu’elle jugeait inaliénable et imprescriptible.

Giovanni Francesco Romanelli (Viterbe 1610 – 1662). Allégorie de la Justice. Toile octogonale (anciennement à vue ovale). 196,5 × 181 cm. Adjugée 254 000 euros par Kâ-Mondo et préemptée par le musée du Grand Siècle le 2 décembre 2022 à Paris.

 

4. Un portrait du duc de Choiseul par Labille-Guiard préempté par le château de Versailles pour 243 200 euros

Un tableau représentant le duc de Choiseul (1719-1785), l’un des ministres les plus influents de Louis XV (1710-1774), peint par Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803) a été préempté par le château de Versailles pour 243 200 euros lors de la vente des collections d’Anne-Aymone et Giscard d’Estaing organisée par Beaussant Lefèvre & associés le 13 décembre à Paris. Lors de cette vente qui a totalisé 1,3 million d’euros, un buste de Gustav Mahler exécuté par Rodin a trouvé quant à lui preneur à 147 200 euros.

 

Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803). Portrait d’Etienne François de Choiseul-Beaupré Stainville, duc de Choiseul (1719-1785). Huile sur toile. 72 x 56 cm. Adjugée 243 200 euros par Beaussant-Lefèvre & associés et préemptée par le château de Versailles le 13 décembre 2022 à Paris.

 

5. Une aiguière ottomane du XIXe siècle préemptée par le musée du Louvre pour 130 560 euros

Le 10 juin à Paris, le musée du Louvre a acquis, pour son département des Arts de l’Islam, une aiguière et son bassin illustrant l’évolution du goût dans la capitale ottomane au début du XIXe siècle. Ces ensembles d’aiguière-bassin étaient utilisés par les femmes dans les harems pour le lavement des mains entre les repas ou les ablutions rituelles. Cet ensemble appartenait quant à lui à la princesse ottomane Mihrimah Sultan, fille du sultan Mahmud II, décédée prématurément à l’âge de 26 ans. Réalisé en cuivre doré au mercure (tombak), il arbore un motif en pointe de diamant particulièrement en vogue au début du XIXe siècle.

 

Aiguière et son bassin en tombak. Tombak, cuivre doré au mercure. Turquie, première moitié du XIXe siècle, Empire Ottoman. Hauteur de l’aiguière : 32 cm – Diamètre du bassin : 54,5 cm. Expert : Alexis Renard. Adjugée 130 560 euros par Beaussant-Lefèvre & associés et préemptée par le musée du Louvre le 10 juin 2022 à Paris.

 

6. La torchère de Juliette Récamier préemptée par le musée du Louvre pour 86 768 euros

La vente du mobilier de la chambre de Juliette Récamier, orchestrée par Osenat le 4 décembre à Fontainebleau, n’a pas manqué d’attirer l’attention du Louvre. Le musée, décidément particulièrement actif au cours des dernières ventes publiques, a préempté pour 86 768 euros une torchère et sa guirandole dessinées par Charles Percier et Louis Martin Berthault. Cette torchère baptisée « ananas » était l’une des pièces maîtresses de l’hôtel Récamier situé au 7 rue du Mont Blanc, avant qu’elle ne rejoigne la collection du banquier François-Dominique Mosselman dans laquelle elle demeurait jusqu’alors par descendance. 

 

Charles Percier (1764-1838) et Louis Martin Berthault (Paris 1771-Tours 1823). Torchère et sa girandole en bois peint vert et doré, le fût légèrement balustre, et cannelé, sculpté de feuilles d’eau sur deux registres est orné d’une guirlande de feuilles de chêne et de glands. Vers 1798. Hauteur totale : 194 cm. Adjugée 86 768 euros par Osenat et préemptée par le musée du Louvre le 4 décembre 2022 à Fontainebleau.

 

7. Un tableau inédit de Lemaire-Poussin préempté par le musée du Grand Siècle pour 82 500 euros 

Avec le tableau de Romanelli, le musée du Grand Siècle s’est également offert le 16 octobre à Senlis un tableau inédit de Jean Lemaire, dit Lemaire-Poussin (1598-1659), pour 82 500 euros, à l’issue d’une rude bataille opposant cinq enchérisseurs, dont quatre collectionneurs français. L’œuvre ne pouvait rêver plus bel écrin. A compter de 2025, le musée accueillera, dans l’ancienne caserne royale de Saint-Cloud, l’essentiel de la collection de l’ancien Président-directeur du Louvre, Pierre Rosenberg, reconnu comme l’un des grands spécialistes de Nicolas Poussin. Or, Jean Lemaire-Poussin doit son surnom aux liens intimes, autant qu’artistiques, qu’il noua avec le maître du classicisme français, dont il fut, selon son biographe André Félibien, l’un des plus proches collaborateurs.

