Une period room d’Eugène Printz en vente à Arles

24/09/2020

L’intégralité des pièces mobilières imaginées par le célèbre décorateur Eugène Printz (1889-1948) dans les années 1935 pour un appartement parisien, et réalisées avec le grand laqueur et dinandier Jean Dunand (1877-1942), seront mises aux enchères le 3 octobre à Arles par Christelle Gouirand. Estimé de 1 à 1,5 million d’euros, cet ensemble inédit sur le marché de trente-et-un lots offre un large éventail des créations modernes et avant-gardistes de l’ébéniste Art déco.

 

Dans les années 1930, Madame V, femme de goût séparée de son mari, s’installe dans le déjà très chic 16e arrondissement de Paris avec Monsieur G, important homme d’affaires. C’est elle qui agence et décore leur appartement. Par l’intermédiaire d’un couple d’amis, elle découvre un jour le travail d’un ébéniste parisien déjà assez connu : Eugène Printz (1879-1948). Prise de passion pour ses créations, elle va lui acheter et lui commander tous ses futurs meubles ! Accompagnée de sa fille tout juste adolescente, elle se rend régulièrement dans la galerie de Printz rue Miromesnil pour voir les nouveaux dessins et s’enquérir de l’avancée de ses commandes. Cette collection constituée va suivre Madame V dans tous ses déménagements : en Algérie, dans le studio qu’elle habite après la mort de son compagnon, en Provence lorsqu’elle s’installe près de sa fille…

 

Eugène Printz (1879-1948) & Jean Dunand (1877-1942). Bureau plat en bois laqué rouge chamois, c. 1931. Estimation : 200 000 – 300 000 euros.

 

Un ensemble inédit sur le marché évalué à plus d’un million d’euros

C’est cette héritière, désormais presque centenaire qui décide en 2020 de faire appel à un commissaire-priseur pour expertiser cet ensemble conservé intact, et dont elle se sert encore tous les jours. Christelle Gouirand d’Arles Enchères est immédiatement conquise, et avec elle l’experte Amélie Marcilhac. « C’est exceptionnel, parce qu’à l’époque, le travail de Printz valait plutôt cher, et un meuble comme la grande enfilade coûtait entre 50 000 et 55 000 francs. Même s’il n’a pas alors la notoriété d’ensemblier de Jacques-Emile Ruhlmann, c’est d’abord un ébéniste, qui s’est ensuite intéressé à la décoration« , explique l’experte. Si cette magnifique enfilade a été réalisée sur mesure pour Madame V, d’autres meubles tels que le bureau rouge ou l’argentier comptent au moins un autre exemplaire connu. « De toute façons, Printz réalisait en général quatre à six exemplaires au maximum de ses meubles« , affirme Amélie Marcilhac, « seuls les luminaires étaient édités en séries plus longues« .

 

Eugène Printz (1879-1948) & Jean Dunand (1877-1942). Enfilade à corps quadrangulaire, c. 1937. Estimation : 300 000 – 400 000 euros.

 

Dans les années 1930, Eugène Printz n’a effectivement pas un immense atelier, mais déjà une marque de fabrique : il est l’un des seuls à utiliser le bois de palmier, compliqué à travailler, et collabore notamment avec le plus important laqueur et dinandier français, Jean Dunand. C’est l’auteur des plaques à décor de volatiles présentes sur le secrétaire à double abattant de la vente (estimé 50 000 à 60 000 euros), et des plaques à décor de dinanderie, décor géométrique, sur les portes en accordéon de l’enfilade (300 000-400 000 euros).

 

Eugène Printz (1879-1948) & Jean Dunand (1877-1942). Secrétaire à double abattants à corps quadrangulaire en bois laqué noir. Estimation : 50 000 – 60 000 euros.

 

Une « period room » de 31 pièces 

Dans cet ensemble exceptionnel figurent également des petits meubles : guéridon à deux plateaux laqué rouge (30 000-40 000 euros), ou meuble d’appoint rectangulaire en noyer (20 000-30 000 euros). Plus étonnantes, « des tringles à rideaux par Eugène Printz ! Avec une molette pour régler la hauteur du rideau… « , s’amuse Amélie Marcilhac. Le lot de trois est évalué entre 2 000 et 3 000 euros.

 

Eugène Printz (1879-1948). Petit meuble d’appoint en placage de noyer à corps quadrangulaire. Estimation : 20 000 – 30 000 euros.

 

Au total, cette vente d’une trentaine de lots représente ce que les musées appellent une « period room », ensemble cohérent autour d’une époque et d’une même tonalité, avec le rare avantage de représenter le travail complet d’un unique designer. Séduira-t-il des acheteurs isolés ou sera-t-il acheté par quelques grands amateurs enclins à recréer cette ambiance très particulière chez eux ? Réponse le 3 octobre sur le live d’Interencheres.

 

Eugène Printz (1879-1948). Table d’appoint en laque rouge chamois arrachée à plateau rectangulaire. Estimation : 18 000 – 20 000 euros.

 

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