Datée de 1920, une huile sur carton intimiste signée Louis Valtat est au programme de la vente du 28 mars chez Salorges Enchères Nantes. Une Leçon dans l’atelier de couture figurant probablement le fils de l’artiste.
Issu d’une collection privée des environs de Nantes, le tableau de Louis Valtat (1869-1952) que s’apprête à présenter en vente la maison Salorges Enchères était déjà connu du marché. « Il figure, avec sa photo, dans le Catalogue raisonné de Valtat publié en 1977 », précise l’experte Elisabeth Maréchaux. Sur cette Leçon dans l’atelier de couture figure probablement le fils de Louis Valtat, en train de travailler ses leçons dans l’atelier, avec devant lui les mannequins et les couturières en plein travail. « C’est une scène à la fois intimiste et assez amusante, aucun personnage n’est de face, il y a beaucoup de mouvement. Ce tableau donne l’impression d’avoir été saisi sur le vif, ce qui est accentué par le format carré comme s’il s’agissait d’une photo », analyse l’experte.
Louis Valtat, le protégé d’Ambroise Vollard
Le tableau est daté de 1920. A cette époque, Louis Valtat est installé avenue de Wagram à Paris avec son épouse Suzanne et leur fils Jean né en 1908. Il a déjà participé à l’exposition des Fauves au Salon d’automne de 1905 qui lance ce courant stylistique, et il est représenté par le marchand Ambroise Vollard, spécialiste de l’avant-garde à cette époque. Séduit par son talent, Vollard achète l’intégralité de son stock, lui offrant ainsi une sécurité financière et la possibilité de se concentrer sur la peinture. Pendant plus d’une décennie, Vollard expose régulièrement Louis Valtat dans sa galerie, et le présente à de grands collectionneurs, contribuant à sa visibilité sur la scène artistique parisienne. Malgré ce soutien, et celui de nombre de ses amis, la carrière de Valtat ne décolle jamais réellement. Artiste discret, il se tient loin des cercles mondains et refuse de s’associer à un mouvement. Fauve sans en porter l’étiquette, tour à tour nabi et néo-impressionniste, il demeure à la croisée de plusieurs avant-gardes.

Un tableau de 1920 estimé entre 18 000 et 22 000 euros
Malgré son rôle clé dans le développement de la peinture moderne, Louis Valtat a été longtemps relégué à une place secondaire dans l’histoire de l’art. A cela, plusieurs raisons, comme sa discrétion personnelle et son refus de s’associer pleinement aux cercles artistiques influents de l’époque. Son œuvre a depuis été réhabilitée, à la faveur d’expositions rétrospectives, comme celle organisée au musée de Lodève en 2011, tant et si bien qu’il est aujourd’hui reconnu comme un pionnier de la modernité et ses œuvres jouissent d’une cote soutenue sur le marché. « C’est un artiste toujours recherché aujourd’hui, qui se vend bien, remarque Elisabeth Maréchaux. Mon estimation de 18 000 à 22 000 euros me semble assez raisonnable ». En témoigne l’adjudication de 43 978 euros remportée en 2022 à New York par un Atelier de couture parisien, un tableau au sujet similaire et peint également dans les années 1920.