Initié aux arts du feu durant l’Occupation allemande, Georges Jouve s’est imposé comme l’un des céramistes d’après-guerre les plus cotés sur le marché avec ses pièces aux formes libres. Retour sur le parcours atypique de ce céramiste-sculpteur majeur du XXe siècle…
1. Il est surnommé « Apollon »
Avec deux parents décorateurs et une sœur aînée céramiste, Georges Jouve (1910-1964) était appelé à embrasser une carrière artistique. A l’âge de 17 ans, il intègre la prestigieuse Ecole Boulle de Paris où il étudie la sculpture et reçoit un enseignement théorique en histoire de l’art. Très vite, ses talents sont salués par ses professeurs et camarades qui le surnomment « Apollon », un surnom qu’il reprendra dans ses créations, signant du monogramme « AP ». Son diplôme en poche, il s’essaye au décor de théâtre et suit des cours de peinture à la Grande Chaumière et à l’Académie Julian. Le jeune Apollon se rêve alors en architecte d’intérieur.
2. Il s’initie aux arts du feu à Dieulefit où il se réfugie durant l’Occupation
Lors de la Seconde Guerre mondiale, Georges Jouve est capturé par les Allemands qui le conduisent dans un camp de concentration. Après plusieurs tentatives avortées, il parvient à s’échapper et trouve refuge dans la propriété de ses beaux-parents près de Dieulefit, un petit village de la Drôme doté de riches carrières d’argile et réputé pour son activité potière vieille de deux mille ans. Dans cet havre de paix entouré de collines verdoyantes, Georges Jouve réalise ses premières céramiques. Il utilise le modeste four à bois que lui met à disposition Marguerite Soubeyran, célèbre pour avoir initié la « pédagogie active » au sein de l’école de Beauvallon. A la fin de la guerre, la famille Jouve s’installe à Paris, où l’artiste ouvre son premier atelier de céramique qu’il aménage d’un four Druel. A partir de 1954, il rejoint le sud de la France où il établit définitivement son atelier à Aix-en-Provence.

3. Il modèle la céramique à la manière d’un sculpteur
Georges Jouve rompt avec la tradition artisanale, préférant au tournage la méthode du modelage pour façonner, à la manière d’un sculpteur, des céramiques aux formes libres et uniques, inspirées de la nature. Entre ses mains, les pièces de céramique deviennent des œuvres d’art à part entière, le rendu esthétique et décoratif primant désormais sur le caractère utilitaire. Ses créations épousent tour à tour la forme d’éléments puisés dans la nature tels des coquillages, des branches d’arbres ou des oiseaux, lorsqu’elles n’évoquent pas les courbes sensuelles d’un corps féminin au sein de pièces anthropomorphes comme le vase Femme à nichons ou la jardinière Femme.
4. Il a fait du noir sa couleur de prédilection
Les recherches de Georges Jouve portent davantage sur la forme et la matière, qu’il souhaite généreuse. L’artiste délaisse ainsi les motifs ornementaux classiques, privilégiant des créations dépouillées et monochromes, dominées par des couleurs vives ou, au contraire, des tonalités sobres, à l’instar de blancs crémeux. Les émaux noirs ont néanmoins sa préférence – « Le noir est une couleur en soi, qui résume et consume toutes les autres », déclare-t-il. Son noir satiné et profond offre, au gré de jeux d’ombre et de lumière, une palette infinie de nuances, gratifiant ses créations des reflets métalliques qui feront son succès. Son travail n’est pas sans rappeler le « buccero nero », une technique employée par les étrusques au VIe siècle avant notre ère pour façonner des pièces brillantes.
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5. Il est l’un des céramistes les plus cotés sur le marché
Durant les années d’après-guerre, Georges Jouve rencontre le designer Jacques Adnet qui lui propose de participer à l’exposition « La Céramique Contemporaine », organisée par la Compagnie Française des Arts Français. Cette première présentation nationale offre à Jouve ses premiers succès. Dès lors, chaque année, l’Association française d’action artistique présente son travail à travers le monde, de Rio de Janeiro en 1946 à Moscou en 1960. Vingt ans de collaboration auquel son décès prématuré mettra fin en 1964. Un demi-siècle plus tard, l’artiste s’est imposé sur le marché comme l’un des céramistes les plus cotés et prisés des collectionneurs du monde entier. En témoigne la vente en juin dernier d’une table basse de 1955 adjugée au prix record de 412 136 euros à New York.