Le 4 mars 2024 | Mis à jour le 6 mars 2024

Pierre Drouin, un commissaire-priseur qui démocratise les ventes aux enchères de véhicules

par Héloïse de Baudus

Pierre Drouin anime chaque lundi les ventes de véhicules particuliers de la maison Mercier & Cie, leader du secteur dans les Hauts-de-France. Le commissaire-priseur nous dévoile les coulisses de ces vacations qui, avec la montée en puissance des enchères en ligne, attirent de nouveaux adeptes en quête de bonnes affaires ou de la perle automobile…

 

Débuter la semaine avec une vente de véhicules, poursuivre avec des inventaires de succession, pour disperser le week-end une collection d’objets d’art… Pierre Drouin est, ainsi que nombre de ses confrères en région, un commissaire-priseur généraliste. Il s’est toutefois fait une spécialité des ventes aux enchères de véhicules au sein de la maison Mercier & Cie, leader du secteur dans les Hauts-de-France. Tous les lundis, il anime à Marcq-en-Barœul ou Vendeville une vacation comptant plus de 300 véhicules particuliers et utilitaires. Un rendez-vous hebdomadaire qu’il conjugue deux fois par an avec des ventes de véhicules de prestige, très suivies en live sur Interencheres. Le commissaire-priseur, diplômé depuis 2007, nous dévoile les coulisses de ces vacations qui, avec un marché du neuf en berne et la montée en puissance des ventes en ligne, compte de plus en plus d’adeptes en quête de bonnes affaires ou de la perle automobile…

 

Comment se porte le marché des véhicules d’occasion ?

Le marché est versatile. Le prix d’un véhicule d’occasion a considérablement augmenté après la crise du Covid, du fait de la difficulté d’approvisionnement en véhicules neufs, conduisant à un report sur les véhicules d’occasion, soutenu par des habitudes d’achat changeantes. En 2023, nous avons observé sur le marché français une baisse de volume qui a été compensée par une augmentation du prix moyen du véhicule. Depuis le début de l’année, au contraire, les volumes augmentent et les prix baissent à nouveau. Ce sont des vases communicants. Globalement, on remarque une très forte concentration du marché automobile en France entre les mains de cinq à dix acteurs. Nous continuons, au sein de Mercier Automobiles, à progresser chaque année avec 97 millions d’euros d’adjudications en 2023, contre 87 millions l’année précédente. Nos vendeurs restent fidèles et nous conservons un volume de véhicules à peu près équivalent, mais une augmentation de 10 à 15% des prix moyens.

 

Ce marché a également évolué avec la montée en puissance des ventes aux enchères en ligne. Quelle place occupe aujourd’hui ce canal de vente dans votre activité ?

Nous réalisons encore peu de ventes « chrono », entièrement dématérialisées, mais nos ventes physiques sont systématiquement retransmises en live sur Interencheres, où 40 à 50% des lots trouvent preneur. Nos ventes de prestige biannuelles sont également très suivies en ligne, alors qu’elles font salle comble. Nous enregistrons à chaque fois quelques centaines de clients internautes, inscrits avec dépôt préalable d’une somme d’argent en garantie, et plusieurs milliers de personnes connectées suivent la vente à distance. Ils peuvent ainsi enchérir depuis la France entière, et même partout en Europe. En effet, pour les véhicules récents et très kilométrés, nos principaux clients sont les pays de l’Est, et l’Algérie se démarque pour les véhicules essence récents. En outre, notre implantation lilloise nous permet de capter les clients belges et hollandais, proches géographiquement.

 

Comment vous adaptez-vous à cette clientèle qui enchérit à distance et ne peut apprécier le véhicule sous toutes ses coutures ?

Le plus important est de donner l’accès à un maximum d’informations. Les photographies et les vidéos du véhicule sont extrêmement importantes, ainsi que les informations comme le dernier contrôle technique ou les caractéristiques spécifiques du véhicule. Dans ce processus, l’accompagnement des plateformes comme Interencheres est essentiel.

