Le 4 juin à Deuil-la-Barre, près de Paris, Valérie et Jules Régis dévoileront aux enchères une rare sculpture de jeunesse de Jean Tinguely : une sculpture « méta-mécanique » de 1955.
[Mise à jour, 12 juin] La sculpture cinétique Méta-Mécanique a trouvé preneur à 200 000 euros (frais inclus).
A Paris, en 1955, une exposition allait poser les bases de l’art cinétique, avec pour nom de baptême, « Le Mouvement ». L’événement se tient à la Galerie Denise René qui, en dix ans, s’est fait une place dans le paysage artistique, en exposant notamment les chantres de l’abstraction géométrique. Cette fois, la galerie mise sur une nouvelle génération d’artistes prometteurs, Jean Tinguely, Jesús-Rafael Soto, Yaacov Agam, Pol Bury ou encore Robert Jacobsen, qu’elle expose aux côtés de figures tutélaires, telles que Marcel Duchamp ou Alexander Calder – deux générations qui ont pour préoccupation commune de créer une œuvre d’art en mouvement, pour mieux transposer les mécanismes de la vision. L’exposition, initiée par Victor Vasarely et le conservateur suédois Pontus Hultén, connaît un retentissement mondial, tant et si bien que l’art cinétique, contrepoint nécessaire du Pop Art, s’impose rapidement comme l’une des tendances majeures de l’art contemporain.

Jean Tinguely, la machine comme châssis
Pour cette exposition, Jean Tinguely (1925-1991), arrivé à Paris trois ans plus tôt, conçoit une série de sculptures en fer soudé, aux couleurs primaires de l’abstraction géométrique. Ces œuvres, dotées de roues dentées, s’actionnent manuellement à l’aide de manivelles ou au moyen d’un moteur électrique, pour déambuler aléatoirement dans l’espace. L’artiste, qui a fait de la machine son châssis, livre une sculpture ludique, dont le mouvement est laissé au hasard, à rebours du sérieux de la géométrie. L’événement signe le début des « méta-mécaniques » que Tinguely déclinera tout au long de sa carrière, façonnant de nouvelles sculptures mobiles en référence aux maîtres de l’abstraction, des Méta-Kandinsky, aux Méta-Malevitch et Méta-Herbin. Le commissaire d’exposition Pontus Hultén explique l’origine du terme « méta-mécanique » : « Dès sa première exposition, Tinguely s’est interrogé sur la manière de définir ses machines. Aucun des noms suggérés ne le satisfait, ni Automates, ni Sculptures mécaniques, ni Mobiles, ce dernier étant associé, en outre, à l’œuvre de Calder. Je lui ai proposé de les appeler Méta-mécaniques, par analogie avec « métaphysique » : j’avais en effet découvert dans le Grand Dictionnaire Larousse que « méta » ne signifiait pas seulement « avec » mais aussi « après », « au-delà ». De plus, l’association d’idées avec les termes « métaphore » et « métamorphose » me paraissait tout à fait appropriée. »

Une rare sculpture méta-mécanique de 1955 estimée à plus de 150 000 euros
De la genèse des « méta-mécaniques » de Jean Tinguely, une vente aux enchères dévoile un rare témoin : une sculpture de 1955 en fer patiné noir, pivotant sur un axe central. Acquise en vente publique autour de 1970 et conservée depuis par son actuel propriétaire, elle était connue grâce à une photographie noir et blanc prise dans l’atelier de l’artiste et reproduite au tome 1 du Catalogue raisonné. Le Centre Pompidou conserve dans ses collections une sculpture similaire, confectionnée un an plus tôt. L’œuvre animera les enchères le 4 juin à Deuil-la-Barre, avec une estimation de 150 000 à 200 000 euros.