Le 28 juillet 2023 | Mis à jour le 28 juillet 2023

Des estampes d’Hiroshige retrouvées au fond d’un placard dans une propriété cévenole

par Diane Zorzi

Estimés de 4 000 à 15 000 euros, trois albums exceptionnels d’estampes d’Hiroshige seront vendus aux enchères le 3 août à Nîmes. Ils ont été retrouvés dans un parfait état de conservation au fond d’un placard dans une propriété cévenole.

 

C’est au hasard de l’inventaire d’une bibliothèque dans une propriété cévenole que Frank Puaux a découvert ces trois albums exceptionnels d’estampes japonaises. « Ils sommeillaient dans un petit placard, situé derrière la bibliothèque, dans une pièce faisant office de débarras, raconte le commissaire-priseur. Les propriétaires ne l’ouvraient jamais et y avaient entreposé des piles de papiers journaux. Les albums étaient emballés dans un vieux papier journal et avaient été oubliés depuis plusieurs générations. » Passionné d’estampes japonaises, Frank Puaux reconnaît immédiatement la signature de l’un des derniers maîtres de l’ukiyo-e, Utagawa Hiroshige (1797-1858). « Le papier journal dans lequel les albums étaient emballés est daté de 1937, nous pouvons donc supposer qu’ils furent achetés au début du siècle dernier », précise le commissaire-priseur.

 

Des albums complets estimés de 4 000 à 15 000 euros

Demeurées à l’abri de la lumière, les estampes arborent un état de conservation exceptionnel, à considérer la fraîcheur du papier et l’éclat des couleurs. Et les albums sont, chose rare, tous les trois complets : le premier recueil, estimé entre 4 000 et 6 000 euros, comprend les Trente-six vues du Mont Fuji , tandis que les deux autres renferment les cent dix-neuf oban tate-e de la série des Cent vues d’Edo, un ensemble estimé de 10 000 à 15 000 euros. « Les recueils complets sont rares car ils ont été malheureusement souvent démembrés, afin que les estampes soient vendues à l’unité », remarque Frank Puaux. Si l’ensemble n’a pu être daté avec précision, les estampes sont des épreuves d’époque et portent la marque de l’éditeur Uoya Eikichi.

 

Estampe faisant partie des deux albums de la série Meisho Edo hyakkei, les Cent vues d’Edo (complet des 119 oban tate- e), éditeur Uoya Eikichi. Estimation : 10 000 – 15 000 euros.

 

Aux origines des estampes ukiyo-e

Hiroshige est, avec Hokusaï, l’un des derniers grands maîtres des estampes ukiyo-e – « images d’un monde flottant » en japonais. Ces gravures sur bois s’épanouirent tout au long de l’époque d’Edo (1603-1868) alors qu’émergeait une bourgeoisie urbaine et marchande. Cette technique de reproduction sur papier, moins coûteuse que la peinture, devint pour cette nouvelle classe sociale un substitut aux formes artistiques traditionnelles. Parmi les représentants de l’ukiyo-e, Kitagawa Utamaro (ca. 1753-1806) s’illustra à travers ses portraits de femmes et scènes érotiques, tandis qu’Hokusaï et Hiroshige passèrent maîtres dans l’art de dépeindre les splendeurs de la nature. 

 

Estampe faisant partie des deux albums de la série Meisho Edo hyakkei, les Cent vues d’Edo (complet des 119 oban tate- e), éditeur Uoya Eikichi. Estimation : 10 000 – 15 000 euros.

 

Les Cent vues d’Edo, la dernière grande œuvre d’Hiroshige

La série des Cent vues d’Edo est la dernière grande œuvre d’Hiroshige. Dix ans après un tremblement de terre dévastateur, l’artiste immortalise, en cent dix-neuf estampes, la capitale Edo (actuelle Tokyo) en pleine mutation. Il représente les reconstructions récentes de sa ville natale, rend compte de la vie quotidienne et saisit, avec nostalgie, les derniers témoignages du passé qui subsistent – cent visages d’un « monde flottant », dont il perçoit le caractère éphémère. Autant de vues qu’il dépeint dans un format vertical audacieux, rompant avec les traditionnels paysages au format horizontal. Au XIXe siècle, Edmond de Goncourt participera activement à la diffusion des estampes japonaises en Europe qui deviendront une source d’inspiration privilégiée des peintres avant-gardistes, à l’instar de Van Gogh dont on sait qu’il copia plusieurs planches des Cent vues d’Edo. 

Enchérir | Suivez la vente d’estampes d’Hiroshige le 3 août en live sur interencheres.com

Haut de page

Vous aimerez aussi

Un bronze de Georges Guyot aux enchères à Paris

Le 3 juin 2026 | Mis à jour le 4 juin 2026

Une sculpture en bronze représentant une Lionne assise est inscrite au catalogue de la vente Art et Décoration organisée le 11 juin au Crédit municipal de Paris. Estimée à plus […]