« Voir un nouveau Claudel arriver, c’est incroyable, de l’ordre du fantastique » : Matthieu Semont dévoile aux enchères le numéro 5 de L’Âge mûr

17/09/2026

En 2025, sous le marteau de Matthieu Semont, un exemplaire retrouvé de L’Âge mûr de Camille Claudel (1864-1943) était adjugé à Orléans 3 663 000 euros. Dix-neuf mois plus tard, un second bronze issu de la même édition, le numéro 5, est présenté aux enchères à Paris.

L’œuvre était demeurée une quarantaine d’années dans une remise, sans que ses propriétaires, deux frères, n’en connaissent la véritable nature. C’est en découvrant le commissaire-priseur Matthieu Semont à la télévision, lors de la vente du premier exemplaire, que l’un d’eux a établi le rapprochement avec l’objet familial. Après réception d’une photographie, le commissaire-priseur juge la découverte suffisamment sérieuse pour engager une expertise approfondie avec le cabinet Lacroix – Jeannest. « Une relation de confiance s’est nouée presque aussitôt avec la famille, confie le commissaire-priseur. Lorsqu’on hérite d’un objet on ne mesure pas toujours, parfois pendant des décennies, la portée de ce que l’on possède ».

Ce bronze de Camille Claudel a nécessité deux mois de restauration. Il présente une patine différente du premier exemplaire retrouvé. « Il est d’une facture plus brute et moderne, souligne Matthieu Semont, avec une ciselure dense et nerveuse, on fait vraiment face à une sculpture du XXe siècle ! »

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Deux exemplaires encore non localisés

Sur les six fontes réalisées en 1907 par le marchand et fondeur Eugène Blot, quatre furent vendues de son vivant et une conservée par ses soins. Le numéro 1 a rejoint une collection en 2025 après sa vente à Orléans et le numéro 3 appartient au musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine. Avec cette nouvelle apparition, il ne reste donc plus que deux exemplaires, les numéros 2 et 4, dont la localisation demeure inconnue. « C’est incroyable, de l’ordre du fantastique ! Croiser un premier Claudel, mener sa vente à terme et obtenir un tel résultat, était déjà merveilleux. Mais voir un nouveau Claudel arriver, c’est incroyable, de l’ordre du fantastique ! Croyez dans le fantastique de l’art, c’est ce que je dis à mes confrères ! »

Camille CLAUDEL (1864-1943). La Jeunesse et L’Âge mûr, dit aussi L’Âge mûr. Modèle créé en 1898. Bronze à patine brune nuancée. Fonte au sable d’Eugène Blot réalisée circa 1907 Signé « C. Claudel», porte le cachet du fondeur « EUG. BLOT PARIS» (pour Eugène Blot) et le numéro « 5 » sur la terrasse H. 61,5 L. 85 P. 37,5 cm. Estimation : 1,5 – 2 millions d’euros.

Un rapport intime à l’œuvre

Matthieu Semont confie entretenir avec cette sculpture un rapport qui dépasse le cadre professionnel. « Elle me renverse littéralement. Elle vous perce dans votre intimité. »

Le hasard a d’ailleurs voulu que cette redécouverte se double, pour lui, d’un épisode plus personnel. Le week-end suivant, alors qu’il assistait à l’anniversaire d’une amie près de Grenoble, Matthieu Semont s’est rendu au château de Brangues, ancienne demeure de Paul Claudel, frère de la sculptrice. « J’y ai rencontré sa petite-fille, des petits-neveux, j’ai vu sa tombe au pied du château », raconte-t-il, précisant y avoir appris que Paul Claudel avait un temps meublé les lieux de sculptures de sa sœur, avant de les faire retirer pour les mettre à l’abri d’éventuels cambriolages. « Cette histoire me poursuit ! »

« Sa place de sculptrice majeure du XXe siècle ne fait plus débat. »

Les deux exemplaires déjà localisés appartiennent chacun à une institution muséale. « Nous sommes entrés dans une période où sa place de sculptrice majeure du XXe siècle ne fait plus débat. » Matthieu Semont n’en tempère pas moins l’écart qui subsiste avec son ancien maître : « On est encore loin de Rodin. Mais Camille Claudel s’est nourrie de lui autant qu’elle l’a nourri : en tant qu’élève, puis compagne, elle en a assimilé le génie tout en préservant le sien propre, qu’elle a su orienter vers des voies qui lui étaient personnelles. »

Si Camille Claudel séduit à l’étranger, notamment outre-Atlantique et au Japon où une exposition lui a été récemment consacrée, Matthieu Semont souligne la rareté de son œuvre dans les institutions : moins d’une dizaine de pièces sont recensées aux États-Unis et nombre de pays ne possèdent encore aucune œuvre de la sculptrice.

Un bronze estimé entre 1,5 et 2 millions d’euros

Contrairement à la vente de 2025, organisée à Orléans, celle-ci se tiendra à Paris. Matthieu Semont explique ce choix par la nécessité de ne pas répéter, dans la même ville, un événement de même nature.

La vente aura lieu le dimanche 20 septembre à 15h. Le bronze est estimé entre 1,5 et 2 millions d’euros. Pour rappel, le numéro 1 de L’Âge mûr de Camille Claudel avait trouvé preneur à 3 663 000 euros (frais compris), pour une estimation équivalente.

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