Le 5 décembre 2023 | Mis à jour le 5 décembre 2023

Pont Aven, les Nabis et l’académie Julian, le triangle magique aux enchères à Brest

par Clémentine Pomeau-Peyre

Autour de l’année 1890, un bouillonnement artistique autour de Gauguin et de Sérusier donne naissance à la fois à l’école de Pont-Aven et au mouvement des Nabis. La vente du 9 décembre de l’étude Thierry-Lannon & Associés, à Brest, accueillent plusieurs artistes de l’époque.

 

« L’école de Pont-Aven n’est pas une école régionale, affirme d’entrée de jeu Philippe Lannon, c’est un chaînon de l’histoire de l’art, qui permet le passage vers le contemporain ». Le travail de Gauguin, Sérusier, Bernard, Maufra, en partie accompli dans cette petite ville bretonne, représente effectivement une étape essentielle de l’art moderne. 

 

Un tableau de Sérusier au format japonisant

De cette école qui n’en est pas une, le commissaire-priseur de Brest présente un bel ensemble d’œuvres dans sa vente du 9 décembre. À commencer par un très beau tableau de Paul Sérusier, Bretonne et sa vache devant la chaumière d’Héléna au Pouldu (80 000 à 120 000 euros), d’un format étonnant (110 x 59 cm) dû au fait qu’il a été travaillé comme un vantail de paravent. « Gauguin vient à Pont-Aven en 1886, Sérusier qui est plus jeune vient le voir plusieurs fois, il va bien sûr travailler sous son influence, détaille Philippe Lannon, ce tableau est aussi très japonisant, par son format, et une économie de matière volontaire qui a mené le peintre à utiliser la toile comme fond ». Cette œuvre est datée de 1890, soit deux ans après la toile du même Sérusier intitulée Le Talisman (exposée au musée d’Orsay), et qui porte l’inscription « Fait en octobre 1888, sous la direction de Gauguin, par P. Sérusier, Pont-Aven ». Le Talisman est considéré comme le manifeste fondateur des Nabis. « Pont-Aven, l’académie Julian et les Nabis, c’est le triangle magique, les Nabis sont nés de débats au sein de l’Académie, au moment où Sérusier rentre à Paris », ajoute le commissaire-priseur. Ecole privée de peinture, l’Académie Julian est fondée en 1866 à Paris par Rodolphe Julian. Et c’est bien dans ses ateliers que le petit groupe de peintres formé par Sérusier, Gauguin, Pierre Bonnard, Maurice Denis… se forme et prend le nom de Nabis. 

 

Paul Sérusier (1864-1927), « Bretonne et sa vache devant la chaumière d’Héléna au Pouldu ». Huile sur toile monogrammée bd circa 1890. 110 x 58 cm. Estimation : 80 000 – 120 000 euros.

 

De Maurice Denis à Emile Jourdan

Surnommé « le Nabi aux belles icônes » (chaque membre du mouvement avait son propre surnom), Maurice Denis est représenté au catalogue par Marthe et sa sœur recevant Jésus (8 000 à 10 000 euros). Il est considéré comme le théoricien du mouvement. « Dans l’esprit de Bonnard mais plus tardif, il y a aussi Albert Clouard », indique le commissaire-priseur. Le lien paraît effectivement clair lorsque l’on regarde le tableau Parc animé, le jardin du Thabor par Clouard, proposé à partir de 6 000 euros.  Emile Jourdan a lui fréquenté l’Académie Julian, et fait des séjours à Pont-Aven à partir de 1886, pendant lequel il fait la connaissance de Gauguin. Deux de ses toiles sont au programme de la vente : Bretonnes devant l’âtre (8 000 à 10 000 euros) et La Chapelle de Lanriot au clair de lune (25 000 à 30 000 euros). C’est un artiste rare en ventes publiques car il a détruit une bonne partie de sa production… 

 

Maurice Denis (1870-1943), « Marthe et sa soeur recevant Jésus sur la terrasse de Silencio à Perros Guirec ». Huile sur toile mbg 37 x 30 cm. Estimation : 8 000 – 10 000 euros.

 

La bouillonnante Pont-Aven des années 1890

Et parmi les autres peintres liés à l’école de Pont-Aven, citons Maxime Maufra, dont les séjours dans la ville bretonne coïncident également avec ceux de Gauguin et de Sérusier. Son Bord de rivière en Bretagne (8 000 à 12 000 euros) est daté vers 1895, juste après un séjour au Pouldu, tout comme l’aquarelle et fusain Parc de Flamanville (2 500 à 3 000 euros). « Sans oublier que Pont-Aven, dans cette période bouillonnante entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, a aussi attiré des artistes étrangers, anglais ou américains, certains étaient là avant Gauguin et sa révolution », s’exclame Philippe Lannon. Il parle entre autres de l’Américain Thomas Hicks, avec une Rue de Rozambidou à Pont-Aven (1 500 à 2 000 euros), du Néo-zélandais Sydney Louph Thompson ou de l’Irlandais William John Leech, tous deux présents dans la vacation avec des vues de Concarneau (estimées respectivement 10 000 à 15 000 euros et 8 000 à 10 000 euros). 

 

Maxime Maufra (1861-1918), « Bord de rivière en Bretagne ». Huile sur panneau (Blanchet) sbd circa 1895. Estimation : 8 000 – 12 000 euros.

 

Un artiste à part, Mathurin Méheut

Le commissaire-priseur ne veut pas laisser de côté un autre artiste, même s’il ne fait pas tout à fait partie des mêmes courants, et qu’il est plus tardif : « Mathurin Méheut a eu un parcours incroyable, il est allé au Japon en 1914 grâce à une bourse, et il a beaucoup peint la Bretagne sans être non plus ce que l’on appelle un peintre régionaliste ». Preuve est donnée dans la vente du 9 décembre, avec trois importantes gouaches Kerhorres au repos, Sardiniers devant Camaret et Camaret quai animé (40 000 à 60 000 euros chacune). 

Enchérir | Suivez la vente Tableaux modernes et écoles bretonnes du 9 décembre en live sur interencheres.com

 

 

 

Haut de page

Vous aimerez aussi