Mathurin Méheut a arpenté sa vie durant la Bretagne, livrant en ethnographe un témoignage précieux de son artisanat, de ses coutumes ou activités rurales et maritimes, à l’aube du XXe siècle. Retour sur le parcours de ce peintre emblématique de la Bretagne dont plusieurs œuvres seront vendues aux enchères le 29 avril à Brest.
1. Il est resté toute sa vie attaché à sa Bretagne natale
Formé dès l’âge de 14 ans auprès d’un artisan-peintre de Lamballe, sa ville natale, puis aux Beaux-Arts de Rennes en 1898, Mathurin Méheut (1882-1958) rejoint Paris à l’aube de ses 20 ans, où il s’inscrit à l’Ecole nationale des arts décoratifs. S’il emménage définitivement dans le quartier de Montparnasse en 1924, Méheut reste attaché à sa Bretagne natale qu’il ne cesse de dépeindre à la faveur de voyages récurrents. Certains seront déterminants, à l’instar des séjours qu’il effectue entre 1910 et 1912 à Roscoff, puis à Penmarc’h entre 1919 et 1920. L’occasion pour lui de produire un ensemble de peintures, dessins, croquis et gravures qui sont présentés en 1913 et 1921 lors de ses deux plus grandes expositions à succès, organisées par le musée des Arts décoratifs. Affirmant son attachement pour une Bretagne « de culture française », l’artiste signe en 1913 l’« Appel » publié dans le périodique La Pensée bretonne, dans lequel il prend position contre les mouvements séparatistes. En 1919, à l’occasion d’un déménagement provisoire à Saint-Guénolé en pays Bigouden, il entreprend de se former à la céramique au sein de la faïencerie Henriot-Quimper. L’artiste rejoindra désormais au moins une fois par an la Bretagne, arpentant le Finistère un carnet de croquis à la main, de Brest à Concarneau en passant par l’île d’Ouessant, laissant dans son sillage une myriade de dessins, peintures et esquisses dédiés à sa région de prédilection.
Mathurin Méheut (1882-1958), « Saint Jean du Doigt, Le Tandad de la Saint Jean », gouache signée en bas à droite, datée 1956, rare monogramme à l’ancre de marine, 74 x 103 cm. Estimée entre 15 000 et 20 000 euros.
2. Il peignait avec un regard d’ethnographe
En Bretagne, Mathurin Méheut illustre le quotidien des classes populaires rurales et côtières, usant d’un tracé libre et de larges aplats de couleurs vives. Il peint des paysannes aux tenues chamarrées, l’effervescence des ports, la liesse des célébrations religieuses. La bourse « Autour du monde » qu’il reçoit de la fondation Albert-Kahn en 1913 lui permet de décliner ces thèmes au Japon et à Hawaï. Alors qu’il est mobilisé entre 1914 et 1918, il réalise des croquis de soldats des tranchées qui marquent un tournant dans sa carrière. Adoptant le regard d’un ethnographe, il dépeint désormais la réalité sans fard. « Je ne suis pas un maître, ni même un peintre, je fais du document », déclare-t-il.Il croque sur le vif des pratiques artisanales en déclin face à l’industrialisation, saisissant les gestes ancestraux des sabotiers, des sardiniers ou des goémoniers. Son intérêt pour le patrimoine artisanal breton se manifeste notamment dans son travail d’illustrations pour l’ouvrage Vieux métiers bretons de Florian le Roy, publié en 1944.
Mathurin Méheut (1882-1958), « Goémonier à Ouessant près du Créac’h », aquarelle signée en bas à gauche, 27 x 42 cm. Estimée entre 3 000 et 5 000 euros.
3. Il doit ses premiers succès à l’illustration de la faune et de la flore maritimes
Mathurin Méheut assiste, dès son arrivée à Paris, aux prémices de l’Art nouveau au contact d’Eugène Grasset (1845-1917), un affichiste et graveur suisse qui l’encourage à puiser son inspiration dans la nature. En 1910, il rejoint la station de biologie marine de Roscoff, dans le Finistère, pour fournir les illustrations de l’Étude de la mer : flore et faune de la Manche et de l’Océan, un ouvrage publié sous la direction de l’artiste Art nouveau et critique d’art Maurice Pillard Verneuil (1869-1942). Durant deux ans, il livre une série de peintures et croquis de poissons, crustacés et algues, dont un florilège est exposé parmi les 427 œuvres présentées en 1913 au musée des Arts décoratifs de Paris. Cette passion pour le monde marin se révèle dans son travail prolifique d’illustrateur. Mathurin Méheut réalise ainsi un ensemble de gouaches et aquarelles pour illustrer un texte de Colette rendant hommage à la faune marine : Regarde, un ouvrage diffusé en 1929 à seulement 750 exemplaires. En 1941, il reçoit de l’Institut de géologie de Rennes la commande d’un cycle décoratif célébrant la Science et la Terre de Bretagne. De 1942 à 1946, il réalise, aux côtés d’Yvonne Jean-Haffen (1895-1993), vingt panneaux représentant la faune et la flore maritimes qui composaient la Bretagne préhistorique.
