Le 27 octobre à Poitiers, la maison Boissinot Tailliez présentera aux enchères une rare broche Art nouveau signée René Lalique. Baptisée « La Sylphe ailée », cette pièce emblématique illustre la créativité du maître joaillier à la charnière du XIXᵉ et du XXᵉ siècle.
Célébré comme le père du bijou moderne, René Lalique (1860-1945) a d’abord marqué la joaillerie avant de devenir l’un des grands noms de la verrerie Art Déco. Après avoir été dessinateur pour des maisons prestigieuses comme Cartier, Vever ou Boucheron, il fonde son propre atelier et impose un style nouveau : celui d’un bijou pensé comme une œuvre d’art totale. « Son talent de dessinateur, sa virtuosité technique et sa sensibilité artistique s’imposent rapidement, à tel point qu’il sera très vite reconnu comme l’inventeur du bijou moderne », explique Emmanuel Eyraud qui s’est chargé de l’expertise de « La Sylphe ailée », une broche Art nouveau que la maison de vente Boissinot Tailliez s’apprête à dévoiler aux enchères à Poitiers.
René Lalique, l’inventeur du bijou moderne
Réalisée en or jaune, cette broche, issue d’un modèle conçu en 1898, donne à voir une nymphe dont les ailes se déploient en émail plique-à-jour, déclinant des nuances de vert clair et de vert foncé. « Le rapport intime de René Lalique à la nature, développé dès l’enfance, s’affirme dans ses créations Art nouveau, souligne Emmanuel Eyraud. Apparaissent alors des bijoux de typologies diverses, fidèles aux goûts de l’époque – broches, pendants, colliers de chien, épingles à cheveux – et aux décors variés, principalement inspirés de la nature et de la figure féminine, rendus dans des matières nouvelles. » Ici, chaque aile est rehaussée de quarante-deux petits diamants ronds de taille ancienne, certains taillés en rose – huit ont été remplacés par des pierres de taille moderne.

Dans le Paris de la Belle Époque, ses bijoux séduisent la haute bourgeoisie et les grandes figures artistiques, à l’instar de Sarah Bernhardt qui porte ses créations sur scène et contribue à leur renommée. L’Exposition universelle de 1900 achève de consacrer le créateur, dont les œuvres modernisent la joaillerie française et ouvrent la voie à une esthétique nouvelle. « Le succès est éclatant, détaille l’expert. Ses bijoux modernes, par leurs formes, leurs sujets et leurs matériaux cassent les codes établis et fascinent un large public. »
Une broche estimée entre 20 000 et 40 000 euros
Un siècle plus tard le succès ne s’est pas tarie. Aux enchères, les créations joaillières du maître atteignent régulièrement plusieurs dizaines de milliers d’euros. Parmi les adjudications marquantes, citons une broche « Quatre libellules » adjugée 230 000 euros en 2020 (Pescheteau-Badin, Paris) ou encore un pendentif orné d’un motif lancéolé en ivoire représentant deux jeunes femmes sur le thème de la tendresse ayant trouvé preneur à 130 000 euros en 2022 (Orne Enchères, Alençon). Sur ce marché, les collectionneurs sont particulièrement attentifs à la période de création, les bijoux signés et datés du début du XXe siècle étant les plus recherchés. Ils devraient ainsi être nombreux à suivre la vente le 27 octobre de cette broche exécutée autour de 1900. Son estimation est fixée entre 20 000 et 40 000 euros.