Le 5 mars 2026 | Mis à jour le 5 mars 2026

Valérie et Jules Régis, commissaires-priseurs de mère en fils

par Lucien Chancel

Depuis plusieurs années, Valérie et Jules Régis, mère et fils, travaillent ensemble à l’Hôtel des ventes de la Vallée de Montmorency (Val-d’Oise), installé dans l’ancienne marbrerie de leur aïeuls. La réussite de leur duo repose sur la complémentarité de leurs tempéraments et centres d’intérêt, conjuguée à un goût commun pour la transmission. 

Jules Régis vient nous chercher à la gare de Deuil-la-Barre. Voix confiante et amicale, regard ouvert, oreilles attentives. En chemin vers l’étude, il revient sur l’implantation de sa famille dans la vallée de Montmorency : « Mon arrière-grand-père s’est installé dans la région avant la Première Guerre mondiale et il est devenu tailleur de pierre. Le métier s’est transmis de père en fils, faisant grandir l’entreprise, si bien que, dans les années 1970, mon grand-père a fait construire un vaste showroom à Deuil-la-Barre. »

 

« Je devais y rester six mois, j’y suis encore aujourd’hui. »

Reconverti en salle de vente dans les années 2000, l’endroit conserve ça et là quelques vestiges de cette époque, des manteaux de cheminée dans les espaces de stockage ou encore quelques marches d’un escalier en colimaçon à l’accueil. Parler d’un attachement à ce lieu et à son histoire serait presque un euphémisme pour le jeune commissaire-priseur, car c’est également ici qu’il a tout appris : « Après des études en droit et en histoire de l’art, j’ai passé le concours pour devenir élève commissaire-priseur, que je n’ai pas obtenu. J’ai alors exploré d’autres domaines, en travaillant notamment aux éditions du musée du Louvre. Puis j’ai fait plusieurs stages, dont un au sein de  la maison Cornette de Saint Cyr qui m’a beaucoup plu. Après ça, je suis revenu à Deuil-la-Barre parce qu’ils avaient besoin de bras. Je devais y rester six mois, j’y suis encore aujourd’hui. »

 

Dans le bureau de Valérie Régis, une photographie d’époque de la façade de la marbrerie Régis.

 

En effet, il y a fort à faire : « On m’a montré une salle remplie de toiles, puis on m’a dit : “Tous ces tableaux-là, il faut les passer en vente, tu te débrouilles.” » Loin d’être rebuté, Jules Régis prend plaisir à la tâche. Il apprend les ficelles du métier, gagne en responsabilité, devient clerc, puis, sept ans plus tard, passe avec succès l’examen pour devenir commissaire-priseur par la voie interne. Après un parcours construit à tâtons, il rejoint finalement sa mère à la tête de l’hôtel des ventes de la Vallée de Montmorency : « Chacun a son pré carré, ses espaces de stockage, ses domaines de prédilection, et on laisse l’autre s’organiser comme il l’entend », précise Jules Régis. D’ailleurs, Valérie Régis a profité de l’arrivée de son fils pour diversifier ses activités. En 2022, elle a installé une étude à Porto-Vecchio, où elle organise notamment des ventes estivales.

 

« Mes grands-parents m’emmenaient dans les salles des ventes : c’était une punition ! »

Quoique rejoignant une longue liste de commissaires-priseurs travaillant en famille, ce duo n’avait rien d’une évidence : « Je me suis contentée de lui dire que c’était un super métier, mais qu’il pouvait faire ce qu’il voulait. Si je suis devenue commissaire-priseur, c’est par goût, par passion, et je vois mal quel autre chemin pourrait mener à cette profession », nous confie-t-elle, le regard souriant, élégamment enveloppée dans une cape vert pistache, un collier Line Vautrin au cou.

 

A l’étage, dans l’un des espaces de stockage de Valérie Régis.

 

D’une voix légère, presque juvénile, qui contraste avec celle, plus dynamique et tonique, de son fils, elle évoque un parcours construit au hasard des rencontres. « Comme je l’ai fait avec Jules, mes parents et mes grands-parents m’emmenaient dans les salles des ventes, chez les antiquaires… Je ne supportais plus, c’était une punition ! Je connaissais donc ce monde-là, mais pas son fonctionnement. Je faisais des études à l’École du Louvre et, en dernière année, j’avais prévu de rejoindre l’institut Van der Kelen, en Belgique. Sauf qu’en deuxième année, j’ai fait un stage chez un commissaire-priseur, ça a été une révélation. J’ai changé mes plans et je suis retournée aux côtés de ce commissaire-priseur, qui n’exerce plus aujourd’hui. »

 

Une table de travail d’architecte comme bureau pour Valérie Régis.

