Le 19 mars prochain, Acacia Enchères mettra en vente une collection de faïences, notamment d’Émile Gallé, du XIXe et du début du XXe siècle, fabriquées dans les manufactures de Lunéville et de Saint-Clément (Meurthe-et-Moselle).
La collection de faïences que s’apprête à disperser la maison Acacia Enchères sera présentée lors de trois ventes successives au printemps, organisées en mars, avril et mai. La vente d’avril proposera notamment quelques pièces d’exception des manufactures de Lunéville et de Saint-Clément, tandis que celle de mai est encore en cours de préparation. La première vacation, qui se tiendra le 19 mars prochain, réunira 257 lots et sera elle-même organisée en trois temps. Elle s’ouvrira par un ensemble de 174 céramiques d’Émile Gallé (1846-1904). Une quarantaine de créations de la faïencerie Keller et Guérin suivront, issues de la période du baron Maurice de Ravinel (1842-1896), marquée par la mise en place d’un atelier d’expérimentation artistique. Enfin, les grès Art déco des frères Mougin viendront clore la vente. Les estimations s’échelonnent de 20 à 2 000 euros.
La collection d’une antiquaire passionnée de faïence lorraine
Geneviève Aubry (1948-2025), Lorraine d’origine, était antiquaire. Passionnée par les faïences de Saint-Clément, elle s’en fit marchande, tout en constituant en parallèle une collection composée de ses “coups de cœur dont elle ne pouvait se séparer”, pour reprendre les mots d’Étienne Martin, expert en Art nouveau.

Il poursuit : « En ce sens, il fut naturel que la collectionneuse porte son dévolu sur les créations d’Émile Gallé ». En effet, le Nancéien, fondateur de l’École de Nancy et figure de proue de l’Art nouveau en France, connu notamment pour ses verreries, fit fabriquer ses créations jusqu’en 1876. « Elle appréciait particulièrement les pièces de forme à vocation décorative. Elle recherchait les pièces les plus sophistiquées, aussi bien techniquement qu’artistiquement ».
La vaisselle d’Émile Gallé imaginée pour ses parents
En témoigne la paire d’encoignures murales d’angle, de style rocaille (estimation : 200 euros – 300 euros), la petite cocotte à l’imitation de l’origami (60 euros – 80 euros) ou encore la paire de grandes sellettes dont seuls trois exemplaires sont connus, tous conservés dans les collections du musée de l’École de Nancy.

« Aucun équivalent ne s’est retrouvé sur le marché ces trente dernières années« , précise Étienne Martin. Par ailleurs, certains lots ont des parcours particuliers, à l’instar d’un service de table (500 euros – 800 euros) qu’ Émile Gallé imagina pour ses parents. Portant les initiales “GR” (Gallé-Reinemer) et la devise « En bon espoir », cet ensemble était resté dans la famille pendant plusieurs générations. « Pas le plus clinquant mais assurément touchant ».
Des créations Art déco et et Art nouveau
Aux côtés des créations d’Émile Gallé, d’autres céramiques produites dans les manufactures de Lunéville et de Saint-Clément avaient rejoint les étagères de la collectionneuse. On retrouve notamment un vase Art déco en grès émaillé par le dessinateur Georges Chevalier et édité par les frères Joseph et Pierre Mougin (300 euros – 500 euros), ou un imposant plat Art nouveau (61,5 cm de diamètre), non pas moulé mais tourné, à décor de dahlias ou de chrysanthèmes, « véritable tour de force », et qui pèse la bagatelle de dix kilos, estimé entre 300 euros et 500 euros.

Une collection exceptionnellement bien conservée
Les lots de cette vente ont, l’assure Étienne Martin, des estimations « prudentes », qui contrastent avec le très bon état de conservation de ces céramiques. « Il y a quelques pièces qui ont fait l’objet de restaurations, mais la grande majorité ne souffrent d’aucune fêlure ».

Une collection singulière par sa cohérence, qui plaira aux amateurs de céramiques, et suscitera peut-être l’intérêt des musées de Nancy pour les histoires dont certains lots sont porteurs : « Sur l’un des lots apparaît la porte Saint-Georges, qui devait être détruite pour faire passer le nouveau tramway à la fin des années 1870. À cette époque, deux personnalités s’y sont farouchement opposées. Le premier, Victor Hugo, dont le père était natif de Nancy, le second, Émile Gallé lui-même, qui n’hésitait pas à utiliser ses créations pour faire passer des messages ».