Le 24 octobre, la maison Artemis Enchères présente à Puilboreau, aux portes de La Rochelle, un Petit Ours en bronze de François-Xavier Lalanne (1927-2008). Fondu en 1986, numéroté 1/8 et acquis directement auprès de l’artiste, il est estimé entre 200 000 et 300 000 euros.
Le Petit Ours de François-Xavier Lalanne a été édité à huit exemplaires. Celui-ci en porte le numéro 1 et a donc été coulé le premier par la fonderie Bocquel, le 22 octobre 1986. Acquis auprès de l’artiste, il a traversé près de quatre décennies au sein d’une même famille sans jamais apparaître sur le marché. La commissaire-priseur Constance Bouyer, accompagnée des experts du cabinet Lacroix-Jeannest, le présente le 24 octobre aux enchères, avec l’ensemble de la collection familiale.
Un Petit Ours choisi dans l’atelier de Lalanne à Ury
Ce bronze a été choisi par le père des actuelles propriétaires, dans la demeure-atelier que le couple Lalanne occupait à Ury, en Seine-et-Marne. Il s’y était rendu dans le seul dessein d’acquérir un bronze et en mesurait pleinement la portée, comme le rapporte Constance Bouyer : « Avant de mourir, il a dit à sa fille que cette sculpture avait de la valeur, que c’était quelque chose d’important. »
L’œuvre revient aujourd’hui à ses deux filles, l’une établie en Angleterre, l’autre à La Rochelle. C’est dans l’appartement rochelais de cette dernière qu’elle était conservée, au milieu d’une collection dont la vacation disperse plusieurs pièces, à l’instar de La Rivière enchantée d’Antoine-Héron de Villefosse, illustrée de lithographies originales de Foujita et estimée 10 000 euros. Le défunt ayant vécu dans la région de Dijon, l’ensemble compte aussi des pièces d’argenterie du XVIIIe siècle d’inspiration bourguignonne, avec plusieurs tastevins, ainsi que des arts d’Asie, du mobilier et des objets d’art.

Le premier exemplaire fondu par Bocquel
Le Petit Ours voit le jour vers 1984-1985, à une époque de création féconde. François-Xavier Lalanne expose alors avec son épouse Claude à Paris comme aux États-Unis, et délaisse un temps les sculptures-meubles qui avaient fait sa renommée au profit d’un bestiaire plus figuratif. Dressé sur ses pattes arrière, les oreilles tendues, l’animal se fige dans une attitude d’affût. Une ciselure profonde et géométrique en souligne la musculature et les volumes.
Sa ressemblance avec les sculptures de François Pompon s’impose d’emblée, mais Constance Bouyer la tempère : « Rien n’indique qu’il s’en soit inspiré. Comme Pompon, il allait au zoo, au Jardin des Plantes, observer les animaux. Mais il avait sa propre vision, cette façon de construire en volumes géométriques, que l’on retrouve dans ses singes ou ses moutons. » Là où Claude Lalanne puisait volontiers dans le règne végétal, François-Xavier s’est voué presque entièrement au monde animal.
Le prix de ce bronze tient avant tout à son rang dans l’édition. « On a le numéro 1, le premier qui a été fondu, avec sa date de fonte au jour près, souligne la commissaire-priseur. Il a été acheté directement auprès de l’artiste et n’est jamais sorti de la collection familiale. »

La cote de Lalanne toujours euphorique
Le marché, lui, ne montre aucun signe d’essoufflement. « L’euphorie est toujours là, constate Constance Bouyer, les prix continuent de monter. » Pour preuve, citons les quelque 31,4 millions d’euros remportés par un Hippopotame Bar en décembre dernier chez Sotheby’s à New York.
Les collectionneurs américains, britanniques et français devraient se disputer l’œuvre, même si « les gens avancent masqués ». L’intérêt d’une institution n’est pas exclu, sous réserve de budget : « Le musée des Arts décoratifs, par exemple, pourrait être intéressé. Ils ont le rhinocéros. »
Une vente à la Villa Rosa, près de La Rochelle
Pour l’occasion, la vente se tiendra à la Villa Rosa, un tiers-lieu bâti en pierre de taille, doté d’un restaurant et agrémenté d’un jardin. Pour Constance Bouyer, cette vente revêt une résonance singulière. Formée chez Equinia, où elle dirigeait des ventes de chevaux de sport, elle a fondé Artemis Enchères en août 2024 et tenu ses premières vacations en avril 2025. « Pour une toute jeune maison, se voir confier une telle œuvre, c’est une grande émotion », confie-t-elle.
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