En savoir plus | Le musée du Grand Siècle préempte un tableau de Jean Lemaire-Poussin à Senlis

 

Jean Lemaire dit Lemaire-Poussin (1598-1659), « Thésée retrouve les armes de son père ». Huile sur toile. 105,5 x 147 cm. Expert : Cabinet Turquin. Adjugée 82 500 euros par Actéon et préemptée par le musée du Grand Siècle le 16 octobre 2022 à Senlis. 

 

8. Une maquette du Saint-Sépulcre préemptée par le musée du Louvre pour 80 000 euros

Rapportée de Terre Sainte au XVIIe siècle, une maquette de l’église du Saint-Sépulcre fabriquée à Bethléem a été préemptée par le musée du Louvre lors d’une « vente, un lot » organisée le 6 octobre par la maison Millon à Nice. Seule une trentaine de maquettes de ce type est aujourd’hui répertoriée, la très grande majorité étant conservée dans des musées ou institutions privées. Chaque maquette révèle, par un emboîtage savant et précis, différentes chapelles, cryptes et autres parties cachées sous la coupole, autant d’éléments représentés minutieusement au sein de cette maquette inédite sur le marché qui rejoindra les collections du futur département des Arts de Byzance et des chrétientés en Orient.

 

Maquette du Saint Sépulcre. Noyer et olivier, à décor incrusté de nacre, os de camélidé, buis et buis teinté.
Bethléem, seconde moitié du XVIIe siècle. Adjugée 80 000 euros par Millon et préemptée par le musée du Louvre le 6 octobre 2022 à Nice. 

 

9. Une rare peinture de Gustave Le Gray préemptée par le musée d’Orsay pour 67 600 euros

Le musée d’Orsay s’est enrichit le 17 novembre à Toulouse d’une toile de Gustave Le Gray (1820-1894), usant de son droit de préemption à l’issue d’une bataille en Live sur Interencheres entre collectionneurs internationaux. L’œuvre, présentée par Marc Labarbe, est l’une des rares peintures connues du photographe qui, avant de se munir d’un appareil, fit ses premières gammes auprès du peintre Paul Delaroche. Conservée jusqu’alors précieusement dans la collection familiale de l’artiste, elle dévoile un portrait émouvant de sa première épouse. 

En savoir plus | Le musée d’Orsay préempte une peinture de Gustave Le Gray à 67 600 euros à Toulouse

 

Gustave Le Gray (1820-1884), « Portrait de Madame G.L ». Huile sur toile. Signée et datée 1853. H. : 125 cm, L. : 95 cm. Adjugée 67 600 euros en Live sur Interencheres par Marc Labarbe et préemptée par le musée d’Orsay le 17 novembre 2022 à Toulouse. Crédit photo © Samuel Cortès

 

10. Un dessin de Carmontelle préempté par le château de Versailles pour 53 320 euros

Un dessin réalisé par Louis Carrogis dit « Carmontelle » (1717-1806) a fait l’objet d’une préemption par le château de Versailles le 1er octobre à Troyes pour la somme de 53 320 euros, multipliant par cinq son estimation. Cette sanguine et aquarelle donne à voir Jean-Benjamin de La Borde, premier valet de Louis XV, posant devant la célèbre pendule astronomique de Claude-Siméon Passemant (1702-1769). Heureux hasard du calendrier, ce monument artistique et scientifique a bénéficié récemment d’une restauration d’envergure et était présenté en ouverture de l’exposition sur Louis XV organisée à partir de 18 octobre au château de Versailles, à l’occasion du tricentenaire du couronnement de l’arrière-petit-fils de Louis XIV. 

En savoir plus | Un dessin de Carmontelle préempté par le château de Versailles

 

Louis Carrogis, dit Carmontelle (1717-1806), Portrait de Jean-Benjamin de La Borde (1734-1794), premier valet de chambre du Roi à Versailles devant l’horloge astronomique de Claude-Siméon Passemant. Sanguine, crayon noir et aquarelle. 25 x 15 cm. Adjugée 53 320 euros par Boisseau-Pomez et préemptée par le château de Versailles le 1er octobre 2022 à Troyes.

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