Le 1 décembre 2023 | Mis à jour le 4 décembre 2023

Une tabatière offerte par le Tsar Nicolas II au Premier ministre de Bulgarie aux enchères à Paris

par Diane Zorzi

Une tabatière exceptionnelle sera dévoilée aux enchères le 6 décembre à Paris. Réalisée par Karl-Auguste Hahn, l’un des concurrents les plus redoutables de Fabergé, elle fut offerte par le Tsar Nicolas II à Dimitri Stancioff, Premier ministre de Bulgarie, à l’occasion de la conférence de La Haye en 1899.

 

Le catalogue de fin d’année de la maison Tajan regorge de joyaux, annonçant volontiers l’arrivée des fêtes… Aux 130 bijoux et Vanity Cases, retraçant deux siècles de créations de 1730 à l’Art déco, succèdera une collection au titre évocateur, l’ « Ecrin de Florence », comptant des pièces de joaillerie de Jar et Cartier, et, en guise de point d’orgue, une tabatière chargée d’Histoire…

 

Une tabatière exécutée par Karl-Auguste Hahn

Cette tabatière dite de présentation (à usage décoratif) fut réalisée par l’orfèvre Karl-Auguste Hahn (1836-1899) qui, moins connu que Karl Fabergé, fut pourtant l’un de ses concurrents les plus redoutables. La qualité de ses créations lui valut de recevoir de nombreuses commandes de la famille impériale, à commencer par le diadème du couronnement de la tsarine Alexandra Feodorovna et le Triptyque du centenaire. Il est considéré comme l’un des meilleurs joailliers des dernières décennies du règne du Tsar Nicolas II. « Outre son raffinement et ses qualités esthétiques, cette tabatière se distingue par sa provenance historique avérée », précisent les commissaires-priseurs. Elle fut en effet offerte par le Tsar Nicolas II à Dimitri Stancioff, Premier ministre de Bulgarie, à l’occasion de la conférence de La Haye en 1899.

 

Un souvenir de la conférence de La Haye de 1899

Dimitri Stancioff fut choisi par le Roi Ferdinand Ier de Bulgarie pour représenter son pays lors de la conférence de La Haye. Celle-ci, qui s’acheva avec la signature du Traité de La Haye, posa dès 1899 les premiers jalons d’une Europe unie qui devait s’épanouir quelques décennies plus tard. Si l’Histoire en décida autrement, l’événement, qui réunit sous l’impulsion de Nicolas II les représentants de trente-cinq pays, avait pour dessein d’instaurer une paix durable, autour d’un droit international destiné à arbitrer les différends. « Cette conférence posa les principes tout à fait novateurs du droit international : l’élaboration d’un premier droit international humanitaire, droits et obligations des États en temps de guerre, codification et extension de la pratique de l’arbitrage comme moyen de règlement pacifique des conflits », détaillent les commissaires-priseurs.

Karl Hahn (ou Ghan). Saint Pétersbourg 1899. Rare tabatière impériale émail rose et bleu diamants. Insculpé K. Gahn dans un rectangle. Poinçon du maître orfèvre pour Karl Blank. Poids brut : 233,38 grammes. Estimation : 320 000 – 500 000 euros.

 

Les Stancioff, une famille de diplomates

Diplomate averti, cultivé et polyglotte, Dimitri Stancioff entretint des relations privilégiées avec les souverains d’Europe. Il entra comme secrétaire particulier au service du Prince Ferdinand Saxe-Cobourg-Gotha de Bulgarie en 1887, avant d’être nommé ministre plénipotentiaire par Ferdinand Ier. En 1889, il épousa la jeune comtesse française Anna de Grenaud de Saint-Christophe, alors demoiselle de compagnie de la mère du roi, la princesse Clémentine d’Orléans, elle-même fille de Louis-Philippe, roi des Français. Deux de leurs enfants emprunteront la voie diplomatique : Ivan et Nadejda Stancioff Muir, qui fut la première femme diplomate de Bulgarie dans les années 1910-1920. « La vie de cette famille de diplomates illustre parfaitement l’histoire sociale et politique de l’Europe de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Nous attachons la plus grande importance à mettre en valeur aussi bien l’objet historique que l’histoire familiale dans laquelle il s’inscrit », explique la directrice du département Joaillerie, Victoire Winckler.

La maison Tajan a la confiance de la famille Stancioff depuis la vente d’une broche « Branche de Lilas » par Frédéric Boucheron adjugée 123 500 euros en décembre 2018. Celle-ci fut offerte par le Roi Ferdinand de Bulgarie à la Comtesse Anna de Grenaud de Saint-Christophe le jour de son mariage en 1889 avec Dimitri Stancioff, en souvenir des lilas qui ornaient le château de Chitry, en Haute-Savoie, où la jeune femme avait grandi.

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Florilège des ventes de joaillerie des 5 et 6 décembre…

 

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