Un tableau découvert à Dijon adjugé à plus de 6 millions d’€ au Met
Découverte dans une maison dijonnaise, une peinture primitive exceptionnelle s’est envolée à 6,2 millions d’euros le 30 novembre sous le marteau d’Hugues Cortot. Attribuée au Maître de Vissy Brod, un peintre anonyme de la Bohème médiévale actif autour de 1350, elle était estimée autour de 400 000 euros et a été acquise par le Metropolitan Museum de New York.
Un mois après l’adjudication record à 24,18 millions d’euros d’un panneau de Cimabue, une nouvelle peinture primitive a créé la surprise ce samedi à Dijon. Estimée à plus de 400 000 euros, elle s’est envolée à 6,2 millions d’euros (frais compris), sous le marteau d’Hugues Cortot. Elle avait été retrouvée dans la maison d’une famille dijonnaise qui ne se doutait pas qu’elle possédait depuis des générations un tel trésor patrimonial. « Les propriétaires considéraient ce tableau comme un simple panneau décoratif et souhaitaient le vendre avec quelques pièces d’argenterie et des meubles de toilette sans grande valeur », raconte Maître Hugues Cortot. Confié au cabinet Turquin, le panneau est attribué au Maître de Vissy Brod, à l’issue d’un travail d’expertise particulièrement laborieux. « Stéphane Pinta ne s’est pas prononcé tout de suite. Il m’a indiqué que l’œuvre était complexe et qu’il lui fallait mener de plus amples recherches, jusqu’au jour où il m’a appelé en m’annonçant qu’il avait trouvé ! »
Un panneau de dévotion attribué au Maître de Vissy Brod
Artiste anonyme de la Bohème du XIVe siècle, le Maître de Vissy Brod doit son surnom à un retable exposé aujourd’hui à la Galerie Nationale de Prague et destiné à l’origine à un couvent cistercien de Vissy-Brod, une ville du Sud de la Bohème. « Les scènes représentant l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des mages et la Résurrection lui sont attribuées, tandis que les cinq autres épisodes sont considérés comme le produit de son atelier », détaille Stéphane Pinta, expert au cabinet Turquin. Réalisé autour de 1350, le tableau de Dijon constitue l’un des plus beaux témoignages du gothique international. « A cette époque, Charles IV (1316-1378), roi de Bohême et empereur du Saint-Empire romain germanique, était le souverain le plus puissant du monde chrétien. Il décida d’établir sa capitale à Prague et d’en faire l’un des grands centres politiques et artistiques en Europe.» Naissent ainsi la cathédrale de Saint-Guy (1344-1420), le château de Karlstein (1348-1365), l’université de Prague (1344-1420) et des créations picturales d’une grande préciosité, à l’image de ce tableau au dos duquel a été collée une petite toile imitant le marbre. « Cet art extrêmement raffiné, issu en grande partie de la miniature, était destiné à la haute aristocratie ou à la cour. Par la richesse de ses ornementations et de ses coloris, ainsi que par l’hyperréalisme dans le rendu des attitudes et des tissus, il se rapprochait de l’orfèvrerie et était conçu pour bluffer et éblouir le spectateur. »

Maître de Vissy Brod, Bohême, vers 1350, « La Vierge et l’Enfant en trône ». Panneau de dévotion, Peinture à l’œuf sur panneau de bois fruitier, 22 x 20 cm. Estimation : 400 000 – 600 000 euros. © Studio Sebert
Un fond architecturé découvert grâce à une radiographie
Conformément à la majorité des miniatures produites dans la Bohème du XIVe siècle, le panneau présentait à l’origine un fond architecturé encadrant le trône de la Vierge et composé de grandes arcatures, de pilonnes et d’une fenêtre. « C’est grâce à une radiographie que nous avons découvert cette composition sous-jacente. Elle avait été occultée au XIXe siècle par l’ajout d’un repeint noir et de petites étoiles collées en papier. Le but était probablement d’éviter que l’œil ne se disperse du sujet principal : la Vierge à l’enfant. » Aujourd’hui, l’œil est ainsi happé par la complicité qui unit les deux personnages, avec Jésus attrapant maladroitement son pied d’une main, tout en s’accrochant de l’autre au pouce de la Vierge. « Cet échange entre la Vierge et l’enfant est somptueux et tout à fait inédit dans les représentations médiévales. »

Un rare tableau acheté par le Metropolitan Museum de New York
La découverte de ce panneau du Maître de Vissy Brod constituait un apport majeur pour l’histoire de l’art. Moins de dix œuvres lui sont aujourd’hui attribuées et aucune n’était jusqu’alors passée sur le marché. « Ce tableau n’a pas d’équivalent et très peu de musées conservent au sein de leur collection de tels témoignages de la Bohème du XIVe siècle. » Ainsi, il rejoindra les collections outre-Atlantique du prestigieux Metropolitan Museum de New York.
Image en Une © Studio Sebert.
Vidéo © Artcento
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