Le 29 juillet 2021 | Mis à jour le 29 juillet 2021

Comment dater une horloge comtoise du XVIIe siècle ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Les décors, matériaux et mécanismes des horloges comtoises, apparues autour de 1660, évoluent tout au long du XVIIe siècle. Pour les différencier et les dater précisément, le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale étudie scrupuleusement leur cadran et leur fronton. Décryptage.

 

Selon la légende, les frères Mayet, forgerons de leur état, fabriquèrent autour de 1660 les premières horloges comtoises. Celles-ci sont massives et sans ornement. Un simple cercle de laiton faisait office de cadran et une seule aiguille indiquait l’heure. On considère que c’est vers 1700 qu’apparut la comtoise telle que nous la connaissons. Les frontons sont simples, en laiton découpé, avec parfois des écoinçons (photo n° 1). Les cadrans sont en laiton à chiffres romains gravés et l’heure est indiquée par une ou deux aiguilles. Sur les modèles les plus luxueux, le cadran peut être en laiton fondu et ciselé, avec cartouche d’émail à 12, 24 ou 25 pièces (photo n° 2). A partir de 1755, le cadran en émail blanc à chiffre noir est importé de Suisse, mais son prix très élevé en limite considérablement l’utilisation. Ce n’est réellement qu’à partir de 1765 que se généraliseront les grands cadrans émaillés. C’est d’ailleurs à cette date que Perrard-Petit-Valet de Marez implanta un atelier d’émaillage. Il fit venir le maître-émailleur David Huguenir d’Othaux qui lui enseigna l’art et la manière de passer et fondre l’émail sur cuivre.

 

 

Le décor des frontons

A partir de 1700, les frontons, dits de la première époque, sont en laiton découpé avec quatre écoinçons identiques (photos n° 3 et 4). De 1750 à 1810, les frontons en laiton fondu se généralisent. Ceux de cette époque sont les plus beaux, ils sont repris à la main après moulage. Les décors expriment toujours un symbole. Par exemple, les symboles de la Royauté sont les coqs et oisillons, le soleil flamboyant, les coqs et angelots, les fleurs de lys en cartouches. Les symboles révolutionnaires sont sous la Constituante les coqs et oisillons et la chaîne de l’union, puis dans le cartouche « aux deux mains », le symbole de la fraternité, le bonnet phrygien et les droits de l’homme.

 

 

Les styles de cadrans

Chronologiquement, les plus anciens cadrans sont des cercles de laiton ou d’étain. Apparaissent ensuite les cadrans « à cartouches » et, en dernier lieu, les grands cadrans émaillés. Sous Louis XV, on peut trouver soit des cartouches, soit des grands cadrans émaillés. Les mouvements à un mois ont des trous de remontage percés en bas du cadran (photo n° 11) ou même à l’extérieur de celui-ci (photo n° 9). Une caractéristique des grands cadrans du XVIIIe siècle : les chiffres des minutes inscrits en chiffres arabes sont indiqués en face de chaque chiffre romain marquant les heures. Sur ceux du XIXe siècle ne sont inscrits que les chiffres arabes 15, 30, 45 et 60. Sur tous les cadrans XVIIIe et début XIXe, les cartouches émaillés étaient fixés sur le cadran à l’aide de petites tiges soudées à l’envers du cartouche. Cette petite tige était percée d’un trou dans lequel passait une clavette de fixation après avoir traversé le cadran. Sous Napoléon III, la fixation du cartouche se faisait par deux petites tiges également soudées à l’envers de celui-ci et que l’on tordait après avoir traversé le cadran.

 

A lire aussi | Comment dater une horloge comtoise du XIXe siècle ?

 

 

Article rédigé par Jacques Dubarry de Lassale, en collaboration avec René Itard.

Photo en Une : Détail d’une horloge de parquet avec mouvement de Comtoise à gaine droite, à panneaux de style sobre de la Bourgogne, fronton à coq et cadran à vingt-cinq pièces. Fin du XVIIIe siècle. Horloge adjugée 533 euros le 25 juin 2021 par la maison Chayette et Cheval. 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

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