Mathurin Méheut (1882-1958) et Colette, « Regarde », exemplaire n° 97/700 sur vélin colorié au pochoir par Jean Saude. Estimé entre 2 500 et 3 000 euros.
4. Il a reçu des commandes de décors d’envergure
Peintre, graveur, céramiste, illustrateur… Artiste aux multiples talents, Mathurin Méheut se frotte également au monumental, à travers des commandes de décors d’envergure. En 1930, il est ainsi convié à Pittsburgh, en Pennsylvanie, afin de décorer le Hall des Nations de l’Auditorium and Service Building. Il réalise un décor de 400 m2 avec l’aide d’Yvonne Jean-Haffen. Nommé peintre officiel de la Marine en 1921, il travaille également de manière continue, entre 1923 et 1950, pour les deux plus grandes compagnies maritimes françaises : les Messageries maritimes et la Compagnie générale transatlantique. Il peint notamment des scènes de chasse et paysages d’hiver pour le mythique paquebot Normandie. La plupart de ses œuvres ont été perdues lors d’incendies, seules des photographies, croquis et études demeurent. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il livre également un carton de tapisserie, La Mer, pour la Manufacture nationale des Gobelins.
Mathurin Méheut (1882-1958) « Bretagne les filets ». Technique mixte sur carton signée en bas à droite. Estimation : 30 000 – 50 000 euros. . En vente le 29 avril à Brest.
5. Sa cote aux enchères ne cesse de progresser depuis trente ans
Redécouvert dans les années 1970, Mathurin Méheut compte parmi les artistes de la Bretagne les plus plébiscités sur le marché. A l’instar de Lucien Simon ou encore Alfred Guillou, il jouit aujourd’hui d’une notoriété à l’international, de la part d’enchérisseurs fascinés par l’identité singulière de cette région parvenue, au fil des siècles, à engendrer des chefs-d’œuvre conjuguant la modernité à l’authenticité. Sa cote, déjà élevée dans les années 1990, ne cesse depuis de progresser, avec une appétence soutenue pour ses scènes de la vie bretonne, ainsi qu’en témoigne le record établi en 2017 par les Ramasseurs de sel à Guérande, une peintureadjugée 52 000 euros (prix marteau) par Guillaume Le Floc’h à Paris.
Retour en images avec un florilège d’adjudications d’œuvres de Mathurin Méheut
Par SVV GUILLAUME LE FLOC’H à ST CLOUD
le 08/10/2017 : Mathurin MEHEUT (Lamballe, 1882 – Paris, 1958) Ramasseurs de sel à Guérande, ou Paludier ratissant l’œillet avec le las Caséine sur toile, signée en bas à droite (très légers manques) Haut. : 133 cm – Larg. : 171 cm
Provenance : collection particulière.
A mettre en rapport avec :
– « Les ramasseuses de sel à Guérande », caséine sur toile, 145 x 160 cm, Musée d’Orsay, Paris
– « Paludières au travail », crayon gras noir estompé sur papier, 20,7 x 32 cm, Musée Mathurin Meheut, Lamballe
– « Paludiers dans les marais salants », encre noire, aquarelle sur papier, 24 x 30,2 cm, Musée Mathurin Meheut, Lamballe
– « Marais salants, ratissage de l’œillet avec le las», mine de plomb, crayon gras sur papier, 24 x 32,2 cm, Musée Mathurin Meheut, Lamballe
– « Ratissage de l’œillet », gouache sur papier vert, 29 x 39,3 cm, Musée Mathurin Meheut, Lamballe
– « Paludiers un soir d’orage », gouache sur carton, 50 x 60 cm, Musée des Marais salants, Bourg de Batz qui est très probablement l’esquisse de notre tableau.
Ce tableau a très probablement été peint en 1928. En effet, une lettre à Yvonne Jean Hafez du 22 juillet 1928 est illustrée d’une gouache représentant « Le repos de mon frère Yves ». Le frère de Mathurin Meheut pose alors assis dans l’atelier, devant trois œuvres importantes exposées à la Galerie Charpentier en 1928. Doit-on y reconnaître notre tableau sur la gauche ?
Bibliographie : DELOUCHE Denise, DE STOOP Anne, LE TIEC Patrick, Mathurin Méheut, 2001, Edition le Chasse Marée, ArMen.
Nous adressons nos remerciements au Musée Mathurin Méheut de Lamballe pour leur précieuse aide dans la rédaction de cette fiche.
Par THIERRY-LANNON et Associés à BREST
le 12/12/2020 : Mathurin MEHEUT (1882-1958) « Golfe de Morbihan, Sinagot et Cormorans » gouache non signée 52×71
Par Karl Benz Commissaire-priseur à Quintin
le 25/06/2022 : Mathurin MEHEUT (Lamballe, 1882 – Paris, 1958) – Peintre de la Marine en 1921.
« La vielle pâtourde »
Aquarelle titrée, située « Plévenon (C-D-N) » et signée « M Méheut » en bas à gauche. Monogrammée en bas à droite.
Hauteur : 27,5 cm. Largeur : 40 cm. (A vue).
