Carine Tissot : « Paris occupe une place essentielle pour le marché du dessin. »

27/03/2026

À la tête de Drawing Society, Carine Tissot œuvre depuis près de vingt ans à la valorisation du dessin contemporain, à travers un écosystème ingénieux alliant des dispositifs traditionnels, foires, expositions ou résidences, à la création d’espaces hôteliers dédiés à l’art. À l’occasion de l’ouverture de la 19e édition de Drawing Now au Carreau du Temple, elle revient sur l’évolution d’un marché désormais structuré et prospère.

La foire Drawing Now a ouvert ses portes hier au public pour sa 19e édition au Carreau du Temple à Paris. Si l’événement, au même titre que le Salon du dessin au Palais Brogniart, est désormais incontournable pour les amateurs d’art, avec chaque année près de 20 000 visiteurs, le pari, lancé en 2007 par Christine Phal, consistant à créer un salon dédié au dessin contemporain, était loin d’être gagné d’avance. « Le dessin a toujours été présent dans la pratique des artistes, mais était davantage perçu comme un médium secondaire, préparatoire, et restait dans les ateliers. Avec Drawing Now, l’objectif était de lui donner un cadre autonome, de montrer sa richesse et sa diversité, pour qu’il soit perçu définitivement comme l’un des éléments fondateurs du geste artistique », explique Carine Tissot qui a rejoint l’aventure en 2009, pour créer en sus de la foire un vaste écosystème autour du dessin contemporain, la Drawing Society. « La foire ne dure que quelques jours. Nous souhaitions créer un lien tout au long de l’année. »

Drawing Society, un écosystème dédié au dessin contemporain

Autour de la foire Drawing Now, ce duo mère-fille a ainsi imaginé plusieurs dispositifs complémentaires, constituant autant de points d’entrée pour les amateurs de dessin contemporain, avec deux axes principaux : un premier axe hôtelier avec la Drawing Hotels Collection, constituée du Drawing Hotel (Paris 1er), de la Drawing House (Paris 14e) et du Miss Fuller (Paris 17e), et un second axe artistique, avec la foire Drawing Now Paris, l’espace de production, d’expérimentations et d’expositions philanthropique Drawing Lab, le pôle ingénierie culturelle Drawing on Demand, et enfin, plus récemment, les ateliers de la Drawing Factory qui accueillent, en partenariat avec le Cnap, une sélection d’artistes au 61 rue de Richelieu à Paris. « Chaque entité répond à une fonction, détaille Carine Tissot. La foire est un temps fort du marché, tandis que le Drawing Lab permet aux artistes d’exposer et de produire dans une autre temporalité. Les résidences et prix les accompagnent dans leur quête de notoriété. Les hôtels ouvrent à d’autres publics et offrent dans le même temps aux artistes un autre terrain d’expérimentation. les incitant à employer d’autres supports comme le papier peint ou la moquette, et à intégrer des contraintes techniques spécifiques liées à l’espace à exploiter. »

Foire Drawing Now © Grégoire Avenel, Agence Coolhunt Paris.

Un marché du dessin contemporain structuré et prospère

Grâce à Christine Phal, qui impulse les projets, et Carine Tissot qui, pour reprendre ses mots, « les mets en musique », la Drawing Society a réussi le pari d’offrir au dessin contemporain un marché structuré et prospère. « Le dessin est désormais reconnu comme un médium autonome, une œuvre à part entière, souligne Carine Tissot. Les dessins qui autrefois restaient dans les ateliers ou les réserves sont montrés, acquis par les institutions et collectionnés au même titre que la peinture. »

Certains passionnés y consacrent toute leur énergie, d’autres se plaisent à l’intégrer par petites touches au sein de leur collection ; le dessin contemporain, longtemps dévalorisé, a trouvé son public. Et un public appelé à se renouveler, à mesure que la pratique se démocratise. « Le dessin contemporain permet d’entrer dans l’univers d’un artiste plus facilement qu’un autre médium, et laisse la possibilité d’accéder à des œuvres importantes, à des prix abordables. » Si au Palais Brogniart, où se tient en parallèle le Salon du dessin ancien, une signalétique indique aux « nouveaux collectionneurs » les œuvres aux prix les plus modestes, Drawing Now a bâti en grande part sa réputation sur son accessibilité, avec des galeries qui proposent, pour la majorité d’entre elles, des oeuvres à moins de 5 000 euros. « Sur une foire comme Drawing Now, les prix peuvent aller de 1 000 à 100 000 euros », précise Carine Tissot. La taille de la foire, avec 71 galeries cette année, offre en outre un espace privilégié pour les rencontres. « Les visiteurs recherchent aussi une relation plus directe avec les galeries et parfois avec les artistes eux-mêmes, ce que permet la taille de la foire qui reste accessible. »

Un médium en mouvement

L’avenir, Carine Tissot l’envisage pour le moment en France, exclusivement. « Paris reste une place très importante pour le dessin, nous faisons donc le choix de consolider nos positions, en développant néanmoins de nouveaux projets hôteliers et artistiques, avec la création récente de la Drawing Factory, ainsi que d’une nouvelle foire au Carreau du Temple. Et il y a également le Printemps du dessin qui fédère plus de 100 lieux sur le territoire. » Ce rendez-vous national, organisé en collaboration avec le Centre des monuments nationaux, « fait battre le cœur du dessin contemporain à l’échelle du pays », à travers plus de 150 rendez-vous, expositions, performances, conférences, concerts et rencontres avec les artistes. Avec, toujours, la volonté de rendre l’art accessible à tous. Un art qui, plus que tout autre médium, se caractérise par sa grande liberté : « le dessin traverse les pratiques, les formats, les générations, ajoute Carine Tissot. Il reste ouvert ».

En près de 20 ans, Carine Tissot a vu la pratique du dessin évoluer au sein des ateliers d’artistes, avec une diversification accrue des techniques et matériaux employés. « A Drawing Now, le comité de sélection construit chaque année un panorama du dessin des soixante dernières années avec environ trois cents artistes présentés. De ce fait, plusieurs générations coexistent sur la foire : des artistes très installés côtoient des figures en milieu de carrière et la scène émergente. Cette cohabitation offre une richesse incroyable et montre que le dessin n’est pas un médium figé, mais qu’il évolue et se diversifie. La section que nous présentons sur les liens qu’entretient le dessin avec le numérique, la performance ou la photographie en témoigne. »

Un médium en mouvement qui, avec Drawing Now, a trouvé son point d’ancrage – c’est là, chaque année à Paris, que la physionomie du marché se dessine.

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