Le 11 décembre 2023 | Mis à jour le 13 décembre 2023

La table à écrire de Louis XV au Petit Trianon aux enchères à Paris

par Magazine des enchères

Le 12 décembre à Paris, la maison Pescheteau-Badin présentera aux enchères la table à écrire de Louis XV réalisée par Jean-Henri Riesener pour le Petit Trianon en 1771. Estimée entre 150 000 et 200 000 euros, cette table fut le témoin privilégié de la dernière partie de la vie du Roi aux côtés de Madame du Barry au Petit Trianon. Avec les transformations du Petit Trianon demandées par Marie-Antoinette, ce meuble rejoint le Garde-Meuble de la Couronne où il sera restauré en 1788 par Guillaume Benneman.

 

[Mise à jour, 13 décembre] La table à écrire de Louis XV au Petit Trianon a été préemptée par le centre des Monuments Nationaux pour l’Hôtel de la Marine à 195 000 euros (frais inclus). 

 

Le Petit Trianon est commandé par Louis XV à son premier architecte Ange-Jacques Gabriel en 1762. Au cœur des jardins à la française et du « Jardin de plantes », ce pavillon aux lignes épurées est pour le roi et sa suite un lieu d’agrément et de détente, dont la tranquillité contraste avec l’effervescence du Château. C’est là, à l’étage noble, dans la « pièce du café », que notre table à écrire était encastrée dans le lambris, sous une tablette de marbre à hauteur d’appui. Véritable meuble du quotidien, cette table permettait à Louis XV d’écrire un billet ou de ranger des papiers grâce à un mécanisme ingénieux (aujourd’hui manquant). Un tour de clé ainsi qu’une pression d’un bouton permettait d’ouvrir le tiroir et de dévoiler les trois compartiments dissimulés sous la tablette à écrire. Le meuble est le témoin de l’une des périodes les plus heureuses du règne de Louis XV dit le Bien-Aimé. « Il s’agit de l’un des rares meubles que Louis XV a côtoyé très régulièrement, dont il s’est servi, à un moment heureux de son existence », précise l’expert Pierre-François Dayot.

 

Le Petit Trianon, un des lieux favoris de Louis XV

Le Petit Trianon est achevé en 1768, année de la rencontre de Louis XV avec Jeanne du Barry, dont la beauté et l’esprit le séduisent instantanément. Après la mort de son fils le Dauphin, de son épouse Marie Leczinska et de madame de Pompadour, Louis XV trouve avec Jeanne un nouveau bonheur, qu’il abrite au Petit Trianon. C’est là, à l’attique, qu’est logée sa maîtresse. Un petit escalier, dissimulé derrière le lambris de la « pièce du café », où se trouvait notre table, mène à sa chambre : le roi peut ainsi la rejoindre en toute discrétion. Cette pièce devait être pour le roi comme un petit cabinet de retraite, plus intime que le « Cabinet du Roi » avec lequel elle communique. Pièce de repos et de correspondance privée, elle est le lieu de la vie personnelle du roi. La fenêtre à gauche de la table à écrire, donnant sur le jardin de fleurs, l’un des plus beaux d’Europe, ou encore le canapé à droite… tout contribue à faire de cette pièce un refuge.

 

Table à écrire en marqueterie à décor géométrique de croisillons « satiné gris » en sycomore teinté, ouvrant à un tiroir à marqueterie d’enfants astronomes, le tiroir coulissant découvrant une tablette à écrire masquant trois compartiments de bois de rose contenant quatre tiroirs de bois de rose massif, le plateau à galerie reposant sur des pieds en gaine surmontés de brettés aux angles n° peint à l’encre en dessous : N°2605 ; (trace d’un mécanisme permettant d’actionner le tiroir aujourd’hui manquant). Par Jean-Henri Riesener et Guillaume Benneman (en tant que restaurateur). Estampille de Guillaume Benneman. Epoque Louis XV, livrée au château de Trianon en 1771, puis largement restaurée en 1788 sous la direction du Garde-meuble de la Couronne. Estimée entre 150 000 et 200 000 euros.

 

Riesener et Benneman, deux des plus grands ébénistes de la Couronne

Jean-Henri Riesener (1734-1806) est ébéniste de la Couronne de 1774 à 1785. Célèbre pour l’excellence de ses meubles et le raffinement de ses marqueteries, il participe à l’achèvement de l’un des plus beaux meubles de la Couronne, le bureau à cylindre du Cabinet intérieur de Louis XV, commencé par l’autre grand ébéniste du règne de Louis XV, Jean-François Oeben. Guillaume Benneman (1750-1811) succède à Jean-Henri Riesener de 1786 à 1792 et réalise de très nombreuses commandes pour les demeures royales. Lorsque Marie-Antoinette s’installe au Petit Trianon, la « pièce du café » est remaniée, l’escalier supprimé et le lambris déposé. La table à écrire de Louis XV, n’y ayant plus sa place, est alors envoyée au Garde-Meuble.  En 1788, Marc-Antoine Thierry de Ville d’Avray, commissaire général de la Maison du Roi, décide de réemployer notre table pour son usage personnel. À l’époque, le coût de la matière première est plus important que celui de la main-d’œuvre. Dans un intérêt économique et selon une pratique habituelle, Guillaume Benneman est donc chargé de la restauration de la table, c’est-à-dire de la remettre en état pour son nouvel usage. « Le XVIIIe siècle restaure, remploie et transforme. C’est tout à fait l’esprit du XVIIIe siècle », conclut Pierre-François Dayot.

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