Née dans les années 1970, la marque Playmobil continue de passionner les collectionneurs en Europe et dans le reste du monde, malgré la concurrence des jeux vidéo et de Lego. À l’occasion de la vente caritative que Pestel-Debord lui consacre, avec des lots fournis par la maison mère, retour sur sa cote.
Qui a dit que les jouets étaient réservés aux enfants ? Selon une étude de Circana, cabinet américain d’études de marché et d’analyse de la consommation, en 2024, 34 % des Français ont acheté un jouet pour eux-mêmes ou pour un autre adulte, un chiffre en constante progression depuis 2021. Ces fans qui soutiennent la croissance de l’économie dans l’Hexagone, Yoan Castel en fait partie : « Je peux débourser plusieurs milliers d’euros par mois pour compléter ma collection. » Ce trentenaire se présente comme un
« collectionneur de seconde génération ». Il s’explique : « Mon père jouait petit aux Playmobil, et il m’a transmis sa passion. Aujourd’hui, je possède plusieurs milliers de pièces et, lorsque j’ai un coup de cœur, je ne me prive pas. » Lorsqu’on lui demande s’il est un cas à part, il répond par la négative : « Il existe une grosse communauté, prête à mettre le prix pour les pièces les plus rares. »
Cinquante ans d’expansion, du berceau allemand aux marchés asiatiques
Créée en 1974 par Hans Beck et Horst Brandstätter, la marque allemande Playmobil s’est très vite imposée dans l’industrie du jouet allemande puis européenne. Elle a conquis le cœur de nombreux enfants avec la commercialisation de petits personnages articulés au visage arrondi. Elle a ensuite traversé les décennies en renouvelant régulièrement ses univers, l’espace, les westerns, la science-fiction ou la Belle Époque, et en s’exportant au cinéma avec Playmobil, Le Film, sorti en 2019, qui a attiré plus de 360 000 spectateurs dans l’Hexagone. La marque s’appuie également sur une communauté de fans fidèles, qui se retrouvent lors de conventions et partagent leurs collections sur les réseaux sociaux. Le fabricant a par ailleurs bâti son développement international sur un système de licences, comme le rappelle Hugo Muller, collectionneur alsacien de 24 ans. Il en distingue deux modèles.

D’un côté, les licences de production, où « l’entreprise utilise des produits ou figurines Playmobil dans sa propre opération commerciale, comme McDonald’s avec ses menus enfants ou Kinder avec sa gamme Surprise ». De l’autre, les licences de distribution : la marque « fabrique ses produits en Europe puis accorde à certains distributeurs étrangers le droit de les commercialiser sur leur marché, comme Mattel aux États-Unis dans les années 1970 ». Ce maillage international, désormais bien établi dans les pays occidentaux, se prolonge aujourd’hui vers de nouveaux territoires, comme le souligne Hugo Muller : « On observe une émergence sur certains marchés, notamment en Amérique du Sud, au Mexique et dans plusieurs pays d’Asie, comme la Corée du Sud ou la Thaïlande. Des communautés de collectionneurs s’y créent et la marque y semble très attentive. »

« Aujourd’hui, la stratégie de Playmobil consiste notamment à séduire les adultes en développant des jouets de licence comme Porsche ou Mercedes-Benz », observe Yoan Castel. Preuve de son caractère transgénérationnel et de son ancrage dans la culture populaire, le musée des Arts décoratifs de Paris avait accueilli en 2010 l’exposition « Il était une fois Playmobil ». D’autres institutions poursuivent aujourd’hui ce dialogue, à l’image du musée de la Résistance et de la Déportation de l’Ain avec « La vie rétro en Playmobil, de 1930 à 1950 ».
Trois profils de collectionneurs de Playmobil
Parmi les passionnés de Playmobil, on peut distinguer au moins trois profils. Il y a d’abord les dioramistes, qui achètent en masse afin de créer des scènes à partir de figurines et d’accessoires Playmobil pour raconter une histoire ou reconstituer un univers miniature, et qui se spécialisent dans un ou deux univers.

Hugo Muller en est l’un des plus éminents représentants en France : en juin 2025, il a par exemple exposé en Alsace une reproduction du Palais du Louvre en Playmobil sur près de 140 m². Viennent ensuite ceux qui, indifférents à la valeur marchande des Playmobil, les achètent au coup de cœur. Enfin, il y a les collectionneurs attentifs à la cote, qui privilégient les pièces sous blister « qui ont une valeur marchande bien plus grande ».
Trains, XXL et éditions exclusives : les Playmobil les plus recherchés
Les pièces les plus recherchées sont les trains, « comme la gamme échelle G issue du partenariat Playmobil-LGB (1980-1996) » précise Yoan Castel, « ou ceux de l’univers western, comme la locomotive western de 1987 » ajoute Hugo Muller. Autres raretés, les éditions exclusives : « Je pense au roller-coaster de 1989 commercialisé par Epoch uniquement au Japon et seulement pendant un an. » Yoan Castel en a acheté un, dejà ouvert, en 2024, mais les exemplaires scellés se négocient entre 8 000 et 10 000 euros sur les sites de revente. Il y a aussi les Playmobil originaux, ceux de 1974 : « l’indien, le chevalier et l’ouvrier du bâtiment, que l’on reconnaît grâce à un poinçon spécifique présent sur les moules de 1974. Les plus récents ont « 1974 » sur leur semelle. »

Un intérêt pour les Playmobil vintage qui s’inscrit dans un mouvement plus général en faveur du rétrogaming, favorisé par « un sentiment de nostalgie chez les adultes envers les objets de leur enfance », comme nous l’a confié l’expert Camille Coste. Hugo Muller abonde dans ce sens : « L’émotion et la nostalgie sont essentielles : on recherche souvent les produits que l’on a connus enfant ou simplement le plaisir de retrouver l’univers des rayons de jouets. »
Enfin, ce sont les Playmobil XXL, « ceux de 160 cm qui sont recherchés, notamment par thème ». Ainsi, en 2022, Artcurial avait vendu un Agent secret XXL fabriqué en 2010 pour 3 149 euros, soit le double de son estimation, ou encore un Pirate XXL usiné en 2019 pour 1 968 euros. « Globalement, la cote des Playmobil est restée stable ces dernières années, voire ces dernières décennies, bien que l’épisode du Covid et ses confinements aient marqué un réel regain d’intérêt pour la marque, et par conséquent une augmentation de la demande. »
Une vente exceptionnelle à Paris en septembre
La vente caritative organisée par Pestel-Debord le 26 septembre en association avec Playmobil au profit de l’association « CéKeDuBonheur » sera un rendez-vous à ne pas manquer pour les fans de la licence. « Elle devrait intéresser les curieux, mais aussi les fans de France et d’Europe, notamment ceux d’Espagne et d’Allemagne, pays dans lesquels la communauté est bien organisée », estime Yoan Castel.

Outre sa qualité de grande première, cette vente se distingue par le caractère inédit et unique des Playmobils vendus. Hugo Muller, qui, à la demande du fabricant allemand, a constitué un panel d’experts avec Yoan Castel et Dominique Bethune pour estimer les lots, le confirme : « Les produits proposés dans cette vente par Playmobil n’ont jamais été commercialisés. » Et pour cause, ils étaient utilisés sur les salons du jouet pour mettre en avant la marque, et exposés au Playmobil FunPark de Fresnes (fermé en 2022). Et si on lui demande quel est son lot préféré, Yoan Castel répond sans hésiter : « le très peu exposé troll géant » . Il est estimé entre 500 et 1 500 euros.