Le 13 novembre 2019 | Mis à jour le 21 novembre 2019

Un tableau de Bernardino Luini, disciple de Léonard de Vinci, adjugé à 2,3 millions d’€ à Paris

par Diane Zorzi

Alors qu’au musée du Louvre, l’exposition consacrée à Léonard de Vinci bat son plein, une huile sur panneau de Bernardino Luini, l’un de ses plus brillants élèves et assistants à qui plusieurs experts ont attribué le Salvator Mundi, a été adjugée à 2,3 millions d’euros le 14 novembre par la maison Aguttes à Paris. Acquise par un collectionneur non européen, elle constitue l’une des productions majeures du peintre de l’école lombarde du XVIe siècle.

 

La Vierge à l’Enfant avec Saint Georges et un ange musicien de Bernardino Luini (v. 1480-1532) n’est pas inconnue du marché de l’art. Elle a été acquise à près de 200 000 euros le 6 juillet 2017 à Londres par un collectionneur vivant en Allemagne, alors qu’elle faisait partie de la prestigieuse collection de Sir Francis Cook (1817-1901). Le 14 novembre, elle était proposée à nouveau aux enchérisseurs, avec une différence de taille : elle était estimée entre 1,8 et 2 millions d’euros. A cela deux raisons : l’œuvre est considérée comme l’une des productions majeures du peintre depuis qu’une campagne de restauration a été menée et elle est mêlée à l’une affaires les plus médiatisées du marché de l’art, l’attribution du Salvator Mundi.

 

Bernardino Luini (~1481 – 1532), Vierge à l’Enfant avec Saint Georges et un ange musicien, huile sur panneau, 103.5 x 79.5 cm. Estimation : 1,8 – 2 millions d’euros.

 

Bernardino Luini, dans l’ombre de Léonard

Artiste incontournable de la Renaissance, considéré comme l’un des plus brillants élèves et disciples de Léonard de Vinci, Bernardino Luini fut pourtant oublié au fil des siècles. « Cet oubli est dû à une erreur commise par Giorgio Vasari (1511-1574), le biographe des peintres importants, qui l’appelle ‘di Lupino’ dans son ouvrage Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550) », explique Grégoire Lacroix, directeur du département des tableaux anciens au sein de la maison Aguttes. Loué par l’auteur comme un peintre « éminemment délicat, vague et honnête dans ses figures », valant « aussi bien dans la peinture à l’huile qu’en fresque », Bernardino Luini est finalement redécouvert au XIXe siècle, surnommé alors le « Raphaël de Lombardie ». « De grands auteurs tels que Stendhal recommandaient d’ailleurs au public d’aller voir ses fresques à Saronno. »

Mais, de longues années durant, son talent indéniable lui vaut d’être confondu à son maître, Léonard de Vinci. « Nombre de ses œuvres furent attribuées à Léonard de Vinci, avant de lui être rendues grâce aux recherches menées en histoire de l’art » – ainsi le Christ parmi les médecins, conservé à la National Gallery de Londres. « En 2014, une exposition majeure lui est consacrée au Palazzo Reale de Milan, mais c’est surtout la vente spectaculaire en 2017 du Salvator Mundi adjugé à plus de 450 millions de dollars qui replace Bernardino Luini sous le feu des projecteurs. » En effet, l’œuvre la plus chère du monde lui était initialement attribuée et l’est encore aujourd’hui par plusieurs experts(*). C’est dans ce contexte que le propriétaire de la Vierge à l’Enfant avec Saint Georges et un ange musicien a sollicité la maison de ventes Aguttes, profitant de ce regain d’intérêt autour de Bernardino Luini. Ça n’est d’ailleurs pas un hasard si l’histoire de la Vierge à l’Enfant avec Saint Georges et un ange musicien se mêle aujourd’hui à celle du Salvator Mundi. Les deux tableaux avaient été acquis vers 1900 par l’un des plus grands collectionneurs britanniques, Sir Francis Cook, alors à la tête d’une importante firme de textile en Angleterre.

 

 

Un chef-d’œuvre révélé

Pour révéler tous les atours de ce chef-d’œuvre, une vaste campagne de restauration a été menée. « Lorsque nous avons découvert le tableau, son effet était loin de provoquer l’émotion que peut susciter une œuvre aussi importante de la Renaissance, décrit Grégoire Lacroix. Le panneau avait subi plusieurs campagnes de restauration au fil du temps, tant et si bien qu’il était couvert de repeints grossiers qui figeaient les visages et d’un verni jaune qui altérait les coloris d’origineAussi, la campagne de restauration a consisté à retirer entièrement la retouche la plus récente, à alléger le vernis et à nettoyer partiellement la seconde couche de restauration. Le nettoyage a permis de dévoiler la beauté de la peinture : les modelés typiques de Luini dans les chairs, les couleurs vives des vêtements, telles le rose, le bleu et l’orange du manteau de la Vierge, ont retrouvé leur éclat. La redécouverte la plus importante réside quant à elle en le visage de l’Enfant Jésus. La texture transparente de la peau, le réalisme des chairs et la douceur du regard ont été mis au jour.»

Son lustre retrouvé, le panneau livre enfin tous ses secrets et apparaît aux experts comme une œuvre majeure datable de la fin de la carrière de Luini. « Il peut être interprété comme une synthèse des styles qu’il absorbe et fait siens. » Ainsi, des topoi de la Renaissance retient-il la composition structurée avec les figures disposées en un triangle symbolique, la succession des plans ou encore la percée vers le paysage italien se dessinant à l’arrière-plan. De même, de Léonard de Vinci reprend-t-il le sfumato, usant d’un subtil jeu d’ombre et de lumière pour donner vie à la chair de ses protagonistes. « En revanche, le tableau se distingue par la palette si particulière à Luini, composée de couleurs fraîches et vives tirées de sa pratique de fresquiste, ainsi que par le caractère sentimental plus appuyé des personnages, qui contribua certainement en son temps à sa grande popularité. »

 

 

(*) En août 2018, dans un entretien accordé au Guardian, l’historien de l’art anglais Matthew Landrus ravivait les débats autour de l’attribution du Salvator Mundi, affirmant reconnaître la pâte de Bernardino Luini. 

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