Provenance : ancienne collection d’un Capitaine au long cours, pays de Penthièvre.
Note manuscrite du collectionneur : « M. Méheut se déplaçait à la foire de La Monbrant (sic) en septembre à Pléboule (sic) (…) et à l’occasion visitait les environs ». Il situe également précisément le lieu où se déroule cette scène : « Sur la lande Auray ». Cette lande se situe entre Port-Nieux et la pointe de la Saudraie.
Notre vieille pâtourde, coiffée du capot de travail typique du pays de Penthièvre, est assise dos à la mer sur un coussin de bruyères. Elle tricote, tout en veillant sur sa vache, avec quatre aiguilles. Des chaussettes, donc. On reconnaît ici la précision et la justesse documentaire caractéristiques de l’oeuvre de Méheut.
Par THIERRY-LANNON et Associés à BREST
le 08/05/2021 : Mathurin MEHEUT (1882-1958) « Concarneau, sardinières devant la ville close » gouache 55×66
Par SVV Pescheteau-Badin à Paris
le 10/06/2022 : * Mathurin MÉHEUT (1882-1958)
Brouette et fleurs des champs
Gouache sur carton, signée et dédicacée en bas à gauche
71 x 105 cm
(carton gondolé)
Par DUPONT & Associés – Bretagne – Paris à MORLAIX
le 06/03/2018 : Mathurin Meheut (1882-1958)
« La fontaine aux galets ».
Aquarelle et gouache signée en bas à droite, titrée au dos.
46,5 x 63 cm à vue. Encadré sous verre.
Par THIERRY-LANNON et Associés à BREST
le 21/07/2018 : Mathurin MEHEUT (1882-1958) et Anatole LE BRAZ (1859-1926) « Au Pays des Pardons » chez Albert RICHARD 1937. Exemplaire unique n°I, format réimposé, sur Japon Ancien enrichi de : Volume I : six originaux à l’aquarelle 1) « Le Pardon des Pauvres »; 2) « A Rumengol, le pardon des chanteurs »; 3) « Préparatifs pour la procession, le pardon du feu »; 4) « Les sonneurs Locronan, le pardon de la Montagne »; 5) « Retour du Pardon, le pardon de la Mer »; 6) « Bigoudens de dos assis sur un mur regardant la procession » et deux dessins : « Croquis de bannières », « Joueur de tambour ». Volume II : Maquette complète faite par Mathurin Méheut comprenant six cahiers de 122 croquis à l’encre ou lavis dont 50 réhaussés de gouache, aquarelle ou crayolors. Cahier n°1 : Avant Propos; Cahier n°2 : La Troménie Locronan; Cahier n°3 : St Yves Tréguier Le Pardon des Pauvres; Cahier n°4 : Notre Dame de Rumengol Le Pardon des Chanteurs; Cahier n° 5 : St Jean du doigt Le pardon du feu; Cahier n° 6 : St Anne La Palud. Une suite. Volume III : Trois suites des 53 planches en noir et couleurs sur Chine, Japon et Arches gravées sur bois par Georges Beltrand. Ensemble exceptionnel et unique. ATTENTION : ce lot ne pourra être suivi sur le Live Interencheres. Seuls les ordres d’achat confirmés préalablement, par inscription auprès du Secrétariat, permettront les enchères à distance uniquement par téléphone, et après acceptation. Nous insistons également sur le fait que les enchères par téléphone pourront le cas échéant être doublées d’un ordre ferme, à défaut de pouvoir être joint, pour des raisons techniques ou de réseau, ce dont l’OVV ne pourra être en aucun cas tenu pour responsable.
Par ENCHERES COTE D’OPALE – DEBACKER & RICHMOND à Saint-Martin-Boulogne
le 06/06/2022 : Mathurin MEHEUT (1882-1958)
« La cousette, bigoudennes au travail »
Aquarelle et gouache signée en bas à gauche, titrée en bas à droite.
23 x 28,5 cm
On y joint carte de visite de l’artiste et carte de voeux pour l’année 1955 envoyée à Mr et Mme BATTEZ et un calendrier des pêcheries Delpierre illustré par Mathurin MEHEUT.
Par THIERRY-LANNON et Associés à BREST
le 20/03/2018 : Mathurin MEHEUT (1882-1958) « Marins aux vareuses rouges et bleues » Gouache monogrammée bas droite CP08 30×45
Par THIERRY-LANNON et Associés à BREST
le 03/07/2020 : Mathurin MEHEUT (1882-1958) « St Jean du Doigt, femme en capes de dos » aquarelle, lavis et crayon monogrammé bas droite CP08 30.5×39.5
Par COUTON VEYRAC JAMAULT à NANTES
le 18/04/2023 : Mathurin MÉHEUT (1882-1958)
Bourg de Batz, les paludiers
Dessin rehaussé d’aquarelle monogrammé et signé en bas à droite, situé et titré en bas à gauche
26 x 21 cm à vue
Par THIERRY-LANNON et Associés à Brest
le 04/10/2010 : Mathurin MEHEUT (1882-1958)«Trois fillettes de Plougastel» gouache et crayon mbd cachet Partage 2008 (plis) 28×36