Le 7 juillet 2020 | Mis à jour le 7 juillet 2020

Les ventes caritatives de Street art ont la cote

par Diane Zorzi

Des grands noms aux talents émergents, les Street artistes sont de plus en plus nombreux à participer à des ventes aux enchères caritatives. Un engagement qui permet aux associations de bénéficier de la visibilité accrue dont jouit ce mouvement ces dernières années.

 

Ces dernières années, les associations sont de plus en plus nombreuses à solliciter les Street artistes pour organiser des ventes aux enchères caritatives. Parfois créées spécialement pour l’occasion, leurs œuvres sont ainsi vendues au profit de causes diverses, du soutien au personnel soignant à l’aide en faveur des plus démunis. « Le Street art permet à ces structures, qui tentent de réunir des fonds pour des causes souvent difficiles, de réchauffer un peu les cœurs, avec des toiles ou sculptures colorées, aux motifs simples qui parlent au plus grand nombre », explique Jules Régis, collaborateur au sein de l’Hôtel des ventes de Montmorency.

 

La notoriété au service de la bonne cause

Le 21 mars 2019, des œuvres de Gérard Zlotykamien (né en 1940) et Miss. Tic (née en 1956) étaient ainsi vendues aux enchères au profit de la Gregory Pariente Foundation, une fondation créée pour prévenir des dangers de l’asthme chez l’adolescent. « Lorsque nous lui en avons parlé, Zloty a tout de suite accepté et nous a confié un Altaglas qui a trouvé preneur à plus de 3 000 euros », détaille Jules Régis. En misant sur le Street art, les associations bénéficient de la visibilité accrue dont jouit ce mouvement ces dernières années. Avec les Street artistes en tête d’affiche, ces ventes attirent un nombre croissant d’amateurs, qui n’hésitent pas à pousser les enchères jusqu’à plusieurs milliers d’euros. En témoignent l’adjudication à 1 600 euros d’une toile de Sik, vendue par Rémy Fournié le 24 octobre au profit de l’Association Action Femmes Grand Sud, ou encore celle d’une lithographie du graffeur américain JonOne (né en 1963) vendue à 2 600 euros au profit du Secours populaire. « Cette vente avait pour but de soutenir les plus démunis à l’approche de Noël », explique une collaboratrice de la maison May Associés. « Une adjudication à 100 euros correspondait à un panier de Noël. Avec son œuvre, Jonone a donc offert aux familles 26 paniers. » Lors de cette vacation solidaire se côtoyaient d’autres artistes bien connus de la scène urbaine, tels que Denis Meyers (né en 1979) ou MIST (né en 1972), dont les toiles ont été adjugées à plus de 3 000 euros. « Ces artistes, déjà bien établis, sont heureux de pouvoir apporter leur contribution et, grâce à leur notoriété, les associations peuvent réunir les fonds dont elles ont besoin. »

 

Des œuvres créées spécialement pour l’événement

Parfois, les artistes créent même des œuvres spécialement pour l’événement, à l’image de Prisme (né en 1989) qui a personnalisé un babyfoot vendu 2 300 euros par Delphine Bisman le 23 mai 2019 à Rouen. « Chaque printemps, depuis trois ans, nous présentons à Rouen des œuvres de jeunes Street artistes locaux à l’occasion d’une vente aux enchères caritative organisée au profit de l’association normande Un babyfoot pour l’hôpital. Les artistes personnalisent spécialement pour la vente des babyfoot, trottinettes, skate-board, chaussures, et bien d’autres supports insolites. » Le 25 juin 2019, C215 livrait à son tour vingt portraits peints sur des gourdes, étuis, plaques métalliques ou toiles, pour rendre hommage aux combattants de la Grande Guerre. « Organisée à l’Hôtel national des Invalides, la vente récoltait des fonds pour trois associations caritatives œuvrant au profit des militaires », explique le commissaire-priseur orléanais Matthieu Semont. Plus récemment, le 18 avril dernier, Mr. Oizif prenait quant à lui les pinceaux et aérosols pour célébrer les héros du quotidien, et vendait une toile à plus de 1 800 euros lors d’enchères caritatives organisées à Troyes au profit du personnel soignant. « Pour ces jeunes artistes qui ont à cœur de se mobiliser, ces ventes sont également un formidable tremplin », explique le commissaire-priseur Léonard Pomez. « Elles leur offrent une jolie vitrine et sont l’occasion de tester l’attrait que peuvent avoir leurs œuvres sur le marché, les enchères étant le meilleur outil pour révéler la cote d’un artiste. »

 

Mr Oizif

 

 

 

Le 18 avril dernier, vous avez fait don d’une toile lors d’une vente aux enchères caritative organisée à l’Hôtel des ventes Troyes par le club de football l’Estac, au profit du personnel soignant, qui fait face en première ligne à l’épidémie du Covid-19. Qu’est-ce qui vous a amené à participer à cet événement ?

Mr Oizif : J’ai été contacté directement par le club de football et l’idée me tenait à cœur. J’ai donc réalisé une toile spécialement pour l’événement. L’inspiration m’est venue assez rapidement. Je ne connais pas particulièrement bien le milieu du football, mais la notion de collectif me parle. Le sport rassemble, de même que la maladie qui touche l’ensemble de la population mondiale. C’est cette idée que j’ai souhaité transmettre en représentant ce ballon de foot qui fait, dans le même temps, office de globe terrestre.

 

Avez-vous suivi le feu des enchères sur internet animé par le commissaire-priseur Léonard Pomez ?

Mr Oizif : Oui, nous avons suivi avec ma compagne la vente en direct sur Interencheres, avec une coupe de champagne ! Je pensais que l’œuvre serait adjugée autour de 300 euros et j’étais tout excité lorsque j’ai vu les enchères s’envoler à plus de 1 800 euros. Cette adjudication était la troisième plus belle enchère de la vente qui a récolté au total 25 000 euros. Une belle somme pour tous ces héros du quotidien !

 

L’année dernière, vous aviez également réalisé des toiles au profit d’une association soutenant des enfants de l’hôpital de Reims atteints du cancer. Cet engagement fait pour vous partie intégrante de l’ADN du Street Art ?

Mr Oizif : Lorsque l’on fait du Street art, des graffitis, on cherche avant tout à surprendre les autres, à leur communiquer un message. C’est probablement pour cela que de nombreux Street artistes participent à des œuvres caritatives, parce qu’elles correspondent à cette démarche, consistant à aller toujours vers l’autre et à créer dans le but de l’interpeller.

 

Ces œuvres caritatives vous apportent-elles dans le même temps une visibilité ?

Mr Oizif : La plupart du temps, lorsque je participe à ces œuvres caritatives, je ne fais pas de communication particulière. Le but est d’abord de se faire plaisir et je ne songe pas à la visibilité que cela pourrait m’apporter. Mais il est vrai que j’ai eu d’excellents retours suite à la vente aux enchères de Troyes. De nombreux amateurs et collectionneurs, notamment parisiens, m’ont contacté afin de découvrir mon travail.

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