 

En parallèle, votre salle ne se désemplit pas, notamment à l’occasion des ventes de prestige qui, deux fois par an, créent l’événement…

Oui, ces ventes font salle comble ! Nous avions envie d’accroître la visibilité des ventes aux enchères de véhicules et ces évènements se sont imposés comme un moyen de rassembler notre clientèle, nos vendeurs et acheteurs, mais aussi les enthousiastes. Lors de cet événement, nous proposons en amont, sur Facebook, de remporter des tours de circuit dans des voitures de luxe et des lots en lien avec le monde automobile. La vente quant à elle se déroule en soirée. Nous disposons de plusieurs caméras pour la retranscription, un fond sonore… C’est un évènement festif essentiel pour la maison Mercier depuis 2012, date à laquelle l’un de nos partenaires bancaires spécialisés dans le financement de véhicules de luxe nous avait emmenés sur cette spécialité. Depuis, nous rassemblons tout au long de l’année des véhicules haut-de-gamme récents pour composer ces ventes de prestige.

 

Quelle est la vente d’automobile qui vous a le plus marquée ?

En 2021, nous avons adjugé une Lamborghini Aventador SVJ pour 430 000 euros. Nous avions en amont communiqué sur les réseaux sociaux, et des influenceurs spécialisés nous avaient sollicités afin de venir filmer le modèle. Les vidéos sont devenues virales ! Le soir de la vente, des centaines de téléphones filmaient les enchères et l’adjudication a été largement relayée par la suite.

 

Ce type d’événements participe à démocratiser les ventes aux enchères de véhicules qui restent encore relativement peu connues du grand public…

Oui, et cette démocratisation est un défi pour chaque maison de vente spécialisée en véhicules d’occasion. Le particulier conserve l’idée d’un véhicule vendu « en l’état » sans aucune garantie. Nous sommes pourtant assurés, afin de garantir le kilométrage, ce qui n’est pas systématique. C’est une garantie spécifique et, au-delà de celle-ci, il y a toutes les garanties habituelles du droit commun de la vente et des ventes aux enchères publiques qui protègent le client en cas de non-conformité à la livraison, d’informations erronées ou inexactes, de vices… Pour un véhicule, nous effectuons, en outre, un contrôle technique physique, et un contrôle dynamique, qui prend la forme d’un essai roulant de 7 kilomètres afin de déceler la moindre anomalie mécanique. Les maisons de vente spécialisées dans ce secteur sont très sérieuses et effectuent des expertises approfondies. De plus, les véhicules peuvent toujours être démarrés lors des expositions par les potentiels intéressés.

 

« Pour un premier achat aux enchères, quel que soit le budget, il est toujours préférable d’enchérir sur un véhicule de moins de 5 ans et de moins de 100 000 kilomètres, idéalement de 60 000 kilomètres. Une citadine avec ce kilométrage demeure une valeur sûre. »

 

Quels moyens mettez-vous en œuvre pour rendre vos ventes toujours plus accessibles ?

Nous essayons d’organiser nos expositions le week-end pour en faire un véritable évènement familial. Le dimanche, nous mettons à la disposition des familles des espaces dédiés aux enfants, et leur proposons des balades à poney, des châteaux gonflables, des chasses aux œufs… Nous travaillons, également avec les acteurs locaux, en communiquant sur les écrans de cinéma, sur les panneaux publicitaires, à la radio et dans la presse régionale. Sur internet, nous soignons aussi notre référencement pour attirer de nouveaux clients.

 

Des clients qui, dans le secteur du véhicule, sont de plus en plus jeunes…

Absolument, et c’est un véritable défi que d’attiser la curiosité des jeunes collectionneurs qui ne se positionnent plus sur les véhicules des années 50, mais sur les Youngtimers des années 1980-1990, avec une moindre volonté de réparer le véhicule de A à Z, mais plutôt d’acheter des modèles fiables, plus récents, avec une mécanique simplifiée. Pour les véhicules d’occasion, nous fidélisons aussi des étudiants qui réalisent leur premier achat.

