Un carrousel d’exception en vente en Normandie pour le Nouvel An
Le jour de l’An, la maison de ventes Roquigny présentera aux enchères un carrousel du début du XXᵉ siècle. Un type de lot rarement proposé dans les salles de ventes.
À l’occasion de sa « Belle vente du 1er janvier », le commissaire-priseur Bruno Roquigny proposera plusieurs pièces remarquables de natures diverses. Un tableau de l’impressionniste Blanche Hoschedé-Monet sera ainsi présenté aux enchérisseurs aux côtés d’un carrousel centenaire, dont certains éléments auraient très probablement été réalisés par deux artisans majeurs de cette période : le menuisier Alfred Chanvin et le sculpteur Gustave Bayol. Le manège est estimé entre 50 000 et 80 000 euros.
Gustave Bayol : un pionnier des arts forains
Gustave Bayol. Ce nom ne nous évoque sans doute rien, et pourtant il s’agit de l’un des pionniers des arts forains français modernes. Sculpteur d’origine provençale installé à Angers, il accepte à la fin des années 1880 la commande d’une série de chevaux de bois pour un manège. Son client, un forain impressionné par le char « Pégase » qu’il avait réalisé pour le carnaval de la même année, voit dans son talent un moyen de se démarquer de ses confrères.

Éléments du carrousel en bois démonté avec 28 animaux, début XXe siècle. Estimation : 50 000 euros – 80 000 euros.
Il lui demande de ne pas imiter le style allemand, caractérisé par une ornementation abondante et des couleurs vives. Bayol adopte dès lors une approche plus sobre, représentant avec réalisme les attributs du cheval domestiqué : crinière, queue, selle et harnachement. Ses choix rencontrent un franc succès, au point qu’il devient l’un des pionniers de ce qui sera bientôt désigné comme le style français.
Comment construire un carrousel ?
Par la suite, Bayol développe considérablement ses activités. Il réalise notamment un immense char pour le cirque Pinder en 1895 et s’associe, au tournant du XXᵉ siècle, à l’industriel Charles Detay pour fonder la Société angevine des industries foraines. Cette entreprise lui permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne de production de ses carrousels. Jusqu’à une centaine de menuisiers, sculpteurs, peintres et tourneurs y travaillent, enrichissant les décors des manèges et élargissant le bestiaire de Bayol avec des animaux toujours plus expressifs.

Éléments du carrousel en bois démonté avec 28 animaux, début XXe siècle. Estimation : 50 000 euros – 80 000 euros.
Le manège de la tour Eiffel
Dans cet exercice, un autre sculpteur excellait : l’Icaunais Alfred Chanvin, dont certaines créations, à l’instar de celles de Gustave Bayol, auraient été intégrées aux vingt-huit animaux de bois composant le carrousel proposé à la vente. « Malgré l’érosion due à l’usage et à un stockage peu optimal, les écussons d’Alfred Chanvin apparaissent sur les cochons et sur un cheval. D’autres sculptures ont été attribuées à Gustave Bayol par un expert il y a deux ans », précise Bruno Roquigny. Installé au pied de la tour Eiffel dans les années 1970, ce carrousel a ensuite été offert par sa propriétaire à sa nièce, qui l’a entreposée en Normandie avant de décider de s’en séparer. Il sera vendu démonté.
Un bien rare aux enchères
Les carrousels restent rares sur le marché français des enchères, mais trouvent néanmoins preneurs. En 2019, la maison Bonhams Cornette de Saint Cyr a vendu un carrousel signé Alfred Chanvin et Karl Müller pour 48 360 euros (avec compris). L’année précédente, la même maison proposait un manège composé de deux chevaux de bois de Gustave Bayol, adjugé 125 736 euros (avec frais).

Éléments du carrousel en bois démonté avec 28 animaux, début XXe siècle. Estimation : 50 000 euros – 80 000 euros.
Pour cette vente, Bruno Roquigny a toutefois choisi des estimations prudentes, entre 50 000 et 80 000 euros, le manège n’étant pas complet, certaines sculptures ainsi que le système métallique du carrousel, élément essentiel de la structure, manquent. Des restaurations seront également nécessaires. Pour autant, « plusieurs forains attachés aux fabrications historiques ont déjà manifesté leur intérêt. »
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