Une étonnante collection de 16 bulles papales aux enchères à Nantes

16/09/2026

Trois jours avant la visite du Pape Léon XIV en France, la maison de ventes Couton Jamault Hirn propose une étonnante collection de seize bulles papales rassemblée par un ancien magistrat.

« Une bulle papale ou pontificale est un acte de proclamation en droit, adressé à des congrégations ou à des membres du clergé. Tous les papes se sont servis de cet outil », détaille Pascal Guillebaud qui s’est chargé de l’expertise des seize bulles papales proposées aux enchères par la maison Couton Jamault Hirn le 22 septembre à Nantes.

Les bulles papales, le moyen de communication du Saint Siège jusqu’au XIXe siècle

Le terme de bulle se réfère au plomb accroché au parchemin en vélin par une petite cordelette : « C’est comme un sceau, une sorte de signature, avec le profil du pape sur un des côtés ».

L’utilisation des bulles papales pour communiquer des décisions venues du Saint Siège a duré jusqu’au XIXe siècle environ. Jusque-là, la papauté revendiquait une juridiction universelle, et la réception de bulles pontificales pouvait être un sujet de conflits entre Etats. Après le Concordat de 1801, les bulles doivent être examinées et enregistrées par le Conseil d’Etat. L’usage est ensuite devenu pour le pape d’utiliser les encycliques (c’est-à-dire des lettres d’enseignement) pour donner la position de l’Eglise sur tel ou tel sujet. Il ne s’agit donc plus de documents juridiques.

Bulle du pape Léon IX en date « le 11 des Kalandes de Novembre 1050 » concernant la confirmation des anciens privilèges, la translation du corps de saint Gérard, exemption de la juridiction séculière, confirmation de la pêche sur la Meuse, confirmation du patronage de la cure de Tantonville. Grande pièce manuscrite sur parchemin avec grandes lettres en première ligne; présence caractéristique de la rota portant le nom du Pape et du « Bene valete » (portez-vous bien) monogrammatique*. Document exceptionnel de par sa qualité et son degré de conservation avec sa bulle en plomb pendant sur cordelette de chanvre 62 x 45 cm. Estimation : 2 000 – 3 000 euros.

Un document de 1050 émis par Léon IX

Par le moyen des bulles, le pape pouvait faire part de ses décisions sur des sujets assez variés : parmi les 16 pièces de la collection nantaise, on note des confirmations de privilèges, des réductions de prébendes (redevances)… Le document le plus ancien est daté de 1050, et a été émis par Léon IX surnommé le pape lorrain ou le pape alsacien, qui a exercé sa fonction de 1049 à 1054 (2 000 à 3 000 euros). Cette bulle porte sur la confirmation d’anciens privilèges et la translation (déplacement des restes d’un Saint d’un lieu à un autre) de saint Gérard de Toul qui a eu lieu en octobre 1051, présidée par Léon IX.

INNOCENT III Bulle du pape Innocent III en date « le 2 des nones de février 1209 » concernant la défense de lever la dixmes sur les biens des Templiers. Petite pièce de parchemin manuscrite bien complète de sa bulle en plomb pendant sur cordelettes. 25.5 x 25.5 cm usures superficielles à la bulle, usures de l’encre à certains mots néanmoins exceptionnel document en état tout à fait satisfaisant. Estimation : 1 000 – 2 000 euros.

Des bulles papales datées de l’apogée des Templiers

« Trois critères principaux permettent de donner une valeur à ces documents : l’époque et donc l’ancienneté, l’état de conservation et l’intérêt de la bulle elle-même, du texte », énumère l’expert. La bulle émise par Innocent III datée de février 1209 devrait par exemple intéresser beaucoup d’amateurs car elle concerne les Templiers (1 000 à 2 000 euros). Elle défend de lever la dime, donc un impôt, sur les biens des Templiers : « C’est l’ordre de chevalerie le plus connu de notre histoire, et en 1209 ils sont à l’apogée de leur pouvoir, avant leur arrestation par Philippe IV le Bel en octobre 1307 », ajoute Pascal Guillebaud. C’est une autre bulle (qui n’est pas dans la collection) dite Vox in excelso (que l’on peut traduire par Une voix d’en haut), signée par le pape Clément V qui supprime officiellement cet ordre en 1312.

« Tous les textes émanent de Rome, sont en latin et étaient la plupart du temps rédigés par des assistants avec beaucoup de soin car il s’agissait de documents solennels de l’Eglise », remarque l’expert. Chaque document est unique, et pouvait être adressé à des interlocuteurs partout dans le monde. L’expert s’attend donc à des enchérisseurs du monde entier sur cette collection.

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