Le Cimabue vendu à Senlis reconnu trésor national

23/12/2019

Adjugé à 24,18 millions d’euros le 27 octobre dernier à Senlis, le panneau de Cimabue a été classé trésor national, le ministère de la Culture ayant refusé la délivrance de son certificat d’exportation. Reconnue comme majeure et inédite, l’œuvre pourrait ainsi rejoindre la Maesta du maître italien conservée au musée du Louvre.

 

Le 27 octobre à Senlis, le groupe Actéon enregistrait la plus haute enchère de l’année en France avec un panneau de Cimabue adjugé à 24,18 millions d’euros. Découvert chez une nonagénaire près de Compiègne, décédée peu de temps après la vente, le tableau avait été acheté, sans certificat d’exportation, par le couple de milliardaires chiliens Alvarro Saieh Bendeck et Anne Guzman Ahnfelt, propriétaires de la prestigieuse collection Alana à l’honneur jusqu’au 20 janvier 2020 au Musée Jacquemart-André à Paris. Devant cette envolée d’enchères historique, le musée du Louvre, dont un représentant présent en salle était prêt à préempter semble-t-il à hauteur de 15 millions d’euros, n’avait finalement pas pu se positionner, faute de fonds suffisants. Mais à l’issue d’une étude approfondie de la part de la Commission consultative des trésors nationaux, le ministre de la Culture Franck Riester a annoncé ce 23 décembre dans un communiqué qu’il refusait d’octroyer le certificat d’exportation, « conférant ainsi le statut de trésor national pour une période de trente mois ». Ce délai, qui s’ouvrira à compter de la notification de la décision au propriétaire du tableau, doit permettre à l’Etat français de réunir les fonds nécessaires pour acquérir cette oeuvre « majeure et inédite » et l’accrocher aux côtés de la Maesta du maître italien conservée au musée du Louvre. « Grâce au temps donné par cette mesure, tous les efforts pourront être mobilisés afin que cette œuvre exceptionnelle vienne enrichir les collections nationales », a déclaré le ministre dans un communiqué. 

En savoir plus | Un panneau de Cimabue s’envole à 24,2 millions d’€ à Senlis

 

Cimabue, « Le Christ moqué ». Élément d’un panneau de dévotion. Peinture à l’oeuf et fond d’or sur panneau de peuplier H. 25,8 cm ; L. 20,3 cm en tout H. 24,6 cm ; L. 19,6 cm, surface picturale. Epaisseur actuelle : 1,2 cm.

 

Une fois le classement notifié aux propriétaires, ces derniers devront informer l’Etat de tout déplacement de l’œuvre. L’Etat aura quant à lui trente mois pour faire une offre d’achat. « Je suis honoré d’avoir contribué à la découverte d’un tableau qui, après avoir été porté aux nues, en devenant le tableau primitif le plus cher au monde, est désormais classé trésor national, a déclaré Dominique Le Coënt-de Beaulieu. Mais j’espère que cette décision de l’Etat est accompagnée d’une réelle volonté d’acquérir le tableau. L’Etat ne peut pas d’une part bloquer la transaction et d’autre part exiger aux vendeurs héritiers de s’acquitter de quelque 9 millions d’euros de droits de succession. »  

Conformément à l’article L121-1 du Code du patrimoine, l’offre d’achat devra « tenir compte des prix pratiqués sur le marché de l’art international ». « La vente de Senlis a été particulièrement importante car elle a permis de donner une cote à cet artiste dont aucune œuvre n’était jusqu’alors passée sur le marché. Elle a servi de base aux négociations. Mais il est évident que les propriétaires de l’œuvre n’accepteront pas de s’en dessaisir au prix d’adjudication, soit 24,18 millions d’euros. Ils ont eu à leur charge de nombreux frais tels que les frais d’assurance. Mais ils sont aussi les propriétaires de l’une des plus belles collections de peintures primitives au monde et accueillir un Cimabue est pour eux quelque chose de mythique. Cette décision leur appartient et ils pourraient très bien souhaiter le conserver toute leur vie en France. Toutes les possibilités existent. »

 

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