Deux rares esquisses en terre cuite d’Aimé-Jules Dalou ressurgissent à Lyon
Deux rares sculptures en terre cuite d’Aimé-Jules Dalou ont été découvertes dans un appartement lyonnais. Inédites sur le marché, elles seront vendues par La passerelle des enchères le 16 décembre lors d’une vente live à huis clos.
C’est dans un appartement lyonnais, situé en plein cœur de la cité des Gones, que ces deux esquisses en terre cuite d’Aimé-Jules Dalou (1838-1902) ont été découvertes. Représentant respectivement La Charité et une Madone assise avec ses enfants, ces deux œuvres mettent en lumière la personnalité et la carrière du sculpteur. Repéré très jeune par Jean-Baptiste Carpeaux qui le fera entrer en 1852 à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, Dalou est célèbre pour ses monuments publics et ses portraits au réalisme saisissant. Les terres cuites de l’artiste sont particulièrement rares sur le marché. Elles n’étaient en effet pas destinées à être conservées après la fonte des bronzes. Nos deux exemplaires seront vendus aux enchères le 16 décembre avec, pour chacun, une estimation comprise entre 20 000 et 30 000 euros.
Une Madone inédite réalisée par Dalou en exil à Londres
« Cette version inédite de Madone assise aux deux enfants s’inspire des statuettes de dévotion en terre cuite du XVIIe siècle, et s’inscrit surtout dans le corpus des œuvres de l’artiste réalisées dans les années 1874, lors de son exil à Londres », détaillent les experts du cabinet Lacroix-Jeannest. En effet, alors que la Commune fait rage dans la capitale, Gustave Courbet nomme Dalou administrateur provisoire adjoint au musée du Louvre. Accompagné de sa femme et de sa fille, il s’installe en mars 1871 dans le musée avec pour mission de protéger les collections du vandalisme. Accusé d’être communard, au lendemain de la Semaine Sanglante, il est contraint de quitter Paris pour Londres. En Angleterre, le sculpteur et sa famille recevront le soutien d’Alphonse Legros, peintre avec qui Dalou a étudié. Celui-ci l’aide à se faire connaître, tant et si bien que l’artiste rejoint la National Art Training School pour enseigner le modelage, où il aura une grande influence auprès des fers de lance de la New sculpture. Cette notoriété anglaise se matérialise à travers plusieurs commandes importantes, dont l’œuvre monumentale de La Charité installée près du Royal Exchange.
Les œuvres qu’il crée à cette période sont, comme notre Madone assise avec deux enfants, chargées d’éléments autobiographiques. En effet, sa fille Georgette, née avec un handicap mental, le conduit à être un père particulièrement présent. Ce rôle lui inspirera des scènes de maternité émouvantes, illustrant l’amour maternel universel.
Pour les experts, cette Madone peut-être rapprochée d’un ensemble d’œuvres qui, si elles manquent aujourd’hui à l’appel, sont mentionnées par le biographe du sculpteur, Maurice Dreyfous. Ce dernier explique que l’artiste « mettait au baquet un certain nombre d’œuvres dont il n’était pas satisfait ». Pour étayer cette information, il décrit trois groupes dont le second s’avère très proche de notre esquisse préparatoire, à l’exception de l’attitude de l’Enfant Jésus qui désigne du doigt le petit Saint Jean. « Le deuxième groupe achevé et détruit comportait une Madone, assise, la jambe droite portée en arrière, un enfant les pieds posés sur sa cuisse gauche et qu’elle soutient de son bras gauche, tandis que lui appuie sa petite tête sur la poitrine de sa divine mère. Au pied de celle-ci, un autre enfant debout. Saint Jean regarde la Madone et l’Enfant qu’elle porte. » Dreyfous précise également que Dalou « mannequina les draperies, les chercha, les rechercha encore, les fit et les défit vingt fois, s’y fatigua, s’y énerva, ne trouvant jamais qu’elles étaient ce qu’il avait rêvé. Et un jour de final découragement il détruisit complètement le tout. »

Aimé-Jules Dalou (1838-1902). Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste, dite aussi Madone assise avec deux enfants. Esquisse en terre cuite vers 1877, signée ‘DALOU’ au revers. Hauteur 28,5 cm. Estimation : 20 000 – 30 000 euros.
Une première ébauche du groupe Charity
La sculpture de La Charité, jusque-là inconnue, s’intègre quant à elle parfaitement dans le processus de création du groupe Charity de la fontaine installée non loin du Royal Exchange de Londres. Les experts de la vacation supposent que « l’œuvre modelée avec nervosité pourrait être une première ébauche, antérieure à celle, très proche et de plus grande dimension, conservée au Victoria and Albert Museum. » De fait, elle vient compléter le corpus préparatoire de la sculpture londonienne commandée et réalisée en 1877, à la même époque que son monument à la mémoire des petits enfants de la reine Victoria. Les procès-verbaux du Broad Street Ward (un ancien quartier de la City) évoquent une élection, le 3 janvier 1877, afin d’organiser l’élévation de la fontaine, ainsi qu’un accord trouvé le 31 janvier à propos du dessin d’« un groupe de statues en marbre appelé Charité [qui] a été modelé par M. Dalou – le sculpteur bien connu – et [qui] peut être vu dans son atelier. » Autant d’informations qui témoignent de l’importance et de l’influence dont jouit Dalou outre-Manche.
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Aimé-Jules Dalou (1838-1902). La Charité, vers 1877, esquisse préparatoire en terre cuite avec traces de badigeon rosé signé ‘Dalou’ au revers. Hauteur 28,5 cm. Estimation : 20 000 – 30 000 euros.
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