 

Quels conseils donneriez-vous à un néophyte qui souhaiterait acheter son premier véhicule aux enchères ? 

Mon premier conseil est de se renseigner au préalable pour avoir une bonne connaissance du marché et sélectionner le type de véhicule qui convient le mieux. Il faut ensuite regarder le contrôle technique, les informations fournies par les commissaires-priseurs, et ne pas hésiter à contacter les maisons de vente. Nous répondons à toute question complémentaire quelle qu’elle soit : l’acheteur peut chercher à savoir si le véhicule appartenait à un fumeur, connaître son état et la présence d’éventuels chocs, les options dont le véhicule dispose, les frais éventuels à engager pour le remettre en parfait état…. Nos équipes se relaient, en semaine et le week-end, pour répondre à ces demandes spécifiques. Il faut, ensuite, bannir les véhicules qui présentent un mauvais contrôle technique et des problèmes mécaniques. Pour un premier achat aux enchères, quel que soit le budget, il est toujours préférable d’enchérir sur un véhicule de moins de 5 ans et de moins de 100 000 kilomètres, idéalement de 60 000 kilomètres. Une citadine avec ce kilométrage demeure une valeur sûre. Il faut simplement éviter les véhicules trop anciens et trop kilométrés.

 

Le marché du véhicule d’occasion est-il d’ores et déjà concerné par le développement des voitures électriques ?

Oui, et nous nous adaptons à ce marché en plein développement. Nos partenaires-vendeurs proposent des locations de longue durée de véhicules électriques qui se retrouvent donc dans nos ventes. Néanmoins, ces véhicules sont encore difficiles à vendre et appellent à des prix relativement faibles. Il y a une forte déperdition de valeur entre l’achat et la revente. Les acheteurs se montrent encore réticents quant à l’autonomie, la performance, le réseau de chargement… Ce sont, à leurs yeux, des véhicules adaptés au déplacement en ville uniquement.

 

Quels sont les principaux atouts du marché français ?

L’atout majeur du marché français est la qualité de l’expertise offerte, due à la responsabilité que l’on a sur les biens décrits, ce qui vaut aussi bien pour les objets d’art que pour les véhicules. Chez Mercier, nous avons créé notre propre outil de cotation, dit de pricing, qui nous permet de fournir des éléments d’expertise en quelques minutes. La France a également la chance d’être un véritable grenier pour les objets, et pour les véhicules, l’on parle de sorties de granges… Notre pays est la Haute Couture de l’automobile, avec des marques mythiques. Nos salles des ventes sont, en Europe, un condensé de savoir-faire. A Lille, on ressent cette attractivité et, lors de notre dernière vente d’art classique, la salle était riche d’une clientèle allemande, belge, anglaise et néerlandaise. Nous avons cette grande chance d’être au centre de l’Europe, et avons en outre un hôtel des ventes à Mouscron en Belgique.

 

En tant que commissaire-priseur généraliste, vous êtes amené à organiser au cours d’une même semaine une vente de véhicule et une vente d’œuvres d’art. Comment vous adaptez-vous à chacun des secteurs ?

L’aisance orale et le goût de la vente nous aident à adapter nos discours à chacun des interlocuteurs en les conseillant au mieux, qu’ils soient acheteurs de véhicules d’occasion ou collectionneurs de tableaux anciens. Nous devons nous montrer ouverts, car un adjudicataire qui nous découvre en achetant un véhicule pourra se laisser séduire par une vente d’art classique ou penser à nous confier des œuvres à vendre, et inversement. C’est notre passion du métier qui permet de s’adapter à sa diversité.

A lire | Retrouvez tous les portraits de commissaires-priseurs dans notre rubrique Coulisses

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