Le 15 octobre, Ruellan Auction présentera aux enchères un nouveau tableau d’Amrita Sher-Gil estimé entre 800 000 et 1 million d’euros. Ce rendez-vous est très attendu, les œuvres de la peintre hongro-indienne étant rares sur le marché.
Après la vente, en ce début d’année, d’un portrait réalisé par Amrita Sher-Gil (1913-1941) pour 800 000 euros (frais inclus), quadruplant alors son estimation, Jack-Philippe Ruellan récidive en ce début d’automne. Le commissaire-priseur présentera le 15 octobre à Paris une huile sur panneau réalisée en 1932, intitulée Nature morte au pichet et aux fruits. L’œuvre, dans un très bon état de conservation, suscite déjà de nombreuses convoitises à travers le monde.
Une provenance sans zone d’ombre
Jack-Philippe Ruellan raconte : « À la suite de notre vente du Portrait d’Edith, un collectionneur est venu nous présenter cette nature morte signée du monogramme d’Amrita Sher-Gil et datée en bas à droite. Amrita Sher-Gil l’avait offerte à Odette Duval-Dovillers avec qui elle avait fait ses classes. Cette dernière l’avait ensuite léguée à des amis auprès desquels le propriétaire actuel l’a achetée. » La provenance de l’œuvre ne souffre donc d’aucune zone d’ombre.

Une nature morte de la période parisienne
Peintre hongro-indienne née à Budapest en 1913 et morte à Lahore en 1941, à seulement 28 ans, Amrita Sher-Gil est à Paris pour se former en 1932, année au cours de laquelle elle réalise cette Nature morte au pichet et aux fruits. «Nous avons fait analyser l’huile sur panneau par le laboratoire Art Analysis, et il s’est révélé que les pigments utilisés étaient les mêmes que ceux employés à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, dirigée par Lucien Simon. C’est là qu’elle a donc fait sa formation, avec Odette Duval-Dovillers », précise le commissaire-priseur. De retour en Inde en 1938, la peintre s’attache à représenter la population rurale de l’Uttar Pradesh. En 1972, son œuvre acquiert le statut de « Trésor national » en raison de sa valeur patrimoniale.
Un marché porté par les institutions indiennes
La peinture est estimée entre 800 000 et 1 million d’euros. Cette estimation se justifie par l’adjudication récente, en avril 2025 à Mumbai, d’une Nature morte aux bouteilles et pommes réalisée la même année en 1932 et qui avait trouvé preneur pour 2 587 200 euros (frais inclus). Cette nouvelle huile sur panneau suscite déjà, confie Jack-Philippe Ruellan, «beaucoup d’intérêt partout dans le monde : nous sommes en contact avec Hong Kong et l’Inde, notamment des institutions et des fondations qui s’appliquent, en s’en donnant les moyens, à rapatrier les créations d’Amrita Sher-Gil. J’irai d’ailleurs bientôt à New Delhi pour présenter notre peinture. »

C’est en effet dans la capitale du sous-continent que se trouvent les deux principales collections consacrées à l’artiste : la National Gallery of Modern Art (NGMA) et le Kiran Nadar Museum of Art (KNMA), qui avait par exemple acheté en septembre 2023 The Story Teller (1937), une des douze œuvres que Sher-Gil elle-même désignait comme les plus importantes de sa carrière. Vendue par Saffronart à New Delhi pour 6 964 859 euros (frais inclus), l’œuvre détenait alors le record mondial pour un artiste moderne indien, avant d’être battue en mars 2025 par Gram Yatra de Maqbool Fida Husain (1915-2011).