 

Comme Jules, elle n’est pas reçue au premier examen d’accès des élèves commissaires-priseurs. Mais elle ne se décourage pas. En attendant de retenter sa chance, elle effectue un stage de trois mois chez Christie’s à New York. Elle repasse ensuite le concours, qu’elle réussit, puis s’installe à Argenteuil parce qu’une place s’y est libérée. Elle y reste quinze ans en tant qu’associée. « Mais dès que ce local s’est libéré, il y a vingt ans, je n’ai pas hésité : je suis partie. Il y avait plus de place, plus de lumière, et puis c’était chez moi. » Afin de marquer ce changement, Valérie modifie également le nom de l’enseigne, passant de « Marbrerie Régis » à « Valérie Régis ».

 

Accompagner l’objet du début à la fin de son parcours de vente

Aujourd’hui, Valérie continue d’entretenir cette proximité, aussi bien avec les vendeurs qu’avec les enchérisseurs. Une aspiration que partage également Jules Régis : « C’est une chose qui nous anime aujourd’hui : être du début à la fin de l’histoire de la transmission de l’objet. On le découvre, on le catalogue, on le défend, puis on le donne presque dans les mains de celui qui vient le chercher. Je trouve ça beau. » Être proche de ses clients est un choix assumé, une force qui participe à leur réputation. On pense notamment aux mini-ventes nocturnes (60 lots), « devenues des maxi-ventes au fil du temps, qui se terminaient un peu tard », ironise Jules Régis. Ou encore aux ventes en musique, avec un DJ dans la salle « qui s’employait à accorder un lot avec une chanson ».

 

Valérie et Jules Régis aux côtés du lampadaire Giacometti vendu 582 800 euros (frais inclus).

Valérie et Jules Régis aux côtés du lampadaire Giacometti vendu 582 800 euros (frais inclus).

Depuis la pandémie de Covid-19, les salles sont plus clairsemées et les acheteurs suivent davantage les ventes en ligne. « Mais on essaie de garder cette proximité et de mettre les gens à l’aise, en parlant à la caméra ou en nous adressant directement aux enchérisseurs. » Ils ont également eu l’idée de se mettre en scène sur les réseaux sociaux avec un compte (@enviedegrenier) suivi par près de 3000 abonnés qui leur permet de mettre en lumière les lots qui seront mis en vente lors d’une vacation prochaine. 

 

Toujours à la recherche de nouveaux trésors 

S’il devait ne retenir qu’une seule vente, Jules Régis choisirait sans hésiter la découverte en 2023 d’un lampadaire de Giacometti : « J’arrive dans une maison complètement retournée, sans héritier direct. Au deuxième étage, je vois un petit tableau d’Alfred Manessier, très pointu. Je me dis : c’est marrant, qu’est-ce que ça fait là ? Et dans la pièce d’à côté, tout est renversé. Un grenier. Dans un coin, une sorte de statuette africaine, sans intérêt apparent, avec un lampadaire. Je regarde… et je me dis : ça me fait penser à quelque chose. Je la prends. Je sens que c’est du bronze. C’est lourd, dense, de belle qualité. Je me dis : ce n’est pas possible… mais si.  J’appelle le notaire : “Je rêve, c’est un lampadaire d’Alberto Giacometti !” Je le ramène à l’étude, je le regarde à la lumière… plus aucun doute. La fondation confirme : fonte des années 1930. Résultat : 470 000 euros hors frais (582 800 euros, frais inclus). Depuis, je me suis fixé une règle : toujours s’intéresser à l’objet qui n’a rien à faire là. »

 

L’accueil de l’hôtel des ventes avec à droite le bureau de Jules Régis.

 

Les Régis ont donc trouvé leur équilibre : complémentarité, proximité et coups d’éclat. D’ailleurs, dans quelques mois, ils présenteront à la vente un lot particulier : « un objet qui a traversé les siècles, la Révolution, tout… et qui devrait, à n’en pas douter, susciter l’intérêt des numismates. » Affaire à suivre.

Haut de page

Vous aimerez aussi

Les Journées Marteau fêtent leurs 20 ans partout en France

Le 18 mai 2026 | Mis à jour le 18 mai 2026

Expertises gratuites, conférences, ateliers et ventes publiques… Du 26 au 31 mai, les maisons de ventes françaises ouvrent leurs portes pour la vingtième édition des Journées Marteau. Cette année, le […]

Maximilien Coulon expertise une sculpture de François-Xavier Lalanne

Le 12 mai 2026 | Mis à jour le 26 mai 2026

Une œuvre de François-Xavier Lalanne a été confiée à la maison Artcurial pour expertise. Maximilien Coulon, élève commissaire-priseur et vice-président de l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs, nous invite à revivre […]

Romain Rouquet expertise un tableau de Bernard Buffet

Le 29 avril 2026 | Mis à jour le 29 avril 2026

Un bouquet de zinnias peint par Bernard Buffet a été confié à la maison Farran pour expertise. Romain Rouquet, élève commissaire-priseur, nous propose de revivre l’expertise en direct, livrant ses […]