Un grand format issu de la célèbre série sur les Touaregs de Paul Jouve (1878-1973), ainsi qu’un bronze de sa jeune panthère Toumba, figureront parmi les pièces vedettes de la vente « Les Phares » organisée par la maison Farran le 31 mai à Montpellier.
Vendus ou offerts par Paul Jouve à son ami Paul Noir, marchand installé en Afrique de l’Ouest ayant fait fortune dans la vente de bigoudis, la peinture et le bronze, respectivement intitulés Tahoua Niger et Jeune Panthère, ont été réalisés à la suite de la traversée du Sahara occidental entreprise par cet artiste voyageur en février 1931. Demeurées dans la famille Noir pendant près d’un siècle, ces deux œuvres, inédites sur le marché, seront mises aux enchères à l’occasion de la vente « Les Phares » de la maison Farran le 31 mai prochain. Chacune est estimée entre 60 000 et 100 000 euros.
Exploration du Sahara
Lors de son exploration du Sahara occidental, qu’il fut l’un des premiers à traverser, Paul Jouve fit la découverte des Touaregs, peuple originellement nomade dont l’essentiel de la population se trouve sur le territoire du Niger. Marqué par cette rencontre, le peintre réalisa de nombreux tableaux sublimant leurs fières attitudes, leurs regards perçants et leurs vêtements comme le chèche.
« Notre tableau peut-être associé à cette série, même s’il ne représente pas un Touareg mais le page de Paul Jouve, issu d’une des familles nobles de la région au sein desquelles l’artiste fut reçu, et non pas un membre de la communauté des Touaregs », explique le commissaire-priseur Jacques Farran. Le tableau se distingue par ses dimensions monumentales (201 x 81 cm).« C’est un tableau de Salon, plus grand que nature. Par sa monumentalité, il rend compte de la fascination de Paul Jouve pour ce peuple. En plus, il avait le sens du détail : le cadre d’origine, avec lequel la toile est vendue, est orné de couleurs faisant écho à celles du tableau. »

Enfant, Paul Jouve apprend son art en s’exerçant à dessiner sa chatte Fina. Cette fascination précoce pour les félins ne le quittera plus. À son retour d’Afrique, il ramène avec lui deux panthères, Toumba et Marraghem, qui deviennent rapidement ses modèles de prédilection et nourrissent une œuvre où le fauve s’impose comme figure majeure de son bestiaire. En 1932, il fit fondre, selon le procédé de la cire perdue, trois épreuves grandeur nature de Jeune Panthère (inspirée des traits de Toumba), des bronzes sur lesquels on distingue clairement toutes les traces de modelage. « Paul Jouve était très sensible aux qualités des fontes ; c’est pour cette raison qu’il préféra cette méthode de moulage de précision. De plus, il fit appel aux services d’Alexis Rudier, un fondeur réputé qui travailla notamment pour Auguste Rodin, Aristide Maillol ou encore Paul Dardé. »

Des œuvres inédites et une provenance claire
Estimés chacun entre 60 000 et 100 000 euros, « des estimations attractives », les deux lots présents au catalogue de la vente sont dans un « très bon état de conservation, la fonte est même dans un état parfait. Cela notamment grâce au fait qu’ils soient restés dans la même famille, limitant leurs déplacements ». Jacques Farran souligne le caractère exceptionnel de la vente : « En plus d’une provenance claire, nous avons un chef-d’œuvre en grand format et le dernier exemplaire disponible d’un bronze. » Cette épreuve est en effet la dernière à arriver sur le marché, l’une ayant été acquise par le Musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt, et l’autre se trouvant dans une collection américaine.
Un nouveau record mondial établi en mars
Les récents résultats enregistrés en vente publique sont de bon augure. En mars dernier, un grand format (291 x 340 cm) de l’artiste, intitulé Éléphants sacrés de Madura (1926), a été vendu chez Sotheby’s Paris pour 768 000 euros (frais inclus), triplant son estimation haute et établissant un nouveau record mondial aux enchères pour l’artiste. En 2022, un portrait de la même série consacrée aux Touaregs, Targui debout, au format et au cadre quasi identiques, a été adjugé 101 400 euros (frais inclus) par Delon-Hoebanx à Paris, dépassant largement son estimation. Côté sculpture, fin 2023, la maison Ader a vendu pour 102 400 euros (frais inclus) un autre bronze de l’une de ses panthères, aux dimensions plus modestes.
Le 31 mai, les deux lots seront loin d’être les seuls à retenir l’attention, le catalogue comptant notamment une huile sur toile représentant un bouquet de fleurs de Bernard Buffet, Zinnias (estimation : 60 000 – 100 000 euros), mais également une bouteille de Château d’Yquem de 1811 estimée entre 60 000 et 80 000 euros.